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Un taux d'agressions sexuelles quatre fois plus élevé au Labrador qu'ailleurs au pays

Silhouette de femme dans l'ombre.

Des données montrent que le taux d'agressions sexuelles est quatre fois plus élevé au Labrador qu'ailleurs au Canada.

Photo : CBC / Ben Nelms

La Presse canadienne

Rigolet est une communauté tissée serrée de quelque 300 âmes, au Labrador, où tout le monde connaît tout le monde. Ce devrait être un endroit rassurant et sécuritaire, mais une mère de famille confie qu'elle rappelle constamment à ses filles de rester sur leurs gardes.

Je leur dis de faire attention aux endroits où elles se trouvent, avec qui elles s'y trouvent et d'être prudentes, a révélé Desiree Wolfrey lors d'un récent entretien.

Le Labrador affiche un taux ahurissant d'agressions sexuelles. Un taux quatre fois plus élevé que la moyenne canadienne, selon des données fournies à La Presse canadienne par la Force constabulaire royale de Terre-Neuve (FCRTN) et la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Pis encore, les chiffres sont en hausse.

Desiree Wolfrey.

Desiree Wolfrey est directrice de la Maison Kirkina, un petit refuge pour femmes de Rigolet. Elle pense qu'un manque de ressources contribue aux problèmes des femmes de sa communauté.

Photo : Gracieuseté Desiree Wolfrey

Les femmes et les filles de la région vivent sous la menace quotidienne, décrit Mme Wolfrey. Elle dirige la Maison Kirkina, un petit refuge pour femmes de Rigolet, et ces données policières ne la surprennent pas du tout.

Je sais que la majorité des gens ne vont pas voir la police, alors en réalité le taux est bien plus élevé, déplore-t-elle.

Des statistiques alarmantes

Le taux élevé de violence sexuelle envers les femmes du Labrador n'est pas nouveau. Il y a trois ans, une enquête nationale menée par Discourse Media a révélé que la ville de Happy Valley-Goose Bay était classée sixième parmi 600 municipalités canadiennes pour leur taux de violence contre les femmes. L'enquête portait sur les années 2008 à 2015.

Vue du ciel de Rigolet.

Rigolet est une communauté du Nunatsiavut, un territoire inuit.

Photo : Eldred Allen/Bird's Eye

Les nouveaux chiffres dévoilés par les forces policières de Terre-Neuve-et-Labrador couvrent la période de 2016 à 2020. Ils montrent que le taux d'agressions sexuelles était entre quatre et six fois plus haut au Labrador que sur l'île de Terre-Neuve au cours de ces cinq années.

Alors que le Labrador ne compte que 5 % de la population de la province, la région cumulait près du quart de toutes les plaintes d'agression sexuelle l'an dernier.

Le taux moyen d'agressions sexuelles rapportées à la police au Canada, en 2019, s'élevait à 82 cas pour 100 000 personnes d'après les chiffres de Statistique Canada. Au Labrador, le taux était de 380 pour la même année. En 2020, il est passé à 449.

Dans le secteur au nord de Happy Valley-Goose Bay et le long de la côte, le taux atteint même 681.

L'inaction, signe de racisme systémique

Deirdre Connolly en a vu assez. Elle a lancé le Centre de crise et de prévention des agressions sexuelles du Labrador à Happy Valley-Goose Bay, en mars 2020. Elle travaille à accueillir les survivantes et dénonce un manque de ressources inacceptable pour lutter contre ce fléau dans la région.

Pour elle, l'absence de réaction représente une nouvelle preuve de racisme systémique, puisqu'une majorité de cas concerne des femmes autochtones.

Ce sont des survivantes autochtones et elles n'obtiennent pas l'attention qu'elles auraient si elles étaient dans une communauté urbaine ou blanche, reproche Mme Connolly.

Deirdre Connolly brandit des années de recommandations formulées par la maison-mère de son organisation, à Saint-Jean de Terre-Neuve, afin qu'une infirmière spécialisée en agressions sexuelles soit embauchée au Labrador.

Ces infirmières disposent d'une expertise leur permettant d'intervenir auprès des victimes et de les aider à faire un choix éclairé dans leur démarche avec les policiers. Une telle ressource existe à Saint-Jean, mais pas au Labrador.

La récente campagne électorale provinciale aurait pu être une occasion idéale pour les politiciens de s'intéresser à cet enjeu, mais cela ne s'est pas produit, au grand dam de Mme Connolly.

Un porte-parole du Secrétariat des Affaires du Labrador, Allan Bock, a affirmé que le gouvernement était ouvert à explorer des options en vue d'étendre le programme d'infirmière spécialisée au Labrador.

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