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La communauté acadienne inquiète après des propos controversés de Vitalité sur la langue

Vue aérienne de deux soignants assis sur des chaises qui remplissent ensemble un formulaire médical.

Au Nouveau-Brunswick, la Loi sur les langues officielles oblige la province à offrir des soins de santé au public en français et en anglais.

Photo : iStock

Radio-Canada

La communauté acadienne s’explique mal les propos de la présidente-directrice générale du Réseau de santé Vitalité. France Desrosiers a soulevé des doutes sur l’importance de la langue dans la prestation des soins de santé devant une grave pénurie de personnel infirmier au CHU Dumont, à Moncton.

La PDG a indiqué lundi au Téléjournal Acadie que lorsqu’il est question de sécurité des patients, « la langue ne compte plus ». Selon elle, il est plus important d’assurer la sécurité des patients et l’offre continue des soins.

La dirigeante a ajouté lundi matin en entrevue à l’émission La matinale que son rôle en tant que PDG n’est pas de discuter des droits de la langue.

Une prise de position dangereuse, croit un juriste

Des propos qui ont fait sursauter le constitutionnaliste et spécialiste en droits linguistiques Michel Doucet.

Je comprends les défis qui se présentent au Réseau de santé Vitalité au niveau du recrutement des infirmières, mais je crois qu’il faut être prudent [...] On semble donner le message que la langue n’est pas un outil essentiel au niveau des soins de santé, déplore-t-il.

Michel Doucet à l'extérieur, devant l'édifice de Radio-Canada à Moncton.

Michel Doucet, avocat spécialisé en droits linguistiques, craint que les propos avancés par France Desrosiers donnent des munitions à ceux qui voudraient fusionner les deux réseaux de santé au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada

M. Doucet craint aussi que de tels propos ne trouvent des échos chez certaines personnes à Fredericton.

On donne par ce fait-là des munitions à ceux qui voudraient voir au Nouveau-Brunswick une seule régie de santé et qui nous disent très souvent que la langue n’a rien à voir et que ce qui est important c’est de recevoir les soins de santé.

Une citation de :Michel Doucet, constitutionnaliste et expert des droits linguistiques

Du côté de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), on se dit inquiet d’entendre la responsable d’une institution francophone comme Vitalité mettre en doute l’importance de la langue.

Le président de l’organisme, Alexandre Cédric Doucet, rappelle que la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick oblige les deux réseaux à offrir des services au public dans la langue officielle de son choix.

 La pandémie nous démontre à quel point notre système de santé ainsi que nos acquis linguistiques sont fragiles, affirme Alexandre Cédric Doucet, président de la SANB, dans un communiqué.

L’organisme croit aussi que la communauté acadienne devra redoubler de vigilance dans le contexte de la réforme en santé promise par le gouvernement Higgs, ainsi que de la révision de la Loi sur les langues officielles.

La communauté acadienne doit se montrer solidaire et unie pour faire comprendre au gouvernement que nos droits linguistiques, y compris en santé, sont non négociables, déclare Alexandre Cédric Doucet.

Un argument qui ne tient pas la route, selon Égalité santé en français

Pour justifier sa position, France Desrosiers a entre autres indiqué que la situation à l’urgence du CHU Dumont, à Moncton, était exceptionnelle.

L'urgence du Centre hospitalier universitaire Dr-George-L.-Dumont.

Des ambulances ont été détournées samedi et dimanche vers l'Hôpital de Moncton, en raison d'un manque de personnel à l'urgence du CHU Dumont.

Photo : Radio-Canada / Guy LeBlanc

La situation qui s’est passée à Moncton est une situation extrême. Alors c’est quelque chose qui ne s’était pas vu depuis des décennies dans un réseau de santé, indique Mme Desrosiers.

Mais pour l’organisme Égalité santé en français, l’argument est faible. Son président, Jacques Verge, rappelle qu’en avril 2020 une cinquantaine d’organismes et individus canadiens et internationaux ont publié un communiqué dans lequel on réaffirme l’importance d’obtenir des services dans sa langue, particulièrement en situation de crise.

Les récentes études nous démontrent que la langue est un facteur important pour la sécurité des patients, que ce soit en temps normal ou en temps de crise. Lorsqu’on est en situation de crise, comme patient, la langue maternelle revient, donc c’est excessivement important d’avoir des soins de santé dans notre langue, insiste M. Verge.

Ce dernier estime que la recherche d’une solution à la pénurie de main-d'œuvre au CHU Dumont doit passer par les médecins de cet hôpital et non seulement être imaginée par des gestionnaires du Réseau de santé Vitalité ou du ministère de la Santé.

Des propos qui créent des remous à l'Assemblée législative

À Fredericton, le message de la PDG de Vitalité a suscité des inquiétudes de la part des députés de l’opposition.

À l’Assemblée législative, l'opposition a martelé que ce n'est pas la pandémie qui cause le manque de personnel infirmier. Selon elle, il s’agit plutôt d’un problème criant qui dure depuis plusieurs années. Des députés clament que le gouvernement ne fait rien de concret pour régler la situation.

Le chef intérimaire du Parti libéral Roger Melanson a demandé au gouvernement ce qu'il entend faire avec cette crise à l'urgence du CHU Dumont. Il a également réitéré que les réseaux de santé ont des obligations linguistiques.

Le gouvernement provincial avec son inaction pour adresser la pénurie d'infirmières fait en sorte que les régies sont dans des situations extrêmement difficiles. Ceci dit, la Loi sur les langues officielles, qui est enchâssée dans la constitution canadienne, fait en sorte que les gens qui reçoivent des services du gouvernement provincial peuvent le recevoir dans la langue de leur choix, alors les régies ont cette responsabilité, affirme Roger Melanson.

Roger Melanson, par webcam, le 2 février 2021.

Le chef libéral par intérim, Roger Melanson, en entrevue par webcam (archives)

Photo : Radio-Canada

Selon des rapportes des derniers commissaires aux langues officielles, le réseau de santé Horizon a manqué à sa responsabilité d’offrir un service en français à plusieurs reprises au cours des dernières années.

Une quarantaine de plaintes recevables ont été déposées depuis quatre ans, la majorité en raison du manque de service en français.

À la lumière de cette situation, le Parti vert du Nouveau-Brunswick croit qu’il s’agit d’une pente glissante que de négliger la langue au profit de l’offre de services.

Ce sont des commentaires qui ouvrent des interprétations à dire “on n’a pas besoin de suivre la Loi sur les langues officielles” c’est presque d’avoir réfuté la Loi sur les langues officielles. Ce que Madame Desrosiers, j’espère qu’elle le comprend, c’est qu’un service dans sa langue est une grosse partie de la sécurité d’un patient, croit le député vert de Kent-Nord, Kevin Arseneau.

Le député vert de Kent-Nord, Kevin Arseneau, en entrevue par webcam le 11 mai 2021.

Le député vert de Kent-Nord, Kevin Arseneau, en entrevue par webcam le 11 mai 2021.

Photo : Radio-Canada

En matinée, Kevin Arseneau a qualifié les commentaires de France Desrosiers d’incendiaires et de régressifs, dans une publication sur Twitter.

Lorsqu’il a été questionné sur les obligations linguistiques des réseaux de santé, le premier ministre Blaine Higgs a contourné la question et a plutôt affirmé qu’il appuie la collaboration entre les deux réseaux de santé. Il fait ainsi écho aux propos tenus par France Desrosiers.

Avec des informations de Nadia Gaudreau, Pascal Raiche-Nogue et Sophie Desautels

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