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Envoyé spécial

Manaus, Amazonie : le laboratoire de variants de la COVID-19

Située en plein centre de l’Amazonie, Manaus est un véritable laboratoire pour comprendre les mutations de la COVID-19. Au printemps, la majorité des habitants de cette région avaient déjà été infectés. Même s'ils avaient acquis une certaine immunité, ce n'était pas suffisant pour les protéger du variant P1.

Une scène sur un bâtiment à étages.

Cette affiche peinte sur un mur de Manaus affirme : « Tout ça va passer ».

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Leprince

Jean-Michel Leprince

AMAZONIE, Brésil – Manaus a été infectée par le coronavirus deux mois après le reste du Brésil, au début de 2020. Le virus est probablement arrivé par avion de Sao Paulo, de Rio ou de l’Asie. Manaus possède une zone franche industrielle qui reçoit beaucoup de visiteurs. Les autres transports se font par bateau.

Les rios Negro et Solimões ainsi que l’Amazone, véritables autoroutes, sont sillonnés par ces légendaires bateaux à étages qui mettent plusieurs jours à rejoindre Belém, à l’embouchure du fleuve.

D’autres embarcations de toutes tailles transportent personnes, bagages, matériel et vivres dans les quelque 62 communautés de l’État d’Amazonas et des États voisins.

Une fois infectées, les communautés isolées, souvent indigènes, n’ont pu être soignées faute de transports rapides vers les centres de soins intensifs de Manaus. Leur vaccination est également une opération compliquée.

La pandémie a été terrible à Manaus, qui n’était pas préparée.

Le Dr Marcus Lacerda, spécialiste de la médecine tropicale à l’institut fédéral Oswaldo Cruz (Fiocruz), est certain que Manaus et ses trois millions d’habitants présentaient le terrain idéal pour une mutation du virus.

Un homme regarde les bateaux amarrés.

Des bateaux à étages sillonnent l'Amazone, assurant le transport des Brésiliens dans différentes parties de la forêt amazonienne.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Leprince

Le P1

Le variant brésilien se nomme P1. On ne veut pas utiliser les termes variant de Manaus ou variant d’Amazonie. Et pourtant, c’est de là qu’il vient. La première vague a été tellement violente que le virus a muté en contournant les anticorps de nombreuses personnes infectées. Soixante-dix pour cent de la population avait des anticorps dans le sang, comme en laboratoire.

Une fois la première vague passée, la protection prodiguée par les anticorps a diminué, la population a cessé de porter le masque, les fêtes de fin d’année ont facilité les rassemblements. Mais le variant P1 était deux fois et demie plus contagieux que le virus original : ç'a été l’explosion. Et encore une fois, la panique.

Marcus Lacerda durant son entrevue avec Radio-Canada.

Le Dr Marcus Lacerda est spécialiste de la médecine tropicale à l’institut fédéral Oswaldo Cruz (Fiocruz).

Photo : Radio-Canada

C’est l’enfer, pire que le premier. Beaucoup de personnes sont mortes chez elles parce qu’à l’hôpital il n’y avait pas d’oxygène. Les gens se sont mis à acheter de l’oxygène pour se soigner chez eux, car ils étaient persuadés qu’ils mourraient s’ils allaient à l’hôpital, affirme le Dr Lacerda.

Tout le monde se souvient des images des hôpitaux surchargés et des enterrements, jour et nuit, dans le cimetière de Manaus. En 24 heures, il y a eu à une occasion 170 inhumations.

Sur quatre habitants de Manaus, dit-on, trois connaissent quelqu’un qui est mort de la COVID-19.

Deux personnes se serrent dans les bras l'une de l'autre, pendant que quelqu'un regarde le nombre impressionnant de croix plantées dans le sol.

Les proches d'une personne décédée de la COVID-19 pleurent au cours d'une journée d'enterrement des victimes de la pandémie, au cimetière de Parque Taruma, à Manaus, au Brésil.

Photo : Getty Images / Andre Coelho

Il a fallu transférer des patients gravement atteints vers les grandes métropoles du Brésil; c’est ainsi que, deux mois plus tard, le P1 s’est répandu dans le reste du pays.

Ce nouveau variant a touché le reste du Brésil et déclenché une deuxième vague aussi mortelle qu’à Manaus. Personne n’a voulu y croire, personne n’a vu venir le variant. Je crois que Manaus est la ville d’Amérique latine qui peut prévoir ce qui va se passer au Brésil et dans le reste du continent. C’est un laboratoire de variants.

Une citation de :Le Dr Marcus Lacerda

Prévoir le pire

La bonne nouvelle est que peu de survivants de la première vague ont été réinfectés. Ceux-ci qui l'ont été n’ont pas développé de maladie grave et aucun n’est décédé.

Le Dr Lacerda est en train d’étudier la durée d’immunisation de 5000 personnes vaccinées sur 12 mois. Les vaccins sont efficaces contre le variant, mais il ne sait pas pour combien de temps. L’étude permettra de le savoir et de déceler à temps d’éventuels variants.

Ainsi, plaisante le Dr Lacerda, on le saura avant qu’il soit détecté ailleurs au Brésil ou encore au Japon, où le P1 a été repéré pour la première fois chez des touristes de retour de Manaus.

Un homme se déplace à bicyclette.

La ville de Manaus, sur les rives de l'Amazone, est une des principales portes d'accès à la forêt amazonienne.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Tremblay

Certains chercheurs sont persuadés qu’un nouveau variant a commencé à circuler ces derniers jours à Manaus et craignent le déclenchement d’une troisième vague. Si c’était le cas, au moins, le reste du Brésil serait prévenu et pourrait, cette fois, prendre ses précautions.

La deuxième vague fait encore plus de 2000 morts chaque jour et on n’en voit pas la fin. Alors, une troisième vague? Triste perspective...

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