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Suspension des brevets des vaccins : Ottawa prêt à en parler, pas à la réclamer

La ministre debout pendant la période des questions aux Communes

Mary Ng, ministre du Commerce international

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

La Presse canadienne

Ottawa n'a pas encore emboîté le pas aux États-Unis, prêts à suspendre temporairement des droits de propriété intellectuelle sur les vaccins contre la COVID-19.

Pressé de toutes parts à imiter Washington, le gouvernement Trudeau s'est limité, jeudi, à annoncer une participation active aux négociations sur la suspension des brevets.

Aux Communes, en après-midi, les banquettes libérales se sont ainsi opposées à l'adoption d'une motion présentée par le Bloc québécois.

Que cette Chambre salue et appuie la décision du président des États-Unis d'appuyer la résolution présentée à l'Organisation mondiale du commerce visant à suspendre les brevets des vaccins contre la COVID-19 pour les pays en développement; que cette Chambre demande au gouvernement d'appuyer également cette initiative, a proposé le député bloquiste Alexis Brunelle-Duceppe.

Une fois l'appui unanime refusé, le député libéral Mark Gerretsen a offert une autre motion qui reprenait la première phrase de l'élu bloquiste, mais modifiait substantiellement la seconde.

Que cette Chambre demande au gouvernement du Canada d'accepter de se joindre aux négociations proposées, se limitait à demander le député libéral. Cette fois, c'est du côté de l'opposition qu'ont fusé les non bloquant l'initiative.

Quelques minutes plus tôt, pendant la période des questions quotidienne, le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) s'en était pris, une fois de plus, au gouvernement, lui reprochant de faire le jeu des compagnies pharmaceutiques pendant cette pandémie.

Bien sûr, on doit vacciner toute la population canadienne, mais on a la responsabilité d'aider les gens à travers le monde.

Une citation de :Jagmeet Singh, chef du NPD

Au lieu de protéger les profits des grandes compagnies pharmaceutiques, le premier ministre s'engage-t-il à appuyer la suspension des brevets des vaccins de COVID-19? a-t-il demandé.

En l'absence de Justin Trudeau, c'est la ministre du Commerce international, Mary Ng, qui a offert la réplique.

Nous participerons activement aux négociations, a-t-elle répondu.

Mme Ng n'a pas précisé si le Canada appuyait l'idée spécifique d'une dérogation. Elle a écrit mercredi sur Twitter que le Canada soutenait activement les efforts de l'OMC pour accélérer la production et la distribution de vaccins à l'échelle mondiale.

Nous avons hâte de travailler avec les États-Unis pour trouver des solutions afin d'assurer une reprise mondiale juste et prompte à la suite de la pandémie COVID-19, a-t-elle ajouté sur Twitter.

Le Canada pourrait en faire plus

Jusque-là silencieux dans ce dossier, le Canada avait suscité des critiques.

La « Campagne One », un groupe progressiste de lutte contre la pauvreté, qui a déjà fait l'éloge de Justin Trudeau dans le passé, avait estimé que le Canada était étrangement absent de cette discussion.

Ils ont changé d'avis après que Mme Ng a confirmé son intention de participer aux pourparlers.

Je pense que cela a surpris tout le monde, l'annonce (mercredi) aux États-Unis... Mais c'est gratifiant et encourageant de voir cette étape, a déclaré Stuart Hickox, directeur de la branche canadienne du groupe.

Le Canada pourrait en faire beaucoup plus, a affirmé M. Hickox, notamment en expliquant comment il entend partager ce qui sera un excédent de doses.

Aucun autre pays n'a obtenu autant de doses par habitant que le Canada. Nous allons nous asseoir sur des dizaines de millions de doses excédentaires en un rien de temps, a-t-il dit.

Nous pourrions dire maintenant comment nous prévoyons de les partager, et cela n'affecterait pas du tout notre déploiement de vaccins au pays. Nous en avons commandé plus que nous ne pourrons jamais utiliser.

Les États-Unis ont convenu mercredi de négociations à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) sur une éventuelle dérogation aux règles sur les brevets pharmaceutiques. L'idée est de rendre les formules vaccinales et l'expertise plus largement disponibles afin que davantage de pays développent leur propre approvisionnement en vaccins contre la COVID-19.

La question de savoir si une dérogation aurait l'effet escompté reste ouverte, tout comme celle de savoir si elle verrait le jour, étant donné la nécessité pour l'OMC d'un consensus de 164 pays autour de la table des négociations.

Bloomberg a rapporté jeudi que la chancelière allemande Angela Merkel estime qu'une dérogation ralentirait la production existante et saperait les incitations qui stimulent le développement de nouveaux traitements.

Le Royaume-Uni et la Suisse sont également opposés à l'idée.

La protection de la propriété intellectuelle est un élément crucial pour un secteur des sciences de la vie florissant, a déclaré le groupe de pression pharmaceutique Médicaments Novateurs Canada dans un communiqué.

Une telle renonciation serait un geste décevant, qui ne ferait qu'accroître l'incertitude et l'imprévisibilité relatives à la production, à la qualité et à la disponibilité des vaccins contre la COVID-19 dans le monde entier.

D'autres actions plus urgentes

D'autres experts médicaux disent qu'une dérogation prendrait trop de temps et que le monde développé devrait plutôt se concentrer sur l'augmentation de la production existante.

Je pense que c'est modeste par rapport aux autres grandes choses dont nous avons besoin, a dit à MSNBC le Dr Peter Hotez, doyen de l'école de médecine tropicale du Baylor College of Medicine à Houston.

Le relâchement des brevets est peut-être un enjeu à long terme, mais cela n'abordera pas la façon dont nous vaccinerons les pays à revenu faible et moyen du monde au cours de la prochaine année.

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