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Un plan de déconfinement pourrait-il redonner espoir aux Ontariens?

Deux personnes partagent un repas autour d'une table à l'extérieur d'un restaurant.

Une feuille de route pourrait apporter plus de prévisibilité, et le sentiment de voir une ligne d'arrivée. (Archives)

Photo : Evan Mitsui/CBC

Après la première vague de COVID-19 l’an dernier, l’Ontario avait dévoilé un plan de déconfinement en trois phases. Puis il y a eu, à l’automne, le code de couleur et ses zones verte à grise, un système finalement supplanté par l’ordre de rester à la maison. Maintenant que la vaccination s’accélère, est-il temps pour la province de penser à un nouveau plan de réouverture?

C’est ce qu’a fait la Saskatchewan, qui a présenté la semaine dernière son plan pour une levée progressive des mesures sanitaires.

Chacune des trois étapes prévues est rattachée à une cible de vaccination. La première doit commencer trois semaines après que 70 % des personnes de 40 ans plus auront reçu une première dose. Les restaurants et les lieux de culte pourront alors rouvrir, entre autres, avec limites de capacité et distanciation.

Cette approche a inspiré d’autres provinces comme le Québec, qui a promis un plan de déconfinement dans les prochaines semaines.

Le gouvernement de l’Ontario, pour l’instant, ne s’avance pas. Dans un courriel à Radio-Canada, une porte-parole de la ministre de la Santé souligne que la province combat une troisième vague de variants plus contagieux et que les mesures en vigueur permettent d’en limiter la transmission.

Elle ajoute que la province continuera de s’appuyer sur les conseils du médecin hygiéniste en chef et d’autres experts.

Le Dr Isaac Bogoch, spécialiste des maladies infectieuses à l’Hôpital général de Toronto et membre du groupe de distribution des vaccins contre la COVID-19 de l’Ontario, voit tout de même un intérêt à proposer des balises.

Un homme, assis dans une pièce, en vidéoconférence.

Le Dr Isaac Bogoch est infectiologue à l’Hôpital général de Toronto

Photo : Skype

C’est utile d’être transparent sur ce à quoi la réouverture va ressembler. Ça donne espoir aux gens, ils savent à quoi s’attendre et c’est bien d’avoir une fin en vue, de savoir quels sont les indicateurs qui dictent la levée de certaines mesures.

Le président de la Chambre de commerce de l’Ontario, Rocco Rossi, croit que la province pourrait aussi s’inspirer du Royaume-Uni, qui suit un plan de déconfinement sur plusieurs mois.

Tous les gouvernements disent que les vaccins sont des "game changers", donc les gens ont deux questions très simples : comment et quand le jeu va changer?

Une citation de :Rocco Rossi, président de la Chambre de commerce de l'Ontario

Les gens veulent une motivation pour se vacciner, et si le monde ne change pas, pourquoi doit-on faire un effort?

Toute feuille de route apporte un sens de prévisibilité, et c’est tellement essentiel pour la santé, renchérit Roger McIntyre, professeur de psychiatrie et de pharmacologie à l’Université de Toronto.

Les gens sont fatigués et veulent vraiment retourner à leurs vies. Cela fait plus d’un an, mais ce qui ajoute au sentiment languissant, c’est le fait qu’il n’y ait pas de ligne d’arrivée spécifique.

Une citation de :Roger McIntyre, professeur

Opération séduction?

Mais la sociologue Diane Pacom craint que des plans comme celui de la Saskatchewan ne soient pas plus, justement, qu’une incitation à aller se faire vacciner. C’est comme ça que je reçois, moi, le message.

Je n’ai rien contre l’idée de faire ça, mais ça me semble comme étant trop opportuniste, un peu comme : on va leur donner un bonbon en disant "voilà un plan possible de réouverture".

Mme Pacom est installée dans une pièce sombre dans le cadre d'une entrevue.

Diane Pacom, sociologue et professeure émérite à l'Université d'Ottawa.

Photo : Radio-Canada

Elle regrette aussi que ce type de plans repose davantage sur les actions de la population que sur celles des gouvernements. C’est ce qui m’a toujours un peu dérangée depuis le début de la pandémie, c’est qu’on met la responsabilité de la gestion de cette chose, de la reprise, sur le dos des individus.

D’autres facteurs dans l’équation

Dans tous les cas, la vaccination ne peut pas être le seul indicateur de mesure pour un déconfinement, réplique le Dr Peter Jüni, directeur scientifique du groupe de consultation de l’Ontario sur la COVID-19.

D’abord, il faudrait se baser sur la vaccination complète, prévient-il. Si vous avez reçu une dose, ça ne signifie pas que vous pouvez revenir à la normale.

La capacité des hôpitaux et la baisse des infections et de la transmission communautaire sont aussi des critères clés.

On ne peut pas spécifier un niveau précis, mais c’est approximativement à 800 cas par jour qu’on peut contrôler les choses, évalue-t-il, avec un système de dépistage et de traçage efficace en Ontario. Sinon ça ne va pas être possible.

Le portrait d'un homme

Le Dr Peter Jüni est aussi professeur de médecine et d'épidémiologie à l'Université de Toronto.

Photo : Radio-Canada / CBC News

Le Dr Jüni entrevoit par ailleurs deux priorités pour tout plan de relance. La séquence pourrait être la suivante : ce serait d’abord d’ouvrir prudemment ce qui est à l’extérieur, pour permettre aux gens de relaxer dehors, mais de façon sécuritaire. Et ensuite, les écoles. Si on continue de fermer les écoles, les iniquités vont continuer, surtout pour les travailleurs essentiels.

Flexible et novateur

Le président de l’Association des hôpitaux de l’Ontario, Anthony Dale, croit pour sa part que la province ne devrait pas retourner au code de couleurs, qui selon lui n’est plus pertinent depuis que les variants du coronavirus sont devenus prédominants.

Il est d’avis qu’une approche nouvelle, et provinciale, est nécessaire. Nous ne devons pas faire l'erreur encore une fois de diviser la province en morceaux de territoire. Tout ce que ça fait, c'est d'encourager les gens à bouger d’une région à l’autre.

L’espoir réside dans notre capacité à prendre [cette démarche] au sérieux.

Une citation de :Anthony Dale, président de l'Association des hôpitaux de l'Ontario

Enfin, peu importe le plan, la province se devra aussi d’être flexible, souligne le Dr Bogoch. On ne peut pas être rigide. Si la feuille de route ne fonctionne pas, alors il faut y remédier en cours de route.

Mais il faudra rester transparent par rapport à ça, poursuit-il. Plus de communication et, je dirais même, plus de communication de haute qualité, c’est toujours mieux.

Car, après un an de va-et-vient entre ouvertures et de fermetures, le risque de décevoir les gens est grand, rappelle Diane Pacom. Il y a certainement une perte de patience.

Notre dossier : La COVID-19 en Ontario

Avec des informations de Farrah Merali et Colin Côté-Paulette

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