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Archives

Le recensement, un outil en évolution

Panneau numérique du Bureau fédéral de la statistique qui affiche la population du Canada et quelques autres données.

Le Canada est un pionnier et un modèle dans le monde en matière de recensement.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le Canada est en plein exercice de recensement, comme tous les cinq ans. Nos archives nous montrent comment cet outil a évolué avec la société qu’il cherche à mieux comprendre et à mieux mesurer.

À l’origine, les motifs du recensement d’une population étaient bien différents d’aujourd’hui. On s’en servait pour imposer une nouvelle taxe ou calculer le nombre d’hommes à envoyer à la guerre.

Les Romains et les Grecs étaient très assidus à faire des recensements, mais cette pratique a disparu en Europe durant le Moyen Âge.

C'est au Canada que revient l'honneur d'avoir recommencé le recensement tel qu'on le connaît de nos jours.

L’émission Format 60 du 28 mai 1971 nous apprend que le pays a fait figure de pionnier avec le recensement de la Nouvelle-France commandé par l’intendant Jean Talon en 1666.

Format 60, 28 mai 1971

Le reportage du journaliste Guy Lamarche s’ouvre sur l’animation qui règne au Bureau fédéral de la statistique en 1971.

À l’accueil de l’édifice d’Ottawa, un tableau numérique dénombre la population du Canada en temps réel. « Un immigrant arrive toutes les 3 minutes et 51 secondes », affiche le même panneau. « Une naissance toutes les 1 minute 27 secondes ».

La population est un phénomène dynamique, explique Yves de Jocas, chef du traitement des données au Bureau fédéral de la statistique.

Le recensement ne peut mesurer ce dynamisme en lui-même, mais il permet de prendre une photo, un instantané du Canada à un moment donné.

Les 40 000 petites photos que l’on agencera au moment de la compilation, illustre-t-il, servent à concevoir le plan des provinces, des districts électoraux, des municipalités...

Le recensement ne fournit pas seulement le nombre total d’habitants au pays, expose pour sa part le démographe Jacques Henripin, il nous informe de la façon dont la population est composée et structurée.

Le détail des tranches d’âge d’une population permet par exemple de mieux évaluer des mesures telles que les allocations familiales et les pensions de vieillesse.

Pour concevoir des politiques, il faut connaître la matière sur laquelle elles vont s’appliquer, soutient le démographe.

La démographie ne pourrait pratiquement pas travailler s’il n'y avait pas ces informations absolument essentielles que nous donnent les recensements.

Une citation de :Le démographe Jacques Henripin

En 1971, de nouvelles questions s’ajoutent au recensement afin d’obtenir un meilleur portrait de la société canadienne.

Plutôt que de demander aux Canadiens leur nombre d’années d’éducation, on les questionne sur les lieux d’enseignement fréquentés et sur leurs diplômes.

L’origine du père et de la mère, la langue maternelle et la langue d’usage sont aussi de nouvelles questions qui visent à mieux mesurer la transformation des groupes ethniques et linguistiques.

Le caractère confidentiel du recensement

Format 60, 28 mai 1971

Ce second extrait du reportage à l’émission Format 60 nous apprend que le recensement de 1971 est aussi le premier pour lequel les Canadiens remplissent eux-mêmes leurs questionnaires.

Les représentants du recensement continuent de faire du porte-à-porte à travers tout le pays, mais simplement pour remettre à chaque foyer un questionnaire et un crayon à mine.

Au Bureau fédéral de la statistique, un centre d’appels a été mis sur pied afin de répondre aux questions des citoyens. Et les appels sont déjà nombreux à peine quelques heures après le début de la distribution du recensement, nous montre le journaliste Guy Lamarche.

L’agence gouvernementale s’est aussi dotée d’un ordinateur qui traite un plus grand volume de questions.

Le FOSDIC transforme les réponses écrites en information électronique, expose Yves de Jocas, mais il ne peut reproduire les noms et les adresses.

En plus de diminuer les coûts de l’exercice, cette nouvelle méthode de cueillette permet de mieux assurer le caractère confidentiel du questionnaire rempli.

Avec de plus en plus de femmes qui travaillent à l’extérieur du foyer en 1971, les agents recenseurs auraient également souvent trouvé porte close.

La confidentialité est de toute façon au cœur des préoccupations de l’époque.

Non Madame, ces renseignements sont confidentiels, secrets, déclare une agente du recensement au téléphone. Tous ceux qui travaillent pour le Bureau de la statistique prêtent le serment d'office, Madame, et c'est entièrement confidentiel.

Pas l'impôt, pas la police, aucun ministère, personne n'a accès à ces dossiers, martèle également le chef du traitement des données du Bureau fédéral de la statistique

Le caractère obligatoire du recensement

Le Téléjournal/Montréal, 9 mai 2006

En 2006, les facteurs ont remplacé les agents recenseurs pour la distribution du recensement.

Puis 20 % des Canadiens choisissent de le faire en ligne, nous apprend la journaliste Anne-Louise Despatie au Téléjournal Montréal du 9 mai 2006.

4 ménages sur 5 recevront le questionnaire court de 8 questions et 1 ménage sur 5 le questionnaire détaillé de 61 questions qui se remplit en 30 minutes.

En comparant les questionnaires à travers le temps, on remarque de nombreux changements dans la façon de recenser au Canada, souligne la journaliste.

Le Canada est un cas patent dans lequel les groupes dans les dernières décennies se sont servis du recensement pour s'imposer comme groupe plus ou moins important.

Une citation de :Jean-Pierre Beaud, professeur au Département de sciences politiques de l’UQAM

Le recensement reflète également les changements de société, tout en tentant de les suivre.

Les couples de même sexe, dont le mariage est désormais reconnu au Canada, peuvent ainsi l’indiquer dans le recensement de 2006.

Outil essentiel pour analyser les tendances sociales, le recensement est aussi un exercice obligatoire.

À défaut de remplir le questionnaire, on peut écoper d'une amende de 500 $ ou d'une peine de prison de trois mois, explique la journaliste, mais un simple rappel à l’ordre suffit bien souvent pour convaincre les citoyens.

Découverte, 28 novembre 2010

En juin 2010, le gouvernement conservateur de Stephen Harper entreprend de modifier le mode de recensement.

Il compte éliminer l’obligation de remplir le questionnaire détaillé et le remplacer par une enquête facultative distribuée à 30 % des ménages canadiens.

L’émission Découverte du 28 novembre 2010 se penche sur les conséquences d’une telle décision pour la recherche scientifique.

Pour nombre de chercheurs, l'aspect facultatif du nouveau questionnaire pose de sérieux problèmes quant à la qualité, la fiabilité et la précision des informations sur lesquelles ils devront se baser à l'avenir pour effectuer leurs recherches, affirme l’animateur Charles Tisseyre en introduction.

Le reportage de Claude d'Astous et Pierre Tonietto résume d’abord le débat qu’a soulevé cette annonce, puis il donne la parole aux chercheurs.

C'est fondamental de savoir dans quelle société on vit, le gouvernement a besoin de ces données, soutient Pierre Noreau, politicologue et président de l’Association francophone du savoir.

C'est une des premières fois qu'on voit un État volontairement s'aveugler lui-même sur les conditions de sa propre société.

Une citation de :Pierre Noreau, politicologue et président de l'ACFAS

Le gouvernement de Stephen Harper veut ainsi éviter une intrusion dans la vie privée des Canadiens. Or, Statistique Canada est reconnu mondialement pour assurer la confidentialité des données recueillies, témoigne le milieu de la recherche.

Dans le cadre d’une enquête facultative, les taux de réponse diminuent considérablement et les groupes les plus vulnérables sont souvent les moins enclins à se prêter à l'exercice, croit pour sa part la démographe Danielle Gauvreau.

Les données recueillies avec cette nouvelle méthodologie ne seront donc pas représentatives de l’ensemble de la population.

Elles ne permettront notamment pas de suivre les tendances ni de mieux prévoir les services et infrastructures pour la population canadienne.

On vient de perdre le fil de notre histoire collective, déclare Pierre Noreau sur cette façon d’échantillonner.

Malheureusement, je pense qu'il va falloir faire une croix sur le niveau de qualité des données qui existaient et la possibilité de certaines études, conclut Danielle Gauvreau, qui souhaite du même coup que cet impact soit limité à 2011.

Le recensement canadien de mai 2016 a rétabli le questionnaire détaillé à participation obligatoire.

Celui de 2021 sera le premier depuis 1666 à se dérouler en temps de pandémie.

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