•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Est-ce que les saisons et la chaleur ont un impact sur la COVID-19?

Silhouette d'une femme de profil, portant un masque, à Encinitas, en Californie le 18 novembre 2020.

Une femme, le visage couvert d'un masque.

Photo : Reuters / Mike Blake

On entend parfois : « la COVID-19 sera moins dure en été »; « le virus n’aime pas la chaleur », mais ces citations ne sont pas tout à fait justes, disent des experts. S’il y a certains indices qui laissent croire que le SRAS-CoV-2 pourrait un jour devenir saisonnier, il n’existe pas encore de consensus scientifique établi.

C’est une perspective un peu naïve. Nous ne pouvons pas réduire nos efforts ou réduire le rythme de vaccination juste parce que l’été s’en vient, prévient le Dr Philippe Lagacé-Wiens, l’un des auteurs d’un rapport pour le gouvernement fédéral (Nouvelle fenêtre) sur le caractère saisonnier du coronavirus au Canada.

L’Organisation météorologique mondiale (OMM), une agence onusienne, a elle aussi lancé un avertissement le 18 mars dernier aux dirigeants du monde : le retour du beau temps et de l’été ne devrait pas être la raison qui les pousse à assouplir les mesures sanitaires.

Pourquoi? Parce qu’il est trop tôt pour dire si la COVID-19 a adopté un cycle saisonnier et si ce virus prendra bel et bien une pause estivale.

À ce stade, les données probantes n'appuient pas l'utilisation de facteurs météorologiques comme base pour permettre aux gouvernements d'assouplir leurs interventions visant à réduire la transmission, écrit Ben Zaitchik, coprésident de l'équipe de l'OMM qui a analysé des dizaines d’études sur le sujet (Nouvelle fenêtre). Rien ne prouve que cela ne pourrait pas se reproduire dans l'année à venir, a déclaré M. Zaitchik.

Cet expert du Département de la Terre et des sciences planétaires de l’Université Johns Hopkins rappelle que, depuis le début de la pandémie, le virus a continué à se propager pendant les mois d’été et que les régions tropicales n’ont pas été épargnées.

Par exemple, les États-Unis ont connu leur deuxième vague l’été dernier. L’Afrique du Sud a connu un pic de transmission à Noël, même si le pays était en plein été. L’Inde est actuellement aux prises avec une flambée de cas, alors que le pays est en plein été et que la température à Mumbai dépasse les 30 degrés Celsius.

Le Dr Lagacé-Wiens, professeur au Département de microbiologie de l’Université du Manitoba, ajoute que la COVID-19 a fait des ravages au Canada en avril et en mai 2020 et de nouveau ce printemps, alors que, normalement, les coronavirus endémiques disparaissent en mars.

L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), dans un avis du 26 février 2021 (Nouvelle fenêtre), abonde dans le même sens : l'impact des saisons sur l’incidence de la COVID-19 ne peut pas être déterminé pour le moment.

De nombreuses études, mais de nombreux bémols

Nous savons que d’autres coronavirus humains (HCoV-229E, HCoV-HKU1, HCoV-NL63 et HCoV-OC43) possèdent des tendances saisonnières avec une recrudescence généralement en hiver, peut-on en dire autant pour la COVID-19?

Pas encore, dit le Dr Lagacé-Wiens.

Selon l’analyse faite par l’OMM, les études concernant les effets météorologiques du SRAS-CoV-2 sont encore trop contradictoires pour pouvoir affirmer avec certitude que le virus présente un caractère saisonnier.

Le fait qu’on voit des études discordantes n’est pas surprenant. Ça démontre qu’il y a d’autres éléments qui entrent en jeu et qui ne sont pas entièrement compris.

Une citation de :Philippe Lagacé-Wiens, Université du Manitoba

D’abord, à ce jour, les études épidémiologiques sur la saisonnalité de la COVID-19 sont limitées et plusieurs d'entre elles ont été réalisées avant un cycle saisonnier complet, explique-t-il.

Plusieurs études ont établi que les virus survivent plus longtemps dans des conditions froides, sèches et avec peu de rayons UV. Par exemple, des études en laboratoire (Nouvelle fenêtre) indiquent que l’influenza est sensible aux fluctuations de températures et d’humidité.

D’autres chercheurs (Nouvelle fenêtre) ont démontré qu'il faut soumettre le SRAS-CoV-2 à une température de plus de 75 degrés Celsius pendant trois minutes ou à 60 degrés pendant 20 minutes pour pouvoir le tuer sur une surface.

Une autre étude américaine (Nouvelle fenêtre) montre que le SRAS-CoV-2 peut survivre dans l’air ambiant pendant quatre jours à 22 degrés Celsius, pendant 30 minutes à 56 degrés Celsius et pendant moins de 5 minutes à plus de 70 degrés Celsius.

Ces chercheurs américains (Nouvelle fenêtre) ont calculé que le SRAS-CoV-2 restait stable sur diverses surfaces (peau, monnaie et vêtements) beaucoup plus longtemps à 4 degrés Celsius qu'à une température entre 22 et 37 degrés Celsius.

Si ces études dénotent la sensibilité du SRAS-CoV-2 à certains facteurs environnementaux, elles ont toutefois été faites exclusivement en laboratoire et n'ont pas démontré l’influence météorologique sur le virus et sur les taux de transmission des conditions réelles.

Ces études sont fondamentalement différentes d’études épidémiologiques parce qu’elles se concentrent sur la question de la survie du virus dans des conditions contrôlées. Leur transférabilité vers des environnements réels n'est pas toujours simple, peut-on lire dans le rapport de l'OMM. De plus, la majorité des pays n’atteindront jamais une température ambiante assez élevée pour tuer le virus, précisent les auteurs.

Quant à l'impact des rayons UV, une étude estime  (Nouvelle fenêtre)que la demi-vie du virus de l’influenza est de 2,4 minutes s’il est exposé à une lumière à pleine intensité, comparativement à 31,6 minutes sans lumière. D'après certaines expériences, les rayons UVC artificiels sont efficaces pour désactiver le SRAS-CoV-2 (Nouvelle fenêtre), mais il existe peu d’informations concernant le potentiel d’inactivation du SRAS-CoV-2 par les UVB.

Oui, il semble que les rayons UV aident à détruire le virus sur les surfaces. Mais on sait maintenant que les surfaces ne sont pas un vecteur de transmission majeur, précise le Dr Lagacé-Wiens. D’ailleurs, une étude mondiale montre (Nouvelle fenêtre) qu’une augmentation des rayons UV ne diminuerait que de 1 % le risque de transmission.

Les résultats pour l'humidité sont moins clairs; le virus semble mieux survivre à une humidité relative plus faible, selon certaines études (Nouvelle fenêtre). L’hypothèse est que les aérosols du virus expirés par une personne infectée absorbent de l’eau, deviennent plus gros et se déposent davantage sur les surfaces.

S’il existe des indices de l’effet de la chaleur, l’humidité et les rayons UV sur les virus, les experts s’entendent pour dire qu’il faut davantage d’études pour bien comprendre le phénomène, surtout dans le contexte de la pandémie de la COVID-19. Le rapport de l’OMM et de l’INSPQ rappelle que cette relation s’avère complexe et reste à élucider.

L’humain ou l’environnement en cause?

Des chercheurs de l’Université de l’Illinois (Nouvelle fenêtre), aux États-Unis, soutiennent que la température et la latitude ont un impact sur la propagation du virus. Mais les auteurs apportent eux-mêmes une mise en garde importante : leur analyse ne tient pas compte des interventions gouvernementales et humaines sur la pandémie.

Les gens ont tendance à rester à l’intérieur pour échapper au froid glacial ou à la chaleur intense. Ce changement de comportement fluctue selon les saisons et expliquerait en partie pourquoi il y a plus de transmission pendant ces périodes. Aussi, certaines activités – comme le début de l’année scolaire ou le temps des fêtes – concordent avec les saisons, ajoute l’INSPQ.

L’étude rappelle que plusieurs pays ont commencé à imposer le port du masque en mai et juin – au moment même où l’été commençait. Ainsi, ajoute le Dr Lagacé-Wiens, la baisse du nombre de cas l’été dernier ne peut pas être seulement attribuée au changement de saison.

Le fait que les mesures sanitaires n’aient pas été prises en compte dans plusieurs de ces études fait en sorte qu'il est encore impossible d’établir un lien de causalité entre le virus et les saisons, dit le Dr Lagacé-Wiens.

En fait, selon le rapport de l’OMM et celui de l'INSPQ, les interventions gouvernementales et les comportements individuels semblent avoir eu un impact beaucoup plus important que la météo sur la transmission.

On a vu des interventions de santé publique agressives qui sont arrivées en même temps que le changement de saisons. Il est difficile de départager l’impact des saisons et des interventions

Une citation de :Philippe Lagacé-Wiens, Université du Manitoba

Le SRAS-COV-2 pourrait devenir saisonnier... un jour

Le SRAS-CoV-2 ne disparaîtra pas de sitôt et deviendra le cinquième coronavirus endémique connu.

Mais avant de constater un effet saisonnier pour le SRAS-CoV-2, il faut qu’une majorité de la population ait été immunisée, soit après avoir été infectée ou soit après avoir été vaccinée, dit le Dr Lagacé-Wiens. Mais en ce moment, l’immunité mondiale au SRAS-CoV-2 n’est pas suffisamment élevée pour que les conditions météorologiques estivales soient un élément protecteur.

Le nouveau coronavirus ne se comporte pas comme les autres coronavirus endémiques et n’a pas de tendance saisonnière parce qu’il y a encore une grande partie de la population qui n’est pas immunisée. Sans cette immunité, les gens vont l’attraper, peu importe la saison.

Une citation de :Philippe Lagacé-Wiens, Université du Manitoba

Toutefois, si l’on observe ce qui se passe avec les autres coronavirus endémiques, il est très probable qu'un jour la COVID-19 adopte un cycle saisonnier. Il n’y a pas de raison biologique qui pousserait le SRAS-CoV-2 à agir différemment des quatre autres coronavirus endémiques. Il faut présumer que la saisonnalité éventuelle est une forte possibilité, croit le Dr Lagacé-Wiens.

Mais il est encore impossible de prévoir avec certitude si le SRAS-CoV-2 établira un profil saisonnier d’infection et quand il le fera. Historiquement, on a observé que des virus respiratoires, comme l’influenza, prennent 2 à 3 ans avant d’établir un vrai cycle saisonnier. Mais ça peut changer avec une vaccination accélérée qui rendra la population plus résistante au virus, dit le Dr Lagacé-Wiens.

Si le SRAS-CoV-2 développait un profil saisonnier semblable aux autres coronavirus endémiques et virus respiratoires, le Dr Lagacé-Wiens craint que les hivers – surtout de janvier à mars – risquent d’être particulièrement difficiles pour les années à venir.

L’ajout du SRAS-CoV-2 au profil saisonnier du coronavirus endémique augmenterait probablement la charge de morbidité des virus respiratoires pendant cette période et aura un impact encore plus grand sur les systèmes de santé, ajoute le Dr Lagacé-Wiens dans son rapport.

C’est pourquoi son rapport suggère d’élaborer des tests qui pourront détecter autant la COVID-19 que les grippes et les virus respiratoires et de préparer suffisamment de ressources pour faire face à un hiver potentiellement plus difficile.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !