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Un nouveau type de fentanyl plus puissant en circulation à Toronto

L'étonitazène serait de 5 à 10 fois plus fort et plus dangereux que le fentanyl de rue.

Plan rapproché sur de la cocaïne dans un sac de plastique

Après l'isotonitazène en décembre, c'est au tour de l'étonitazène de faire son apparition à Toronto.

Photo : iStock

Jean-Philippe Nadeau

Santé publique Toronto avertit les utilisateurs de drogue de faire attention à un nouvel opiacé qui vient de faire son apparition dans la métropole. L'étonitazène est un narcotique de synthèse de la famille des opioïdes proche du carfentanyl.

Treize personnes ont succombé à une surdose depuis la découverte d'un nouvel opioïde il y a une semaine à Toronto, selon le Service paramédic de la Ville, mais il n'existe aucune preuve qu'elles sont mortes après avoir consommé de l'étonitazène.

Ça pourrait être une coïncidence, mais nous sommes inquiets à cause du danger que cette drogue représente, explique Karen McDonald qui dirige le Drug Checking Service de l'Hôpital St-Michael's de Toronto, une agence du Centre on Drug Policy Evaluation affiliée à la santé publique de la métropole.

Un sac de plastique contenant des morceaux de drogue.

L'héroïne mauve est notamment composée de carfentanyl, l'un des plus redoutables opioïdes sur le marché noir.

Photo : Gracieuseté - Service de police d'Ottawa

Mme McDonald explique que l'étonitazène est un opioïde de synthèse qui a été créé dans les années 1950 pour soulager la douleur, mais qui n'a jamais été approuvé en clinique, si bien que cette drogue n'a jamais été prescrite comme médicament au pays.

Il n'est pas rare que des médicaments qui ont été abandonnés il y a nombre d'années refassent surface sur le marché noir, mais nous ignorons l'origine de l'étonitazène, si ce n'est qu'il est apparu en Alberta en 2019, dit-elle.

Des origines inconnues

Selon Mme McDonald, l'étonitazène a pu être importé ou fabriqué en Ontario. Cet opioïde procure, selon elle, les mêmes effets que le fentanyl, comme l'apaisement et l'euphorie par le ralentissement de la respiration et des battements de cœur.

C'est un opioïde très puissant, de 5 à 10 fois plus fort que le fentanyl, et il est très dangereux, particulièrement si l'usager n'en connaît pas la teneur.

Une citation de :Karen McDonald, Drug Checking Service de l'Hôpital St-Michael's de Toronto

Dans un communiqué, la police de Toronto affirme qu'elle connaît encore mal cette nouvelle drogue et qu'elle n'a encore arrêté personne qui en faisait la vente illégale ou la contrebande.

Quelques dizaines de pilules orange.

Des pilules de fentanyl dans un laboratoire d'analyse.

Photo : afp via getty images / Don Emmert

La police confirme cependant que l'étonitazène est au nombre des drogues illicites au Canada.

Elle déclare que ce type de drogue est produite et distribuée par des compagnies pharmaceutiques à l'intention de traitements médicaux, mais qu'il arrive qu'elle soit introduite sur le marché noir pour y être transformée et vendue à des fins récréatives.

Il est en revanche trop tôt, selon la police, pour prouver que l'étonitazène est manufacturé dans des laboratoires clandestins de la métropole.

Une découverte fortuite

Mme McDonald souligne que son service aide à prévenir les surdoses mortelles chez les toxicomanes en offrant un service d'analyse et de sensibilisation.

L'un de nos usagers nous a apporté un échantillon de drogue en pensant que c'était du fentanyl et cet individu nous a demandé d'en vérifier le contenu, se rappelle-t-elle sans préciser s'il avait l'intention de l'ingérer ou de se l'injecter avec une aiguille.

Elle affirme que des toxicomanes ont l'habitude d'approcher son service pour en savoir plus sur les effets d'une drogue qu'ils ont expérimentée ou pour confirmer qu'il s'agit bien de fentanyl avant d'en consommer.

Après analyse, nous leur donnons toute l'information nécessaire pour qu'ils fassent des choix éclairés, mais nous alertons aussi la santé publique lorsqu'il y a danger, poursuit-elle.

Un amas de pilules.

Des comprimés de fentanyl, un puissant opioïde

Photo : La Presse canadienne / Graeme Roy

C'est ainsi que l'équipe de Mme McDonald a découvert au début du mois des traces d'étonitazène dans un échantillon de drogue qu'un client lui avait apporté, en pensant à tort que c'était du fentanyl.

Cet opioïde peut [toutefois] être coupé sur le marché noir avec d'autres drogues et sans information à ce sujet, il existe un réel danger de surdose mortelle chez l'usager, dit-elle.

Le professeur de criminologie de l'Université d'Ottawa, Eugene Oscapella, souligne ne pas être surpris de l'arrivée d'un nouvel opioïde à Toronto. Il n'est pas rare de fabriquer un nouvel opiacé à des fins récréatives, affirme-t-il.

Parfois, on cherche à créer une drogue qui soit moins chère à fabriquer, comme avec le fentanyl à la place de l'héroïne, parce que l'héroïne coûte plus cher à produire, donc on cherche à créer une drogue qui aura les mêmes effets qu'une substance qui est illégale.

Une citation de :Eugene Oscapella, professeur en criminologie à l'Université d'Ottawa

M. Oscapella pense que l'approvisionnement du marché noir en substances illicites est perturbé depuis le début de la pandémie.

La production, l'importation et le transport des drogues ont beaucoup changé à cause de la COVID-19, donc s'il y a une pénurie de fentanyl ou d'héroïne, on cherche à utiliser une nouvelle substance plutôt que des drogues plus usuelles, précise-t-il.

Prévention et sensibilisation

La Société de prévention de Toronto contre les surdoses tire elle aussi l'alarme en évoquant la volatilité et la dangerosité du marché des opioïdes depuis plus d'un an.

Sa co-organisatrice, Gillian Kolla, explique que le nombre de surdoses a augmenté en flèche en un an à Toronto et que le fentanyl et ses dérivés représentent la majorité des drogues qui en sont responsables.

Une trousse de naloxone.

Une trousse de naloxone.

Photo : Radio-Canada / Steeven Tremblay

M. Oscapella confirme qu'il y a un manque de contrôle de qualité des substances illicites qui sont transigées sur le marché noir. La meilleure chose à faire consiste d'avertir le grand public pour faire connaître les dangers de ces nouvelles substances, dit-il.

La santé publique de Toronto a effectivement émis un avertissement avec des recommandations aux usagers du fentanyl. Elle leur recommande de ne jamais en consommer seul et de porter en tout temps sur soi une trousse de naloxone pour neutraliser les effets nocifs de cette substance et de ses dérivés.

Un plan d'urgence provincial

Dans une entrevue réalisée à la radio de CBC, Mme Kolla demande au gouvernement Ford d'établir une stratégie provinciale en matière de lutte contre les opioïdes et de porter attention sur ce qu'elle qualifie de fléau social.

Elle réclame notamment plus de fonds pour financer des programmes de réduction des risques liés à la prise d'opioïdes, lesquels ont été comprimés, selon elle, après l'élection des conservateurs en 2018.

le Dr David Williams devant des drapeaux canadiens assis devant un micro.

Le médecin hygiéniste en chef de l'Ontario, le Dr David Williams.

Photo : Chaîne de l'Assemblée législative de l'Ontario

Même le médecin-hygiéniste en chef de la province, le Dr David Williams, nous ignore, conclut-elle.

Le professeur Eugene Oscapella ajoute que la décriminalisation, mais surtout la réglementation des drogues récréatives, pourraient être bénéfiques, parce que la pénalisation des drogues a été un échec au pays comme ailleurs dans le monde.

C'est le marché noir qui crée ces nouvelles substances et qui les vend à n'importe qui pour en tirer des profits, ajoute-t-il. Or, il faut, selon lui, voir la dépendance aux drogues de rue comme un problème de santé publique et non une infraction.

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