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L’industrie québécoise du vêtement fragilisée, mais résiliente

David Abissidan dans son entrepôt avec ses commandes de jeans.

Installé dans le quartier Chabanel à Montréal, David Abissidan fabrique les jeans Lola depuis 15 ans. Ses produits sont vendus au Canada et aux États-Unis, notamment chez La Baie et Macy's.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Avant la pandémie, l'industrie du vêtement et de la mode employait plus de 80 000 personnes au Québec, majoritairement à Montréal. L'absence de sorties et le télétravail ont bien entendu fragilisé ce secteur dans la métropole, troisième pôle en Amérique du Nord après Los Angeles et New York. Nous avons fait le point avec quelques-uns de ses acteurs.


Lolë : toujours vivante

Nicolas Beetz en entrevue dans une boutique.

Le chef des opérations de Lolë, Nicolas Beetz, a fait le point sur l'avenir de l'entreprise après une année de pandémie.

Photo : Radio-Canada

Il y a un an, le fabricant et détaillant de vêtements de sport se plaçait à l’abri de ses créanciers. Avec le confinement, les difficultés financières déjà présentes étaient devenues trop lourdes à porter. Grâce à sa restructuration, les affaires vont mieux. On a beaucoup moins de dépenses, explique le chef des opérations, Nicolas Beetz. Le service de ventes en ligne a explosé, car les produits pour faire du yoga à la maison et des activités extérieures sont très en demande. Sur 30 boutiques, il n’en reste aujourd’hui que quatre en Amérique du Nord.


Lola Jeans se réinvente

Le propriétaire de Lola Jeans, qui vend ses pantalons pour femmes au Canada et aux États-Unis, a radicalement changé son modèle d’affaires dans la dernière année. David Abissidan a déménagé sa production de l’Asie au Mexique, pour se différencier en offrant un denim plus écoresponsable. On a dû se réinventer rapidement, dit-il. Une chose qu'on a faite, c'est de renforcer notre présence en ligne qui représentait une très petite portion de nos ventes avant la COVID-19. Avec la reprise des activités du côté américain, la marchandise diminue de plus en plus dans son entrepôt du secteur Chabanel, dans la métropole.


Seulement la moitié des 1000 employés de retour au travail

Usine de Peerless à Montréal.

Vêtements Peerless emploie en temps normal 1000 travailleurs à Montréal pour fabriquer des costumes de marques comme Calvin Klein et Tommy Hilfiger.

Photo : Radio-Canada

Au pire de la crise, l'entreprise Vêtements Peerless a fabriqué des équipements de protection pour les travailleurs de la santé afin de poursuivre ses opérations, bien loin des costumes Calvin Klein et Tommy Hilfiger qu'elle confectionne normalement. Graduellement, les ventes d'habits ont repris par la suite, mais à un très faible niveau, indique son directeur des ressources humaines, Louis Arsenault. On est rendu à 50 % de la production qu'on avait initialement. Craint-il que le télétravail ait influencé la mode chez les hommes? On a quand même adapté notre produit à la nouvelle réalité du marché, répond-il. On a de plus en plus des vêtements souples, un peu plus déconstruits et avec un look plus sport.


Vendre des masques, plutôt que de beaux habits

C'était une année vraiment difficile, admet d’emblée le président de Jerando Fashion. Il n’y a pas seulement le télétravail. Il n’y a plus de mariages, plus de restaurants et plus de partys. En cinq ans, Hicham Jerando avait réussi à ouvrir cinq magasins de complets pour hommes dans le Grand Montréal. Trois ont dû être fermés. Heureusement, on a fait un virage vers les masques qui a sauvé un petit peu la business, parce qu'on a été capable de payer les loyers. Tu engages un effort immense dans ton entreprise. Tu ne peux la laisser partir facilement.


Les intermédiaires pris en étau

Stéphanie Gauthier et Marie-Pier Racine devant des étalages de vêtements.

Stéphanie Gauthier et Marie-Pier Racine sont copropriétaires de l'Agence JLG (Jodable & Les Griffés), qui agit à titre d'intermédiaire dans l'industrie de la mode québécoise.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Dion

Stéphanie Gauthier, de l'Agence JLG (Jodable & Les Griffés), agit comme intermédiaire entre des manufacturiers et des boutiques indépendantes du Québec. Son chiffre d'affaires a chuté de 30 %. Certaines marques étrangères ont cessé de distribuer au Canada. C'est vraiment ça qui nous fait mal, déplore-t-elle, parce que c'était des marques qu'on construisait depuis plusieurs années. Certains commerces clients, dont les propriétaires étaient à l'aube de la retraite, ont aussi préféré mettre la clé sous la porte. L'industrie est plus fragile et elle va le rester encore pour la prochaine année. C'est pour ça qu'il faut encourager les petites boutiques locales.


De la vente en direct avec Facebook Live

À Saint-Georges, en Beauce, la clientèle de la boutique Vickie – âgée principalement de 35 à 65 ans – avait moins l’habitude d’acheter ses vêtements en ligne. La propriétaire de l'entreprise s’est investie dans la promotion de ses produits en faisant des démonstrations par Facebook Live. Je me suis mise à être vraiment active, nous révèle Mélanie Roy, et j’ai doublé mon chiffre d’affaires. C’est vraiment quelque chose! La boutique livre maintenant partout au Québec et manque de main-d'œuvre pour répondre à la demande.


Une industrie résiliente

Les grandes enseignes avec leurs nombreux magasins et leurs coûts fixes sortent péniblement de la pandémie. Parmi les fermetures : l'enseigne Le Château avec ses 123 succursales et 1400 travailleurs. Debbie Zakaib, directrice générale de la Grappe métropolitaine de la mode, croit malgré tout que les entreprises sont devenues plus résilientes : La diversification de l'approvisionnement et l'accélération de la performance numérique nous ont permis de devenir plus compétitifs. Ça a propulsé certaines entreprises.

Le président de la Fédération canadienne du vêtement, Elliot Lifson, en a vu d’autres. Ceux et celles qui étaient fragiles ne sont plus en affaires, affirme-t-il. Ceux et celles qui ont été résilients vont être plus forts. M. Lifson espère un retour à la normale dans l'industrie d’ici deux à trois mois.

Industrie du vêtement : des transformations pour traverser la pandémie

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