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Les caribous de Charlevoix condamnés à la captivité

Devant le déclin accéléré de la population, le gouvernement se résout à mettre l'ensemble de la harde en captivité, comme à Val-d'Or.

Un caribou des bois.

Le caribou a perdu deux fois plus d'habitats qu'il n'en a gagné au cours des 12 dernières années.

Photo : Shutterstock

Après des décennies de vie en liberté, les caribous de Charlevoix vivront en captivité dès l'hiver prochain. Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) change de plan et entend désormais placer l'ensemble de la harde en enclos, plutôt que de se limiter aux faons et aux femelles gestantes.

Moins d'une vingtaine de caribous forment aujourd'hui la harde de Charlevoix.

Disparue vers 1920 et réintroduite dans les années 70, l'espèce a vécu en liberté sur de larges pans du parc des Grands-Jardins, de la réserve faunique des Laurentides et du parc des Hautes‑Gorges-de-la-Rivière‑Malbaie.

Mais depuis le sommet de 126 individus atteint en 1992, la population n'a cessé de décliner. Cette décroissance s'est accélérée dramatiquement au cours des trois dernières années pour atteindre un seuil critique de 19 bêtes en mars 2020. Seuls deux faons avaient été identifiés lors du recensement.

Devant cette situation alarmante, le MFFP annonçait, en novembre dernier, qu'il placerait les nouveau-nés et les femelles enceintes dans un enclos de maternité, dès le printemps 2021.

Changement de plan

Mais les plans ont changé.

L’enclos de Charlevoix n’aura pas seulement une fonction de maternité, mais aussi de protection pour tous les segments de la population, indique le MFFP dans un courriel envoyé à Radio-Canada. Cette décision est notamment motivée par le faible nombre de caribous recensés sur le territoire.

Entre l'annonce de la mise en place d'un enclos de maternité, en novembre, et le changement de stratégie confirmé cette semaine, les experts du gouvernement ont mené un inventaire aérien de la population, en mars dernier. Les chiffres n'ont pas été précisés.

Reste que la tendance à la baisse est indéniable. Entre 2017 et 2020, la population a chuté de 65 %. Le MFFP explique également sa décision par le fait que la capture dans la région de Charlevoix s’avère plus complexe en raison d’un couvert forestier plus dense et de l’absence de grands plans d’eau et de tourbières.

La population de Charlevoix subit ainsi le même sort que celle de Val-d'Or, dont le déclin a forcé le gouvernement, là aussi, à placer les survivants en enclos. Il ne reste aujourd'hui que six caribous au sein de la population abitibienne.

Appel d'offres

Le changement de plan a quelque peu modifié l'échéancier du gouvernement dans Charlevoix. Le MFFP procédera à un appel d'offres au cours du mois de mai, un mois plus tard que prévu. La construction de l'enclos est quant à elle envisagée au cours de l'été.

Un jeune caribou au pelage blanc et brun, recouvert partiellement de neige

Un jeune caribou forestier.

Photo : iStock / JellisV

La capture des animaux à placer en captivité attendra cependant à l'hiver prochain. Ces opérations doivent se faire en présence d’un couvert neigeux pour réduire les risques de blessures et faciliter le repérage, dit-on au ministère.

Outre les caribous de Charlevoix, la harde de caribous montagnards de la Gaspésie sera aussi protégée dès l'hiver prochain. Dans le cas de cette autre population isolée, un peu plus nombreuse avec une cinquantaine de bêtes, l'enclos construit cet été en sera un de maternité. Seules les femelles gestantes seront capturées.

Pour les deux populations, le principal défi pour les prochaines saisons sera lié au succès des captures, dit-on au MFFP.

Le ministre Pierre Dufour

Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, doit accoucher d'une stratégie de protection du caribou au cours des prochains mois.

Photo : Radio-Canada

Causes connues, solutions attendues

Dans le cas des hardes de Charlevoix, de la Gaspésie et de Val-d'Or, les causes du déclin sont similaires : perte d'habitat, dérangement causé par l'activité humaine, développement de chemins forestiers et augmentation des événements de prédation (ours, loups, coyotes).

Pressé depuis des années d'agir pour restaurer l'habitat du caribou, le gouvernement se targue malgré tout de mettre de l'avant un projet majeur et avant-gardiste avec ses enclos.

Rappelons que le Québec devait accoucher d'une stratégie de protection de l'habitat du caribou en 2019. La Coalition avenir Québec a cependant repoussé l'échéancier à 2022. Entretemps, le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, a demandé une méta-analyse, dont les résultats n'ont pas encore été dévoilés.

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