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La maternité : une notion socioculturelle?

Une actrice enceinte est assise dans une chaise, l'air découragé.

L'instinct maternel serait une construction sociale qui maintient les femmes dans le rôle genré de mère.

Photo : Fournie par MyFrenchFilmFestival

Radio-Canada

Alors que la fête des Mères est célébrée le 9 mai au Canada, de plus en plus de femmes font le choix de ne pas devenir mères, malgré les injonctions de la société, et l’assument. Sujet tabou, le non-désir de maternité est accompagné de stéréotypes genrés, comme l’instinct maternel.

Active au sein de Réseau Femmes Colombie-Britannique, un organisme communautaire pour les femmes francophones de la province, Maryse Beaujeau Weppenaar estime que l’instinct maternel relève de facteurs sociologiques.

Pour ma part, je pense que cette construction est mentale et sociale, malgré ce qui peut être avancé.

Même si une étude affirme que l'instinct maternel est une réalité biologique universelle, Mme Beaujeau Weppenaar affirme qu’elle ne met en lumière qu’une partie de l’iceberg concernant la maternité.

Une femme dans le studio de télévision de Radio Canada à Vancouver

Maryse Beaujeau Weppenaar, directrice générale de Réseau-Femmes C.-B.

Photo : Fabienne Hareau

Cette notion est surtout utilisée pour juger les femmes et les faire rentrer dans une norme qui peut avoir de nombreux aspects négatifs, ajoute la mère de deux enfants.

D’ailleurs, selon la directrice de Réseau-Femmes, le terme d'instinct maternel change de connotation, selon la culture du pays dans lequel on vit.

Le rapport à l’enfant : ordre naturel ou ordre établi?

Francine Descarries, sociologue à l'Institut de recherches et d’études féministes de l'UQAM pense, pour sa part, que l’instinct maternel est une notion qui n’a aucun sens.

L’idée d’instinct maternel repose sur l’idée qu’il y aurait quelque chose en nous qui serait antérieur à l'expérience des rapports sociaux, de la vie en société, affirme-t-elle.

Selon elle, cette idée ne tiendrait pas compte des mécanismes sociaux à travers lesquels les filles comme les garçons construisent leur identité sexuelle et de genre.

Une des victoires du féminisme, c’est d’avoir permis, enfin, de dissocier femme et mère, de permettre aux femmes de se penser autrement qu’en mères.

Une citation de :Francines Descarries, sociologue, l'Institut de recherches et d’études féministes, UQAM

D’une certaine manière, l'instinct maternel c’est, probablement, le résultat de la naturalisation du destin des femmes. C’est une manière, aussi, d’assigner les femmes à la maternité, poursuit-elle.

La sociologue précise que le rapport à l’enfant ne relève pas de l’ordre naturel, mais de la construction sociale. Elle voit la preuve de ce principe dans la façon dont la maternité a été vécue à travers l'histoire : les mères de l'époque victorienne, par exemple, laissaient leur nourrisson en nourrice jusqu'à l'âge de trois ans.

Vouloir des enfants : désir biologique?

Judith Hall, professeure émérite au Département de génétique médicale à l'Université de la Colombie-Britannique, précise que même si, à la puberté, nos hormones agissent sur notre cerveau pour nous motiver à nous reproduire, ce schéma, bien qu’inconscient, relève aussi d’une part de pression sociale.

Sarah Moore, chercheuse postdoctorale au département de génétique médicale de l'Université de la Colombie-Britannique, ajoute que, selon des recherche, les femmes jeunes femmes ont un désir plus fort d’avoir des enfants que les jeunes hommes.

Ce désir diminuerait toutefois quand elles ont des enfants. En revanche, aucune recherche n’a déterminé les causes de ce phénomène.

La pédiatre et généticienne clinique note cependant que les hormones de grossesse préparent le cerveau d’une future mère à prendre soin et protéger son enfant, ainsi que d’autres enfants. C’est ce qui peut faire office de définition pour le lien maternel.

Elle ajoute qu’il existe une envie biologique, causée par les hormones au cours de la période la plus fertile de notre vie, mais qu’il ne faut pas exclure le fait qu’il existe un important effet de socialisation sur la manière dont l'envie se manifeste sur le plan comportemental.

La directrice de Réseau-Femmes insiste sur le caractère genré de cette notion, qui peut faire du mal autant aux femmes qu’aux hommes, puisque le terme n’inclut pas les pères et maintient les stéréotypes genrés sur le rôle de la mère, ce qui peut engendrer une pression sociale, voire un épuisement physique.

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