•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Vaccins : les échanges sur les réseaux sociaux assombrissent le portrait de la réalité

Un homme tenant entre ses mains un cellulaire allumé.

La pandémie de COVID-19 est la première où les médias sociaux et les désinformations sont aussi présents, selon l'anthropologue Ève Dubé.

Photo : iStock / bombuscreative

Érik Chouinard

Depuis la fin du mois de mars 2020, l’anthropologue Ève Dubé et ses collègues se sont plongés dans les discours en ligne concernant la pandémie. À partir de la mi-décembre, ils ont observé que la majorité de ces conversations portent sur la vaccination et bien qu’elles soient majoritairement critiques et négatives à l’égard des vaccins, elles ne reflètent pas la réalité.

Quand on baigne dans cet univers des réseaux sociaux, ça donne un portrait très sombre, polarisé, parfois même agressif et majoritairement antivaccin, mais ce qu’on observe hors ligne est beaucoup plus nuancé, affirme la professeure de l’Université Laval et chercheuse à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), lors d’une conférence dans le cadre du 88e congrès de l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (Acfas).

Portrait d'Ève Dubé.

Ève Dubé étudie depuis plusieurs années le mouvement antivaccin à l’INSPQ.

Photo : Radio-Canada

Elle rappelle d’ailleurs qu’une personne sur deux de plus de 18 ans a maintenant reçu au moins une dose de vaccin dans la province et que 77 % des Québécois qui n’ont pas encore été vaccinés ont l’intention de le faire.

La pandémie a généré beaucoup d’incertitudes, avec la fatigue, le confinement et les mesures, ce qu’on voit en ligne, c’est que tous les sujets deviennent rapidement polémiques.

Une citation de :Ève Dubé, professeure au Département d’anthropologie de l’Université Laval et chercheuse à l’INSPQ

Ève Dubé explique qu’il est tout de même important de rester à l'affût de ce qui se passe en ligne. La pandémie de COVID-19 est la première que l’on vit où les médias sociaux et les désinformations sont aussi présents. La désinformation en ligne est une des premières causes qui est évoquée pour la montée de l’hésitation à la vaccination, indique-t-elle.

Selon elle, il ne faut pas sous-estimer cette hésitation qui a été reconnue par l’OMS avant la pandémie comme l'une des plus grandes menaces à la santé publique. D’autant plus que la désinformation est particulièrement contagieuse. Il y a des études qui démontrent que naviguer seulement 5 minutes sur un site antivaccin avait un impact négatif sur les intentions de recevoir un vaccin et sur la vaccination en général, précise la chercheuse.

Les vaccins font jaser

Entre le 30 mars et le 30 août 2020, même si la vaccination animait certaines discussions en ligne, elle n’était pas le principal sujet de conversation. Ce qu’on voyait, ce sont surtout des réactions aux annonces d’investissement du gouvernement fédéral en recherche et développement de vaccins, précise la professeure.

Toutefois, entre la fin août et la mi-décembre, avec l’arrivée des premiers vaccins, le nombre de discussions sur la vaccination explose, passant d’environ 1400 à plus de 5000. Et depuis, des pics sont observables chaque fois que des sujets autour des vaccins reviennent dans l’actualité.

Les vaccins sont arrivés lundi matin

Les premiers vaccins sont arrivés à Québec le 14 décembre 2020.

Photo : Radio-Canada / Hadi hassin

Par exemple, les effets secondaires liés au vaccin d'AstraZeneca ont évidemment généré de nombreux commentaires négatifs. Il y a eu toute une rhétorique de critique envers les vaccins, où on a parfois fait le lien avec certaines théories du complot en associant la vaccination avec des stratégies de dépopulation, ajoute Ève Dubé.

Les débats deviennent très hargneux. Il y a une recherche d’un bouc émissaire, donc souvent les gens qui sont plus favorables à la vaccination vont blâmer les gens qui sont opposés ou plus hésitants, et vice versa, les gens qui sont contre les vaccins vont accuser ceux qui veulent se faire vacciner de "moutons".

Une citation de :Ève Dubé, professeure au Département d’anthropologie de l’Université Laval et chercheuse à l’INSPQ

La veille a aussi permis de constater que peu de voix répandent les messages contre les vaccins. On a observé qu’au Québec, à cause de quelques acteurs, il y a une omniprésence du discours antivaccin. C’est le fait de quelques comptes très vocaux, mais qui peuvent rejoindre entre 20 000 et 100 000 personnes, relate Ève Dubé.

Cueillette par intelligence artificielle

Pour recueillir cette importante quantité d’informations, la chercheuse et son équipe ont combiné une analyse manuelle à des techniques d’intelligence artificielle. On travaille avec la même firme de consultants qui travaille au niveau global avec l’OMS pour faire cette veille dans tous les pays.

Ils ont ainsi pu ratisser depuis le 30 mars 2020 plusieurs milliers de discussions sur la pandémie à travers tous les contenus qui sont accessibles publiquement sur les médias sociaux, dans les blogues ainsi que sur les pages web des médias qui ont des sections de commentaires.

On utilise cette veille sur les médias sociaux pour suivre la désinformation et être capable d’identifier à l’avance si une fausse idée gagne en popularité, pour ensuite ajuster la communication en s’assurant que les mythes ne deviennent pas omniprésents, explique Ève Dubé.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !