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Ligne bleue : la facture des expropriations enfle d’un milliard

Achats de terrains non prévus, hausse du marché immobilier, estimations sous-évaluées : en raison de multiples contraintes, le coût des expropriations a énormément augmenté, mettant en péril le projet de prolongement de la ligne bleue de Montréal, a appris Radio-Canada.

Une personne attend le métro.

Le prolongement de la ligne bleue ne sera pas finalisé avant 2027 ou 2028, selon des informations obtenues par Radio-Canada.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Entre le gouvernement Legault et Montréal, la tension ne retombe pas. Avant de donner son accord afin de lancer les travaux pour le prolongement de la ligne bleue, attendu depuis plusieurs décennies, Québec demande à la métropole de réduire les coûts.

Ces derniers ont toutefois explosé au cours des dernières années. La faute, notamment, à un budget d’expropriations nettement sous-estimé au départ, mais qui a aussi varié en raison de la surchauffe immobilière.

Selon les informations de Radio-Canada, le coût total pour l’achat de ces terrains, indispensables pour la mise en place de ce projet, a augmenté de près d’un milliard de dollars par rapport au budget initial. Plusieurs sources proches du dossier ont confirmé cette hausse spectaculaire et des discussions difficiles avec Québec.

À l’heure actuelle, selon les estimations de la Société de transport de Montréal (STM), 1,2 milliard de dollars sont nécessaires pour l’acquisition de ces emplacements. En 2015, une somme de 340 millions était évoquée dans le premier dossier d’opportunités, réalisé par l’Agence métropolitaine de transport (AMT).

Un projet reporté à 2027 ou 2028

Initialement prévu pour 2026, le prolongement de la ligne bleue sera encore retardé. Aucun nouvel échéancier n’a cependant été publiquement mentionné.

Or, dans des documents obtenus par Radio-Canada, rédigés par la STM, il est question d’un retard pouvant varier de 6 à 20 mois. Ce retard entraînerait des coûts supplémentaires pouvant aller de 80 M$ à 230 M$, est-il précisé. Dans cette analyse, il est souligné que les coûts du projet augmentent d’environ 15 M$ à chaque nouveau mois de délai.

Justin Trudeau en conférence de presse à Montréal.

Les différents ordres de gouvernement se sont déjà engagés à prolonger la ligne bleue, comme Justin Trudeau, en compagnie de la ministre provinciale Chantal Rouleau, en 2019.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Des achats de terrain non prévus

Pour expliquer cette facture qui a quasi quadruplé, plusieurs raisons sont évoquées. Dans différents documents obtenus par Radio-Canada, rédigés dans les derniers mois par la STM, il est question d’une sous-évaluation des coûts initiaux pour les quelque 500 dossiers d'expropriation gérés conjointement par le ministère des Transports et la STM.

De coûteux retards sont aussi mis de l'avant.

La STM devait initialement prendre possession des 50 terrains à l’automne 2020 afin de respecter l’échéancier maître du projet. Ce retard a déjà causé une hausse de plus de 300 M$ dans les coûts estimés du projet.

Une citation de :Extrait d’un mémoire de la STM daté du 19 novembre 2020

Pour mener à bien ce projet, de plus larges acquisitions, non prévues, sont maintenant à prendre en compte, en raison de contestations judiciaires. Par exemple, la STM a été contrainte d’exproprier complètement le terrain du centre commercial Le Boulevard, dans l’arrondissement de Saint-Léonard, puisque son propriétaire s’opposait à une expropriation partielle.

Des enjeux similaires persistent dans d’autres secteurs et des compensations doivent également être versées à des commerçants, nous a-t-on confié, tout en insistant, en parallèle, sur la forte augmentation des prix de l’immobilier dans la métropole, sans compter la hausse des coûts des matériaux.

Dans ces documents, la STM précise également ne pas être responsable de ces expropriations et des prix engendrés. Le [ministère des Transports] agit à la fois comme ministère responsable et comme sous-traitant du maître d’œuvre pour l’acquisition des terrains. Les responsables des expropriations du ministère n’ont toutefois aucune obligation de performance ou d’engagement en termes d’échéancier envers le maître d’œuvre, peut-on lire dans un mémoire de la STM.

Québec doit revoir le budget d’expropriations, répond la STM

Des recommandations d’optimisation sont en préparation, explique un porte-parole de la STM. Un groupe d’action a été formé et des propositions seront soumises d’ici la fin du mois du juin au gouvernement. Nous confirmons avoir avisé nos partenaires que l’enveloppe prévue pour les acquisitions de lots nécessaires au prolongement de la ligne bleue devait être révisée. C’est d’ailleurs un des éléments qui nous ont incités à proposer de former un comité d’experts, ajoute la STM.

Moins d’ascenseurs, plus d’économies

Le coût des expropriations est désormais le principal obstacle de ce prolongement, dans les cartons depuis 1979, qui prévoit la création de cinq nouvelles stations.

Le gouvernement Legault a récemment demandé à Montréal de revoir entièrement le budget de ce projet, évalué désormais à 6,1 milliards, contre 3,9 milliards en 2015, avant une révision à 4,5 milliards l’année suivante. C'est une hausse de 1,6 milliard par rapport à ce qui est appelé le projet de référence.

Plusieurs pistes d’économies ont déjà été présentées au ministère des Transports du Québec. Un nouveau rapport doit être présenté d’ici l’été.

Le stationnement incitatif sous-terrain de 1200 places prévu à Anjou a déjà été rayé du projet, selon nos informations. Une économie de 140 millions est budgétée.

D’autres solutions sont évoquées par la STM dans un document daté de novembre 2020 dont nous avons eu copie. La STM propose par exemple de réduire le nombre d’escaliers mécaniques et d'ascenseurs pour économiser encore une centaine de millions.

Pistes de solutions évoquées par la STM

  • Faire passer le nombre d’escaliers mécaniques de 47 à 31 : 55 M$ d’économies
  • Réduire le nombre d’ascenseurs à 3 par station : 64 M$
  • Réduire la Certification platine Envision à une certification moindre : 50 M$

Des sources parlent aussi de revoir le nombre d’édicules à construire et de trouver un accord avec la Caisse de dépôt et placement du Québec pour le financement, par cette dernière, de la structure qui accueillerait une future station commune avec le REM de l’Est.

Le prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal.

Cinq nouvelles stations sont prévues dans le cadre du prolongement de la ligne bleue, mais la STM étudie la possibilité de revoir ce nombre à la baisse.

Photo : Radio-Canada

Plus de logements à construire?

Inquiète pour l’avenir du projet, l’équipe de la mairesse Valérie Plante a écrit au premier ministre François Legault à la fin de l’année passée pour lui rappeler l’importance de ce prolongement.

En début d’année, dans un rapport confidentiel, la Ville a également soumis au gouvernement différentes idées pour rentabiliser cet investissement majeur. Montréal propose de construire 13 000 unités de logements dans le corridor de ce prolongement, dont 2500 au-dessus des cinq nouvelles stations.

Selon l’estimation municipale, la vente des droits aériens pour ces constructions pourrait générer des revenus de 56,3 M$, auxquels s’ajouteraient des revenus potentiels de 30,8 M$ en redevances de transport.

Des négociations seraient en cours, a-t-on indiqué à Radio-Canada. La conception des nouvelles stations devrait tenir compte de ces possibilités, sans quoi, il s’avérera quasi impossible, a posteriori, de construire des immeubles au-dessus des stations, soutient ce rapport.

La Ville, de son côté, refuse à l’heure actuelle de réduire le nombre de stations. Quant à elle, la STM a déjà préparé, selon la future décision de Québec, des scénarios de rechange incluant entre autres la construction de seulement quatre stations.

Est-ce une demande du gouvernement Legault? En entrevue avec Radio-Canada, la ministre responsable de la métropole, Chantal Rouleau, reste prudente.

Notre objectif, c'est cinq stations. Des évaluations, c'est normal d'en faire dans le contexte budgétaire.

Une citation de :Chantal Rouleau, ministre responsable de la métropole

Selon l'élue caquiste et ex-mairesse de l'arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, le projet n'est cependant pas en péril, même s'il doit dorénavant se réaliser avec le budget de 4,5 milliards prévu initialement.

On remet le train sur les rails, assure-t-elle. On veut que le prolongement se réalise dans le budget, dans les temps.

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