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Fin du ramadan : des festivités discrètes pour les musulmans

Les gens font la file au marché pour acheter des aliments avant la fin du jeûne du ramadan.

Les gens font la file au marché pour acheter des aliments en cette fin du jeûne du ramadan.

Photo : Radio-Canada / RÉJEAN BLAIS

Le ramadan est terminé, place à la fête de l'Aïd el Fitr. Ce matin, des pratiquants, en groupes restreints, sont réunis à la mosquée de la rue Massé, à Sherbrooke. C’est le moment de prier, mais aussi de se réjouir, même si les festivités seront plus sobres en raison de la pandémie.

Les fins de journée sont particulièrement animées au Marché 5e saison de la rue King Ouest, depuis un mois. Les prochains jours le seront tout autant, puisque les musulmans continueront de faire le plein d'aliments pour poursuivre les célébrations.

On a un peu l’impression d’être ailleurs, dans cette ambiance agrémentée d’accents et de musique du monde arabe. Après une longue journée de jeûne, les musulmans s’arrêtent pour s’offrir un petit plaisir. Ils font le tour des allées à la recherche d’une friandise exotique, d’un dessert ou de fruits.

C’est une façon comme nous l’explique Imed, commis d’épicerie, de casser la journée avant la fin du jeûne, au coucher du soleil. Lui-même musulman, il s’astreint à cette privation depuis des années pour transmettre cet héritage à ses enfants. Même s’il n’a rien avalé depuis le lever du soleil, il s’active à faire le remplissage des produits d’épicerie, pour s’assurer que rien ne manque pour les clients.

Un homme avec un plateau de pâtisseries.

Imed du Marché 5ième saison offre des pâtisseries très prisées lors du ramadan.

Photo : Radio-Canada / RÉJEAN BLAIS

L’un deux, Selim, est un habitué de l’endroit. C’est tout sourire qu’il accepte de discuter des traditions de l’Islam. Le jeûne en arabe s'appelle saoum, précise-t-il.

Tu peux avoir des envies que tu n'aurais pas dans une journée normale. Tellement que tu veux absolument cet aliment sur ta table le soir. Ça peut être des olives, des fromages, des fruits, ça dépend. Chaque jour, il y a une envie.

Une citation de :Selim

Aujourd’hui, c’est le melon d’eau. Ça lui trotte dans la tête depuis deux jours. Quand ce n’est pas un melon d’eau, c’est une petite douceur sucrée. Selim retrouve dans ce marché de Sherbrooke un peu de ces traditions à travers des produits spécialement offerts pendant le mois du jeûne. Imed, le commis d’épicerie, nous montre d’ailleurs fièrement certaines pâtisseries maison, comme le kalb el louz, un gâteau avec un cœur d'amande, ou encore le makroud, des carrés aux dattes à la façon tunisienne, très en demande ces jours-ci.

Un homme avec un melon d'eau dans les mains.

Selim s'achète un melon d'eau qu'il mangera en soirée après une journée de jeûne du ramadan.

Photo : Radio-Canada / RÉJEAN BLAIS

Le Sherbrookois d’origine tunisienne avoue qu’il n’est pas très pratiquant. Mais le ramadan, l’un des cinq piliers de l’Islam, est important pour lui. C'est une tradition en accord avec ses valeurs. L’occasion d’être reconnaissant et d’apprécier ce que l’on a. Ça me permet de ressentir ce que les gens pauvres ressentent. Ça me permet aussi d'avoir un régime alimentaire. Je ne bois pas d'alcool pendant le mois du ramadan, trois semaines avant et trois semaines après. C’est l’occasion de me purifier le corps.

Fatima s’est arrêtée, elle aussi, pour acheter quelques aliments en prévision de la fin du jeûne. Ça se passe très bien, dit-elle. La température est bonne, alors c'est plus supportable. C'est la volonté qui fait le tout, on va dire.

Une fête aux couleurs de la COVID

Ce mois saint, généralement ponctué de rencontres festives entre parents et amis, est quelque peu perturbé par les restrictions imposées par la COVID. Cette fin de ramadan prend donc une autre teinte, selon Fatima. Ça nous ferait plaisir de fêter, comme chaque année, mais en raison des normes, ça va être plus virtuel qu'autre chose. Mais on va se faire un petit plat, précise-t-elle en souriant.

Une femme dans un marché à sherbrooke.

Fatima admet que les célébrations du ramadan n'ont pas la même saveur en raison des restrictions liées à la pandémie.

Photo : Radio-Canada / RÉJEAN BLAIS

Imed ajoute que normalement, des amis passent le soir pour partager le repas. En raison de la pandémie, ce côté festif est moins présent.

C’est un peu comme si à Noël, vous n’aviez pas le droit de vous rassembler en famille.

Une citation de :Imed, commis d'épicerie

En contrepartie, Saleh, un jeune étudiant de l’Université Bishop, estime que les restrictions de la pandémie rend son mois de privation plus facile, puisque les tentations sont moins nombreuses.

Un autre client, Rachid, explique qu'il fait le ramadan depuis l’âge de huit ans. C'est surtout spirituel, c'est un acte de foi. On dit que le ramadan, ça appartient à Dieu, et on ne peut pas négocier avec Dieu. Donc, il faut le faire. Il a déposé dans son panier quelques aliments typiques, dont les dattes, le premier aliment traditionnellement dégusté pour briser le jeûne.

Rachid soutient que le ramadan lui apporte beaucoup de quiétude, que ce mois de privations lui donne un certain repos.

Des aliments dans un panier.

Les quelques produits achetés par Rachid pour rompre le jeûne du ramadan.

Photo : Radio-Canada / RÉJEAN BLAIS

À un moment dans l'année, on a besoin de se ressourcer, de se retrouver en nous-même. Le fait que le corps ne travaille pas, c'est sûr que l'esprit se repose, alors on devient un peu plus lucide, on se sent mieux. Il faut le faire pour le ressentir.

Une citation de :Rachid

Selim, de son côté, confie toutefois qu’à son arrivée au Québec, il trouvait que le ramadan était plus difficile à faire que dans son pays d’origine. Dans un pays arabe, il y a, comme il le dit, ce petit charme spécifique. Tu peux sentir le ramadan. Les cafés sont fermés le jour, mais le soir, tout s’anime. Toute la communauté est dans cet esprit.

Comme le veut la tradition de l'Aïd, le jeune garçon de Selim, Enzo, recevra un vêtement neuf aujourd'hui. Il y a fort à parier que pour lui, les festivités seront toutefois à la hauteur de ses attentes, pandémie ou non.

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