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Analyse

Quel espace restera-t-il au Parti québécois?

Paul Saint-Pierre Plamondon parle à la caméra.

Paul Saint-Pierre Plamondon a été élu à la tête du Parti québécois le 9 octobre 2020.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Le dernier sondage Léger sur les intentions de vote le montre bien : il n’y en a que pour la Coalition avenir Québec (CAQ), qui occupe toute la scène à la faveur de la pandémie et dont le taux de satisfaction ne semble pas en voie de s’essouffler.

Tous les partis d’opposition sont, d’une manière ou d’une autre, déclassés. Mais il y en a un qui est à risque plus que les autres et c’est le Parti québécois (PQ). Parce que, depuis déjà un bon moment, le PQ perd des appuis de tous les côtés et que, pour la première fois, il se retrouve au dernier rang des grands partis politiques représentés à l’Assemblée nationale.

Un mot ici sur le Parti conservateur du Québec et son nouveau chef, Éric Duhaime : il obtient aujourd’hui 6 % des voix, mais il est bien trop tôt pour voir si cet appui sera durable. Actuellement, il profite de la notoriété de son chef dans les milieux hostiles aux mesures sanitaires, mais cela peut vite s’estomper avec la fin de la pandémie. On aura donc le temps d’y revenir…

Tendance lourde

La tendance n’est pas récente et elle est lourde. On pourrait dire qu’elle a commencé avec les élections de 1998, quand Jean Charest avait réussi à gagner de peu le vote populaire contre Lucien Bouchard — encore tout auréolé de sa gestion de la crise du verglas.

En 2012, le PQ avait repris le pouvoir, mais de façon minoritaire, avec 32 % des voix. Il devait le perdre moins de deux ans plus tard avec 25 % de l’appui populaire. Aujourd’hui, il en a la moitié moins et se retrouve pour la première fois derrière Québec solidaire (QS).

Les explications sont nombreuses. Au cours de ces huit ans, le PQ a connu six chefs, si on compte les chefs par intérim, et aucun n’a réussi à inverser la tendance vers le bas.

La CAQ a fait le plein…

Pendant ce temps, les autres partis en ont profité. D’abord, la CAQ qui, de toute évidence, est allée faire le plein d’électeurs parmi ceux qui votaient pour le PQ sans que l’indépendance soit au cœur de leurs préoccupations. Et ce, bien avant la pandémie...

À ces électeurs, la CAQ offre, dans le fond, exactement ce qu’ils veulent : un parti nationaliste, à forte saveur économique, mais sans référendum à la clé. Un peu comme le PQ du temps de Bernard Landry, mais sans l’indépendance.

François Legault en conférence de presse le 27 avril 2021.

La CAQ de François Legault est en tête dans les intentions de vote, selon un sondage Léger.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Le PQ a également perdu des appuis sur son aile gauche. La coalition qu’était le PQ de René Lévesque à Lucien Bouchard était nationaliste, bien sûr, mais elle était aussi le parti le plus progressiste qui avait des chances de former un gouvernement. Pour une part significative d’électeurs péquistes, c’était la principale raison qui justifiait leur choix.

Même sous Lucien Bouchard — dont bien des péquistes se méfiaient pourtant du passé conservateur —, le PQ a réussi à mettre sur pied deux importants programmes sociaux qu’on nous envie dans le reste du Canada : l’assurance médicaments et le réseau des centres de la petite enfance.

La carte identitaire

Ces appuis, le PQ a commencé à les perdre quand il a décidé de jouer à fond la carte identitaire, entre autres lors du débat sur la Charte des valeurs. C’était très populaire chez certains péquistes, mais fort impopulaire chez d’autres qui ont discrètement abandonné le parti.

Cela a surtout contribué à lui faire perdre l’appui des électeurs les plus jeunes, une clientèle qui lui était autrefois acquise. Aujourd’hui, il se retrouve bon dernier chez les électeurs de moins de 35 ans et c’est QS qui est désormais leur premier choix.

Aujourd’hui, le débat identitaire a largement été récupéré par la CAQ et l’aile progressiste s’est déplacée vers QS. Ce qui laisse le PQ avec peu de choses pour séduire un électorat lassé des grandes manœuvres constitutionnelles et qui ne veut rien entendre d’un troisième référendum sur la souveraineté. Les appuis autrefois solides du PQ dans les couronnes de Montréal, qui se sont graduellement évaporés, en font foi.

Langue et leadership

Resteraient le dossier linguistique et le leadership. Sur la langue, le PQ est obligé de se radicaliser pour se distinguer de la CAQ. Mais sa volte-face récente sur le cégep en français seulement risque plus de conforter ce qu’il reste de base péquiste plutôt que de récolter de nouveaux appuis.

Quant au leadership, Paul St-Pierre Plamondon n’est chef du PQ que depuis sept mois et la pandémie fait en sorte qu'il est difficile de juger de sa performance. Mais il reste qu’il est encore difficile de l’imaginer dans l’habit d’un premier ministre. Parce que maintenant, il ne lui suffira pas d’avoir une place au débat des chefs, il devra montrer qu’il peut se hisser au niveau des Jean Lesage, Robert Bourassa, René Lévesque ou Jacques Parizeau. Ce qui est loin d’être le cas actuellement.

Les partis politiques ne sont pas éternels. Il leur arrive de ne plus être capables d’être en phase avec l’électorat. Et après 55 ans d’une glorieuse histoire, la prochaine élection pourrait être, pour le PQ, celle de la dernière chance.

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