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Cannabis : un enfant hospitalisé après avoir mangé des biscuits ressemblant à des Oreo

Un enfant dans un lit d'hôpital.

Moises Russo, 7 ans, est hospitalisé depuis samedi à l'Hôpital régional de Miramichi.

Photo : Facebook de Tobi Leah Russo

Radio-Canada

La mère d’un enfant hospitalisé au Nouveau-Brunswick après avoir mangé des biscuits au cannabis qu’il avait pris pour des Oreo réclame un meilleur contrôle de l'empaquetage de ces produits.

Tobi Russo, de la communauté autochtone de Natoaganeg, près de Miramichi, raconte que son plus jeune fils, Moises, lui a dit samedi matin qu’il ne sentait pas bien. Les pupilles du garçon étaient dilatées et il avait des palpitations, selon elle.

Mme Russo affirme que son fils lui a dit qu’il avait mangé des biscuits et qu’elle lui a demandé de lui montrer l’emballage.

Elle dit avoir été renversée en constatant que cet emballage ressemblait de façon frappante à celui de biscuits de marque Oreo, avec des couleurs similaires et l’image d’un biscuit au chocolat et crème sur un fond d'éclaboussure de crème.

Il s’agissait en fait de biscuits de marque Stoneo de l’entreprise Dabisco. Ce produit n'est pas légal au Nouveau-Brunswick. Il contient, selon l’emballage, 500 mg de THC. À titre de comparaison, les produits comestibles légaux vendus par la société Cannabis NB contiennent généralement de 2,5 à 10 mg de THC.

Un emballage de biscuits.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les biscuits au cannabis Stoneo sont vendus dans des emballages qui ressemblent grandement à ceux des biscuits de la marque Oreo.

Photo : Weed Deals

Moises avait mangé les deux biscuits contenus dans le sachet.

Alarmée, sa mère a appelé un service antipoison et une ambulance. Son fils a été transporté à l’hôpital de Miramichi où il a reçu un diagnostic de surdose. Il est demeuré à l’hôpital pendant 24 heures.

Le garçon est de retour à la maison et il se porte bien. On ne croit pas qu’il risque de connaître des problèmes de santé à long terme à la suite de sa mésaventure. Mais sa mère reste ébranlée.

D’où proviennent ces biscuits?

Tobi Russo assure qu’elle ne sait pas comment les biscuits Stoneo ont abouti dans sa maison. Ancienne conseillère en toxicomanie, elle dit qu’elle ne consomme pas d’alcool ni de drogues. Elle dit qu’elle aurait détruit les biscuits si elle avait su qu’ils étaient chez elle.

La maisonnée comprend des adultes et quatre enfants, dont des adolescents, et des amis y vont parfois. Mme Russo souligne qu’elle ne veut pas lancer une chasse aux sorcières dans sa maison ni dans sa communauté. Elle reconnaît qu’en tant que mère, elle est responsable pour tout ce qui entre dans sa maison.

Mme Russo en veut plutôt aux entreprises qui semblent cibler les enfants à l’aide d’emballage qui ressemblent dangereusement à ceux de produits qu’ils aiment.

Les biscuits Stoneo vendus en ligne au Canada, notamment sur le site Internet Weed Deals. Il existe des bonbons gommeux Stoner Patch Kidz qui ressemblent aux bonbons Sour Patch Kids et plusieurs autres produits. Ils ressemblent tous à des produits bien établis et connus des enfants.

Une appropriation indue, selon le fabricant des Oreo

Les entreprises devraient être tenues responsables de ne pas rendre leurs produits de cannabis si attirants aux yeux des enfants, estime Tobi Russo.

L’entreprise Weed Deals n’a pas répondu à une demande d’entrevue.

Toutefois, l’entreprise Mondelez International, propriétaire de la marque Oreo, dit prendre au sérieux l’appropriation indue de cette marque et de son emballage et qu’elle prendra les mesures nécessaires pour protéger les consommateurs.

Un sac de biscuits Oreo.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'emballage des biscuits Oreo.

Photo : Mondelez International

Dans ce cas, souligne Mondelez International, l’appropriation indue de sa marque et de son emballage dans le but de vendre des produits contenant du THC est particulièrement troublante parce que ce design peut être plus attirant pour les enfants.

Mondelez International précise qu’elle a déjà signalé des cas d’appropriation indue à plusieurs agences dans le monde et qu’elle envisage fortement de défendre sa marque et d’empêcher des tiers de s’en servir pour vendre des produits non réglementés. L’entreprise ajoute que ses propres produits sont sécuritaires.

Un magasin de Natoaganeg abandonne ce genre de produits

La société Cannabis NB est le seul détaillant de cannabis autorisé au Nouveau-Brunswick. Des chefs autochtones ont soutenu que leurs communautés n’ont pas été consultées avant l’adoption de la loi et qu’elles ont le droit de vendre du cannabis sur leur territoire.

La législation du fédéral en la matière doit être révisée cet automne, trois ans après son entrée en vigueur, ce qui donnera une occasion aux communautés des Premières Nations de s’entendre avec Ottawa pour vendre légalement du cannabis.

Cannabis NB ne vend pas les biscuits Stoneo ni tout autre produit non conforme aux normes de contrôle de la qualité et aux lignes directrices de Santé Canada, notamment celles sur l’emballage et les taux de THC.

Ces produits sont toutefois disponibles en ligne et dans des magasins dans la province, dont certains se trouvent dans les communautés autochtones.

Le copropriétaire d’un magasin de cannabis dans la communauté de Natoaganeg (aussi connue sous le nom d’Eel Ground) a annoncé lundi soir sur sa page Facebook qu’il renonce à vendre tout produit imitant des marques établies. Il réagissait à la surdose accidentelle du jeune Moises.

Ce magasin nommé Lefty's Canna ne vendait pas de biscuits Stoneo. Le copropriétaire Devin Ward affirme dans sa publication que les détaillants ont la responsabilité de prévenir des accidents comme celui-là.

Plusieurs familles gèrent le magasin Lefty's, elles ont des enfants et comprennent cette malheureuse situation, souligne M. Ward.

Il ajoute dans sa publication que le magasin ne peut convaincre un fabricant de modifier sa stratégie de mise en marché, mais qu’il peut faire une différence en cessant de vendre ces produits.

Durant une entrevue accordée lundi soir, Devin Ward, père de deux garçons, a dit être touché par l’hospitalisation de Moises. L’un de ses fils, souligne-t-il, a le même âge que Moises et les deux garçons ont fréquenté la garderie ensemble il y a quelques années.

La santé publique consulte Santé Canada

La santé publique du Nouveau-Brunswick n’était pas au courant de ces emballages et elle compte en discuter avec le ministère de la Santé du Canada, indique le porte-parole du gouvernement du Nouveau-Brunswick, Bruce Macfarlane, dans un courriel.

M. Macfarlane souligne que les gens peuvent communiquer leurs préoccupations à Santé Canada par l’entremise du site web de ce ministère.

Santé Canada a confirmé lundi qu'elle se pencherait sur le sujet.

Une députée félicite Tobi Russo

La députée de Miramichi, Michelle Conroy, de l’Alliance des gens, connaît Mme Russo et Moises.

Michelle Conroy dit être horrifiée par ce qui est arrivé au garçon. Elle dit être grandement préoccupée par le fait que des entreprises peuvent de toute évidence cibler des enfants dans leur mise en marché de produits destinés aux adultes.

Mme Conroy félicite Mme Russo pour avoir dénoncé publiquement la situation. Elle estime que son geste de bravoure fait en sorte que bien des gens sont maintenant sensibilisés à cette question.

La députée dit souhaiter des règles plus strictes en matière d’emballage de ces produits comme celles qui encadre les produits du tabac et qu’elle compte examiner davantage la question.

D’après un reportage de Marie Sutherland, de CBC

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