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« C'est pas normal » : parents et éducatrices dénoncent le manque de places en garderie

Une femme parle au micro devant des familles rassemblées devant l'Assemblée nationale

Une centaine de parents et d'éducatrices ont manifesté leur colère de voir le manque d'actions concrètes du gouvernement pour soulager la pénurie de places en garderie.

Photo : Radio-Canada / Kassandra Nadeau-Lamarche

Une centaine de parents, d’éducatrices et de députés de l’opposition ont participé à un sit-in devant l’Assemblée nationale dimanche matin pour dénoncer les conditions de travail laborieuses et le manque de places généralisés dans les garderies subventionnées.

Plus de 50 000 enfants sont présentement sur la liste d’attente du seul guichet qui donne accès à une place dans un service de garde reconnu au Québec : La Place 0-5.

Dans un contexte où les places manquent autant que les éducatrices, trouver un endroit prêt à garder son enfant devient un parcours du combattant pour de nombreux parents.

Gabrielle Drolet, une jeune mère de deux enfants de Québec, l’a appris à ses dépens.

Je suis en sans solde par faute de places en garderie. On en avait une, mais la COVID l’a fait fermer, explique-t-elle. Ma fille avait une place prévue, mais tout est tombé à l’eau.

Elle s’estime chanceuse d’avoir réussi à trouver une place, pour fin août, après avoir fait une trentaine d’appels et envoyé une cinquantaine de courriels.

C'est comme un coup de dés. Nous, on a réussi, mais je suis quand même quatre mois sans solde. C'est pas normal d'être obligée de rester à la maison.

Une citation de :Gabrielle Drolet
Un couple assis. La mère tient son enfant dans ses bras au milieu d'un sit-in, devant l'Assemblée nationale

Des parents doivent retarder leur retour au travail pour garder leur enfant, faute de places disponibles au moment où ils en ont besoin.

Photo : Radio-Canada / Kassandra Nadeau-Lamarche

Victoria Frochisse n’a pas eu la même chance que Gabrielle. 

Peu importe où j'appelle, c'est limite si on ne rit pas de moi, déplore-t-elle. Au téléphone, on me dit : ‘’pas de place avant 2023’’. Moi, mon retour au travail est compromis et le revenu familial aussi.

On va sûrement essayer de s'arranger avec mes parents, explique son conjoint, Gabriel Douville. C’est quand même dans trois mois et on n’a pas de place : ça presse.

Les oppositions veulent des résultats

Plusieurs députés de l’opposition ont apporté leur appui aux manifestants.

La situation touche les députés solidaires Sol Zanetti et Catherine Dorion de près : nouvellement parents, ils peinent eux aussi à trouver une place en garderie.

Le problème, il est partout en province mais à Québec, c'est catastrophique. Les gens autour de nous qui ont une place en garderie, c’est à peu près introuvable, déplore la députée de Taschereau. C'est concret, c'est réel et c'est partout autour de nous. On n’a pas de places, je n'ai pas de places, les gens que je connais n’ont pas de places, les gens qui travaillent avec nous à l'Assemblée nationale n'ont pas de places.

L’élu de Jean-Lesage, lui, croit que la première étape est de rendre le milieu de la petite enfance attractif.

Il n’y a aucune solution qui va marcher si on ne donne pas de meilleures conditions aux éducateurs et aux éducatrices du milieu, affirme Sol Zanetti. T'auras beau ouvrir des places, si y a pas de monde qui va travailler là, on a un problème.

Le chef péquiste Paul Saint-Pierre-Plamondon, lui aussi nouvellement père, croit que l’accès à des places est impératif pour relancer l’économie

On s'enrichirait parce que présentement, ce sont des milliers de familles qui ne peuvent pas aller au travail. Donc, on perd de l'argent en raison de l'incompétence du gouvernement.

Une citation de :Paul Saint-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois

Des ressources à bout de souffle

La crise sanitaire est venue exacerber l'épuisement des travailleuses du réseau. Des centaines d'entre elles ont décidé de remettre leur démission dans la dernière année.

Il y a beaucoup de départs. Il y a des filles qui envoient leur CV ailleurs. Il y en a qui tombent l'une après l'autre en épuisement, qui sont en arrêt de travail. Ça n'arrête plus, se désole Émilie Dechamplain, éducatrice en CPE.

La fondatrice du mouvement Ma place au travail, Myriam Lapointe-Gagnon, revendique une aide financière immédiate pour les familles privées d'un salaire en attendant de pouvoir placer leur enfant, une réduction de la charge administrative pour créer des milieux de garde et des mesures pour le recrutement et la rétention des éducatrices, qui n'ont bénéficié d'aucune prime en temps de pandémie.

Des pancartes avec des slogans pour la valorisation de la profession d'éducatrice derrière lesquelles se tiennent des femmes, des hommes et des enfants.

Des éducatrices et des parents s'étaient notamment donné rendez-vous au parc Lafontaine, à Montréal, pour manifester contre le manque de place en garderie et la dévalorisation de la profession.

Photo : Radio-Canada

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, a été à l'écoute du mouvement, mais n'a que très peu agi pour régler le problème, soutient Mme Lapointe Gagnon. Il nous dit d'attendre, d'attendre, d'attendre. Mais on lui dit qu'en attendant, il y a des parents qui sont dans des situations de précarité inconcevables.

Notre profession est vraiment magnifique, soutient de son côté Émilie Dechamplain.

Le réseau que le ministre Lacombe a entre les mains, c'est vraiment un joyau, poursuit-elle. C'est un réseau qui est envié du reste du Canada et ils ont raison de le dire, mais par contre notre réseau est en crise et il faut agir vite.

Pas d'échéancier prévu

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, debout durant une conférence de presse.

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Du côté du cabinet du ministre, on réitère la promesse caquiste de compléter le réseau des services de garde, sans toutefois fournir d'échéancier précis.

De 5000 à 7000 places subventionnées en installation verront le jour dans la prochaine année, estime-t-on.

Le gouvernement accuse néanmoins un retard important sur les 13 500 places promises au début de son mandat et s'est engagé, cette semaine, à en créer 22 000 supplémentaires. Un nombre similaire à celui des places vacantes dans le réseau non subventionné.

Le ministre Lacombe dit qu'il prend les bonnes décisions pour compléter le réseau, mais reconnaît qu'il existe un problème à court terme pour des milliers de parents québécois. Il faut compter un délai de deux ans pour construire les nouvelles places en CPE.

Avec les informations de Kassandra Nadeau-Lamarche

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