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Brèche informatique : impossible d'aviser les 5000 parents touchés dans l'immédiat

Mathieu Lacombe parle dans un micro.

Le ministre québécois de la Famille, Mathieu Lacombe

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

La Presse canadienne

Les parents de 86 000 enfants inscrits à La Place 0-5, le guichet unique d'accès aux places en services de garde éducatifs, devront attendre avant de savoir lesquels d'entre eux ont vu leurs données personnelles volées par un cyberpirate.

Le quotidien La Presse a dévoilé cette affaire mardi, faisant état du vol par téléchargement des données personnelles des parents de 5000 de ces enfants.

La directrice des communications de la Coopérative Enfance Famille, Fannie Couture, a expliqué en entrevue avec La Presse canadienne que, bien que la brèche ait été colmatée, c'est à la demande du Centre gouvernemental de cyberdéfense que nous avons conservé le site fermé. Ils nous ont dit que ça allait être plus simple en prévention de le garder fermé pour faciliter tout le travail de vérification des faits, de l'intrusion et de la sécurité informatique.

Cela signifie que personne, incluant la coopérative qui gère La Place 0-5, ne sait pour l'instant quels sont les 5000 dossiers téléchargés parmi les 86 000 de la base de données.

Malheureusement, pour sortir la liste des 86 000, j'ai besoin de l'accès à mon site parce que là, il est fermé, verrouillé. Les parents ne peuvent pas se connecter, nous non plus. [...] Les parents veulent savoir s'ils font partie des 5000. On ne le sait pas, on ne peut même pas se connecter pour aller voir.

Une citation de :Fannie Couture, directrice des communications de la Coopérative Enfance Famille

Informations confidentielles

Selon La Presse, le pirate aurait créé un accès de type administrateur pour accéder durant deux heures aux données hébergées par le fournisseur informatique de la Coopérative Enfance Famille.

Les dossiers téléchargés des 5000 parents en question contenaient des informations confidentielles telles que le nom des parents, les numéros de téléphone, le nom de l'enfant, sa date de naissance, sa date d'inscription sur La Place 0-5 et son numéro d'inscription au registre de l'état civil, le NIREC, un élément d'identification confidentiel qui est nécessaire pour les citoyens qui veulent s'inscrire (ou inscrire leur enfant) à certains programmes ou services du gouvernement, selon le portail du gouvernement du Québec.

Bien que l'intrusion soit survenue samedi soir, ce n'est que lundi que la Coopérative Enfance Famille en a été avisée, et ce, par le quotidien qui cherchait à obtenir des explications après avoir appris l'existence de la brèche.

Les données du ministre manipulées : intention politique?

Les données du ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, dont un des deux enfants fréquente une garderie, l'autre étant à l'école, auraient également été manipulées dans le cadre de cette affaire.

Le ministre Lacombe a expliqué, en entrevue au 98,5 FM mardi matin, que seulement deux dossiers avaient été manipulés, soit le sien et celui d'un homonyme aussi appelé Mathieu Lacombe.

Je ne peux pas arriver à une autre conclusion que c'est politique parce qu'il y a tout un débat autour de La Place 0-5 en ce moment.

Une citation de :Mathieu Lacombe, ministre de la Famille

Ce dernier a rappelé que la journée de l'intrusion, il y avait un texte publié sur Radio-Canada.ca où, justement, je remettais encore une fois en question le modèle. La soirée de cette même journée, samedi dernier, il y a eu cette intrusion où on est allé manipuler mon dossier, a-t-il affirmé à l'animateur Paul Arcand.

Le ministre n'a pas caché sa préoccupation quant à la sécurité des données et aux parents qui se trouvent maintenant dans l'incertitude.

La classe politique unanimement préoccupée

Le premier ministre François Legault a qualifié de troublant le fait que deux dossiers au nom de son ministre de la Famille aient été manipulés, mais il n'a pas voulu aller aussi loin que celui-ci lorsqu'on lui a demandé s'il voyait une motivation politique derrière le geste : Je ne veux pas juger, on n'a pas de preuves de ça.

Cependant, cette dernière affaire de fuite de données le porte à réfléchir.

Pour l'instant, cette banque de données est gérée par une coopérative, donc n'est pas gérée par le gouvernement. Est-ce que c'est suffisant pour se dire qu'à l'avenir, étant donné qu'il y a des données personnelles, ça devrait être géré par le gouvernement? C'est quelque chose qu'on considère.

Une citation de :François Legault, premier ministre du Québec

La cheffe de l'opposition, Dominique Anglade, a dit croire que l'identité du gestionnaire de données ne faisait aucune différence.

La cheffe libérale Dominique Anglade, debout durant une conférence de presse.

La cheffe libérale Dominique Anglade

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Au bout du compte, c'est le gouvernement qui fait affaire avec des tiers et on ne peut pas dire que les données ne sont pas de la responsabilité du gouvernement. Quand on parle de précautions, c'est de ça qu'on parle. Peu importe à qui tu sous-traites cette gestion, tu en es responsable ultimement, a-t-elle fait valoir, tout en dénonçant ce piratage. Elle a dit espérer que le ministre Lacombe fera rapidement le point sur la sécurité de ces données.

La co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, a pour sa part demandé au gouvernement Legault de ne pas laisser la coopérative s'occuper seule des victimes.

Je pense que le gouvernement doit absolument rectifier le tir rapidement et s'assurer d'accompagner ces parents-là. Imaginez-vous, votre enfant est à naître ou il vient de naître et déjà on a subtilisé son identité.

Une citation de :Manon Massé, co-porte-parole de Québec solidaire

Enfin, le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon réclame également des explications du ministre Lacombe. Il a profité de l'occasion pour avertir le gouvernement Legault, qui est à informatiser des données personnelles de nombreux Québécois dans le domaine de la santé et ailleurs, de ne pas dilapider de fonds publics sans être certain de pouvoir offrir la protection requise.

On devrait mettre un frein si on n'est pas capables d'offrir aux Québécois des garanties strictes quant à la protection de leurs données.

Une citation de :Paul St-Pierre Plamondon, chef du PQ

En ce moment, le gouvernement nous doit des explications sur pourquoi ç'a eu lieu à nouveau et comment il compte agir différemment dans un contexte où il veut investir beaucoup d'argent dans cette informatisation des données, a ajouté M. St-Pierre Plamondon.

86 000 ou 51 000?

Le nombre de 86 000 dossiers dans la banque de données de personnes en attente d'une place en service de garde éducatif en a par ailleurs fait bondir plusieurs. Mme Anglade a notamment réclamé des explications sur ce nombre, alors que le ministre de la Famille répète qu'il y a 51 000 enfants qui attendent une place.

Fannie Couture, de la coopérative, a expliqué que ce nombre comprend des enfants qui ont déjà une place en service de garde privé non subventionné et dont les parents réclament une place en service subventionné.

On y trouve aussi des enfants qui ont une place en service de garde en milieu familial, mais dont les parents sont en attente d'une place en installation, ainsi que des enfants qui sont en CPE, mais dont les parents cherchent une place dans un autre CPE plus près de chez eux ou de leur travail.

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