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Analyse

La républicaine Liz Cheney, paria au sein de son propre parti

La numéro 3 des républicains à la Chambre des représentants pourrait perdre sa place dans les hautes sphères du parti. La raison? Contrairement à Donald Trump, Liz Cheney refuse de dire que les élections présidentielles ont été volées.

La représentante républicaine Liz Cheney au Congrès, en attendant un discours du président Biden.

La représentante républicaine Liz Cheney est de plus en plus critiquée au sein de son parti.

Photo : Reuters / JONATHAN ERNST

La petite ville de Ripon, dans le Wisconsin, se targue d’être le lieu de naissance du Parti républicain. En 1854, c’est dans une petite école de ce village que se sont rencontrés des militants antiesclavagistes afin de fonder une organisation qui allait devenir le parti d’Abraham Lincoln.

Comme toutes les formations politiques, le parti a changé avec les années, façonné par différentes présidences. Son centre de gravité s’est aussi déplacé.

Fini la petite école de bois du Wisconsin. Aujourd’hui, le lieu de prédilection des membres républicains influents semble être à plus de 2300 kilomètres au sud, dans un édifice beaucoup plus luxueux: Mar-a-Lago, la résidence floridienne de l’ancien président Donald Trump.

Cette semaine, le sénateur Ted Cruz, ancien adversaire aux primaires malmené par M. Trump, s’y est présenté. Au cours des derniers mois, de nombreux élus s’y sont succédé. 

Parmi eux, Kevin McCarthy, le chef de la minorité républicaine à la Chambre des représentants.

S’il avait initialement critiqué Donald Trump pour le discours qui a précédé l’assaut contre le Capitole le 6 janvier, le représentant de Californie ne semble plus lui en tenir rigueur. 

Les élus, qui, contrairement à Kevin McCarthy, critiquent toujours le 45e président, que ce soit pour les événements du 6 janvier ou en raison de ses nombreuses allégations de fraude électorale rejetées par les tribunaux, se font rares et doivent s’attendre à rencontrer beaucoup d’hostilité. 

Liz Cheney dans la mire de Trump et de ses alliés

Ce week-end, le sénateur Mitt Romney, seul élu républicain à avoir voté à deux reprises en faveur de la destitution de Donald Trump, l'a appris à ses dépens. L’ancien candidat aux élections présidentielles a été hué par des partisans en prenant la parole au congrès républicain de l’Utah. Il a survécu de justesse à une motion de censure.

Mais ces jours-ci, l’élue qui semble la plus visée par les critiques et les attaques venant de son propre camp est la numéro 3 du parti à la Chambre, Liz Cheney.

Fervente conservatrice, Liz Cheney a voté à près de 93 % en faveur des positions prises par Donald Trump pendant son mandat, selon un recensement mené par le site FiveThirtyEight. Un score plus élevé que celui de Jim Jordan, un des plus farouches défenseurs de l’ex-président au Congrès. 

Mais la fille de l’ancien vice-président Dick Cheney a fermement refusé d’endosser l’ancien président sur un sujet : les résultats de l’élection de novembre 2020. 

Cela empoisonne notre système démocratique, a-t-elle écrit sur Twitter en réplique à une déclaration de Donald Trump qui qualifiait le scrutin présidentiel de grand mensonge

Il n’en a pas fallu plus pour que Liz Cheney, déjà critiquée par les plus fervents défenseurs de Donald Trump pour avoir voté en janvier en faveur de sa mise en accusation dans le cadre du procès en destitution, soit visée par une nouvelle salve d'attaques.

Liz Cheney en compagnie de Kevin McCarthy, le leader de la minorité républicaine à la Chambre des représentants.

Liz Cheney en compagnie de Kevin McCarthy, le leader de la minorité républicaine à la Chambre des représentants.

Photo : Getty Images / Samuel Corum

La représentante du Wyoming a de réels problèmes, a ainsi déclaré le leader républicain Kevin McCarthy en marge d’une intervention sur Fox News, selon le média Axios, qui ajoute que le dirigeant républicain aurait déclaré avoir perdu confiance en Liz Cheney.

En février, l’élue a survécu à un premier vote de confiance secret avec une marge importante. Mais cette fois, le scénario pourrait être différent. 

Au sein du caucus, des efforts s’organisent pour qu’Elise Stefanik, une représentante du nord de l’État de New York qui a fermement défendu Donald Trump pendant les procédures de destitution, prenne la place de Mme Cheney. 

Cette campagne a même obtenu l’appui de M. Trump lui-même ainsi que de Steve Scalise, le numéro 2 du parti à la Chambre, qui a justifié sa décision par le besoin pour le parti de se consacrer aux prochaines élections.

Liz Cheney, qui n’a véritablement pas l’intention de rentrer dans les rangs, a écrit dans une lettre ouverte au Washington Post que les républicains doivent décider s’ils choisiront la vérité et la fidélité à la Constitution

La numéro 3 du Parti républicain sera-t-elle détrônée? Le suspense sera de courte durée, puisque les membres du caucus pourraient se prononcer sur son sort dès la semaine prochaine.

Mais la page ne sera pas tournée immédiatement. 

Quel message pour 2022 ?

Même si elle perd son poste dans les hautes sphères républicaines, Liz Cheney sera toujours représentante du Wyoming dans l’Ouest américain, un poste qui pourrait aussi lui échapper lors des élections de mi-mandat de novembre 2022.

Dans cet État des Grandes Plaines, remporter l’élection en tant que républicain ne représente pas un défi. Mais il faut d’abord obtenir l’investiture. Certains candidats favorables à Donald Trump ont déjà fait savoir qu’ils s’opposeraient à Liz Cheney. Des proches de l’ex-président, dont son fils, se sont aussi déjà rendus dans la capitale de l’État, Cheyenne, pour critiquer l’élue. 

Ce scénario pourrait se répéter dans différentes régions du pays, notamment dans des États et des comtés représentés par des élus qui ont voté en faveur de la destitution d’un président qui demeure très populaire auprès de la base républicaine.

Ces conflits internes nuisent-ils au travail d’opposition du parti au Congrès? C’est ce que semble penser le leader de la minorité au Sénat, Mitch McConnell.

Mon attention est consacrée à 100 % à arrêter l’administration [Biden], a-t-il dit en réponse à une question sur l’avenir politique de Liz Cheney.

Mitch McConnell, qui a connu des succès électoraux sous la présidence de Barack Obama, sait que les élections de mi-mandat sont généralement favorables au parti d’opposition. Face à une administration qui propose un gouvernement interventionniste comme les États-Unis n’en ont pas vu en plusieurs décennies, les républicains pourraient rallier leur base autour d’enjeux liés à l’économie, au déficit et à la taille de l’État. 

Mais à l’approche du scrutin, les élus pourront-ils se concentrer sur ce message, tout en composant avec des débats sur la loyauté à l’égard d’un ancien président qui, dans ses communiqués, semble surtout s’intéresser aux résultats d’une élection passée?

Il faudra patienter jusqu’en 2022 pour juger des répercussions pour le Parti républicain des décisions prises entre Washington et Mar-a-Lago, car la formation souhaitera alors faire des gains, mais aussi défendre ses acquis dans plusieurs États, y compris son Wisconsin natal.

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