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L’ex-directeur du Conseil scolaire Centre-Est visé par une plainte d’inconduite sexuelle

Le directeur général du Conseil scolaire Centre-Est de l'Alberta, Marc Dumont pose pour la caméra assis dans un café.

Le directeur général du Conseil scolaire Centre-Est de l'Alberta, Marc Dumont

Photo : Fournie par le Conseil scolaire Centre-Est

Une ancienne élève de Marc Dumont, ancien directeur du Conseil scolaire Centre-Est (CSCE), allègue qu’il a eu une relation sexuelle avec elle lorsqu’elle avait 15 ans. Il fait maintenant face à une audience disciplinaire devant le comité d’examen des pratiques du ministère de l’Éducation de l’Alberta.

L’audience s’est tenue jeudi et vendredi par vidéoconférence. M. Dumont est accusé d’inconduite professionnelle.

Les faits allégués dont il a été question remontent à 1996. Maryse Culham était alors en 10e année à l’École du Sommet, à Saint-Paul en Alberta. Marc Dumont était son enseignant.

Elle affirme que lorsqu’elle a commencé à lui faire des avances, loin de la rabrouer, il l’a encouragée, et a poussé la relation jusqu’à avoir du sexe oral avec elle dans une chambre d’hôtel lors d’un voyage scolaire.

Je me suis sentie rejetée, utilisée, qu’on avait profité de moi, et franchement, je me suis sentie comme si je n’en valais pas la peine, a dit Maryse Culham, lors de son témoignage devant le comité, jeudi.

Ces allégations n’ont pas été prouvées en cour. Marc Dumont ne s’est pas présenté à son audience disciplinaire. La pire sanction que le ministère de l’Éducation peut lui imposer est la révocation de son certificat d’enseignement.

Marc Dumont n’enseigne plus. Dans une lettre envoyée le 9 avril à la ministre de l’Éducation, il offre de rendre son certificat d’enseignement. Son avocate précise dans un courriel au procureur qu’il est même prêt à le faire officiellement révoquer.

Dans sa lettre, l’ancien directeur du CSCE affirme qu’il s’est comporté avec diligence, soin et intégrité tout au long de sa carrière, mais qu’il fait encore face à des plaintes en lien avec la création d’une allliance gai-hétéro à l’École du Sommet en 2018 et qu’il est épuisé.

J’ai atteint un point où, malgré mes 25 ans de services, je souhaite laisser derrière moi tous ces malheureux événements qui ont eu un impact si dévastateur sur moi et ma famille, écrit-il.

Une nuit à l’hôtel

Maryse Culham a d’abord adressé sa plainte à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) en 2018. Cette plainte n’a pas débouché. En 1996, les tribunaux canadiens n’avaient pas de juridiction sur des crimes sexuels commis à l’étranger. La loi a changé peu de temps après.

Les preuves présentées lors de l’audience proviennent surtout des entrevues faites par un enquêteur du ministère de l’Éducation et par la GRC de Saint-Paul.

Dans une entrevue avec la GRC, Maryse Culham raconte qu’elle a commencé à flirter avec son enseignant en 9e année.

Elle se rappelle un ou deux événements où elle se tenait plus près de lui que nécessaire ou lui a touché la main pour voir comment il allait réagir.

Maryse Culham

Maryse Culham est aujourd'hui avocate et mère de famille. En 1996, elle était élève de 10e année à l'École du Sommet.

Photo : Radio-Canada

Elle dit qu’il n’a jamais protesté et qu’au cours de l’été, il lui a même demandé de venir tondre le gazon chez lui. Il l’aurait invitée à l’intérieur de sa maison à au moins une occasion.

Je me tenais trop près de lui, dans ma tête je testais les eaux, mais il ne m’a jamais repoussée et je pensais qu’il aimait ça, indique Maryse Culham.

Les choses ont escaladé, selon elle, lors d’un voyage scolaire d’une douzaine de jours en Europe. Le jeune enseignant aurait alors multiplié les petites attentions à son égard, lui commandant un verre de vodka dans l’avion et lui prêtant ses lunettes fumées.

Maryse Culham dit s’être rendue à la chambre de M. Dumont un soir, alors qu’ils logeaient à l’hôtel. Elle dit que les choses sont alors allées beaucoup plus loin qu’elle ne l’avait envisagé ou voulu.

Elle admet que plusieurs détails sont flous, en partie parce qu’elle les a bloqués de sa mémoire, mais elle se souvient qu’ils se sont retrouvés entièrement nus et qu’ils ont eu du sexe oral mutuel.

Ce qui se passe en France reste en France

Selon son témoignage, Il y aurait également eu des attouchements entre elle et Marc Dumont dans l’autocar au cours des jours suivants. Elle se souvient que l’enseignant aurait mis la main sur sa poitrine sous son chandail.

Le cousin de Maryse Culham qui était en 11e année, aurait été témoin de certains gestes troublants à bord de cet autocar. Dans une déclaration écrite qui a été lue au comité d’examen, il affirme avoir vu Maryse Culham et Marc Dumont se coller et s’endormir l’un sur l’autre.

Ils agissaient comme un couple, c’était bizarre, a-t-il déclaré.

Il dit qu’il a tenté de confronter sa cousine, mais que celle-ci a nié ou évité ses questions.

Son père, l'oncle de Maryse Culham, a également déclaré avoir vu des comportements inappropriés lorsqu’il est allé chercher quelques élèves ainsi que Marc Dumont à l’aéroport d’Edmonton. Il aurait été assez inquiet pour questionner son fils à ce sujet à leur arrivée à la maison.

Ce dernier lui aurait répondu que ce qui se passe en France reste en France, selon le témoignage de l’oncle, relaté par le procureur lors de l’audience.

Maryse Culham dit qu’après leur retour au pays, son enseignant a commencé à repousser ses avances. Il lui aurait signifié qu’il pourrait perdre son emploi si ce qui s’était passé en France était révélé au grand jour.

La mère de la plaignante a déclaré à un enquêteur du ministère de l’Éducation que Marc Dumont lui a admis, six ans plus tard, avoir franchi les limites avec Maryse au cours de ce voyage. Il n’aurait pas donné de détails, mais il lui aurait demandé pardon.

Tous ces témoignages ont été rendus publics lors de l'audience.

Pas d’accusations criminelles

Maryse Culham affirme qu’elle avait l’intention de ne jamais parler de ce qui s’était passé avec son enseignant.

Elle a changé d’idée en 2018, dans la foulée de la controverse entourant la création d’alliances gai-hétéro à l’École du Sommet, dit-elle.

Après le départ du directeur de l'école, Yvan Beaudoin, elle souligne qu'elle a été choquée de constater que Marc Dumont, alors directeur du CSCE, était en contact direct avec les élèves.

Elle a porté plainte à la GRC, qui a questionné plusieurs témoins. Toutefois, aucune accusation criminelle n’a été déposée.

Ni Marc Dumont, ni son avocate, Me Christine Mainville, n’ont voulu commenter directement les allégations de Maryse Culham.

Me Mainville a expliqué qu’à son avis cette plainte était directement liée à l’implication de Marc Dumont dans l’affaire des alliances gai-hétéro.

Ce conflit avait créé de vives tensions dans la communauté francophone de Saint-Paul, des tensions qui avaient opposé des parents, dont Maryse Culham, et Marc Dumont qui était alors directeur du conseil scolaire.

Dans sa lettre du 9 avril, Marc Dumont écrit :

Il m’est maintenant évident que les efforts persistants d’un certain segment de la communauté de Saint-Paul pour me détruire, sans égard aux faits, ne cessera pas.

Il ajoute qu’il souhaite tourner la page.

Selon Me Mainville, M. Dumont sera témoin dans des procédures judiciaires qui sont encore en cours à ce sujet. Elle mentionne qu’il songe à poursuivre le ministère de l’Éducation pour sa gestion du dossier. Donc nous préférons ne pas commenter à l’heure actuelle, insiste-t-elle.

Me Barber a expliqué que même si Marc Dumont avait accepté de rendre son certificat d’enseignement, il croyait important que l’audience suive son cours.

C’est dans l’intérêt de la profession et dans l’intérêt public de procéder et de faire connaître les faits liés à cette plainte, a-t-il déclaré au comité.

Les membres du comité auront 45 jours pour faire une recommandation à la ministre de l’Éducation. Celle-ci décidera si le permis de Marc Dumont sera révoqué.

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