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COVID-19, santé mentale et jeunes familles : comment diminuer la détresse?

Rejoindre les femmes enceintes ou les adolescents isolés pourrait limiter certaines séquelles de la pandémie.

Une femme enceinte se nettoie les mains pour se protéger de la COVID-19.

Dans le contexte de la pandémie de COVID-19, le risque qu’une femme enceinte vive des épisodes de stress, d’anxiété et de dépression est accru.

Photo : iStock

Il y a maintenant trois fois plus d’adolescents aux prises avec un problème d’anxiété ou de dépression que ce qui était observé avant le début de la pandémie. Les mêmes symptômes sont aussi présents chez deux fois plus de femmes enceintes qu'avant l’arrivée de la COVID-19.

Les données collectées sur la santé mentale des Québécois au cours de la dernière année montrent que la cellule familiale a été durement touchée par la crise actuelle. Mais outre une meilleure vue d’ensemble, ces mêmes observations offrent des pistes sur la manière d'améliorer les choses.

C’est ce qui ressort d’un colloque sur les effets de la COVID-19 sur les familles québécoises, qui a eu lieu jeudi au 88e congrès de l’Acfas.

Nos données montrent qu’on a un réel problème, mais offrent aussi un message rassurant, celui qu’il est possible d’intervenir rapidement pour éviter les séquelles, explique Nicolas Berthelot, professeur en psychologie à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), qui suit depuis plus d’un an l’évolution de la santé mentale chez les femmes enceintes.

Avant même le début de la pandémie, le chercheur menait une étude à laquelle participaient environ 500 femmes enceintes. Au printemps 2020, ses travaux ont pris un nouvel angle, alors qu’il a vu l’occasion de comparer les niveaux d’anxiété rapportés par ses participantes avant et après l’arrivée de la COVID-19.

On sait que le stress durant la grossesse augmente non seulement le risque d’en vivre après la naissance, comme lors de dépressions post-partum, mais peut aussi avoir des répercussions sur le développement de l’enfant.

Une citation de :Nicolas Berthelot, professeur en psychologie à l'UQTR

Plus les femmes vivent de l’anxiété-dépression durant la grossesse, plus l’enfant risque d’avoir des retards dans son développement social et émotionnel, ajoute le professeur Berthelot. La façon dont le bébé communique, le temps nécessaire pour lui donner du réconfort, son engagement lors d’interactions sociales, tout peut être retardé.

Les données collectées confirment que la pandémie a exacerbé l’anxiété et les symptômes dépressifs : 10,9 % des femmes enceintes semblaient en être atteintes en période pandémique, comparativement à 6 % en temps normal. Parmi les variables les plus importantes pour déterminer quelles femmes enceintes seraient plus affectées par la crise actuelle, on retrouve de mauvais traitements subis durant l’enfance, un historique de dépression ou d’anxiété ainsi qu’une consommation importante de nouvelles en lien avec la COVID-19.

Or, les observations du professeur Berthelot montrent que c’est surtout les femmes qui ont vécu un sentiment de détresse tout au long de leur grossesse qui en vivront aussi après la naissance. Une détresse transitoire avait très peu de répercussions comparativement à une qui perdure.

Il en était de même pour les enfants nés durant la pandémie.

Si les femmes enceintes retrouvent un certain équilibre et un bien-être, l’enfant ne vivra pas de séquelles. Nos données suggèrent qu’on doit surtout voir les premiers signes de stress comme un signal d’alarme pour aller chercher de l’aide soit dans son réseau familial, soit d’un professionnel de la santé.

Une citation de :Nicolas Berthelot, professeur en psychologie à l'UQTR

Offrir cette aide est d’ailleurs un des prochains projets de l’équipe du professeur Berthelot, qui se prépare à lancer un programme d’intervention en ligne nommé STEP. Dès le début mai, nous allons débuter un programme de groupe en ligne, où des femmes pourront participer à plusieurs rencontres dont l’objectif est de briser leur isolement, de se réapproprier l’expérience de la grossesse et d’échanger sur les attentes, les bouleversements et les stratégies pour composer avec le stress. On espère l’offrir au plus de femmes possible et ainsi intercepter ces développements à risque.

Donner la parole aux adolescents

Bien que la pandémie ait influé sur la santé mentale de toutes les tranches d’âge de la société, ce sont les jeunes de 12 à 25 ans qui ont le plus retenu l’attention.

Nos travaux suggèrent que les jeunes sont plus nombreux à vivre des symptômes d’anxiété et de dépression, explique la Dre Mélissa Généreux, professeure au Département des sciences de la santé communautaire de l’Université de Sherbrooke. On a donc décidé d’aller voir plus en détail ce qui se passait.

Portrait de Mélissa Généreux.

Mélissa Généreux, professeure agrégée à la Faculté de médecine et des sciences de la santé communautaire de l’Université Sherbrooke.

Photo : Radio-Canada

En décembre 2020, la médecin chercheuse et son équipe ont entrepris une étude à laquelle ont participé des jeunes d’écoles secondaires, de cégeps et d’universités situés en Estrie, en Mauricie et au Centre-du-Québec. En tout 16 500 jeunes de 12 à 25 ans ont répondu à des questionnaires concernant leurs habitudes et réactions face à la pandémie et aux mesures sanitaires.

À la fin janvier 2021, la moitié de nos répondants montraient des signes de troubles anxieux ou de dépression. C’est trois fois plus que ce qu’on avait observé durant une enquête similaire faite en janvier 2020.

Une citation de :Dre Mélissa Généreux

Parmi les éléments expliquant cette détérioration, la médecin a remarqué que plusieurs facteurs de protection, tels que la vie familiale heureuse, les relations sociales positives ou la facilité de parler de ses problèmes, s’étaient effrités avec la pandémie. Les jeunes peuvent moins parler de leurs problèmes avec leurs parents même s’ils ont passé plus de temps avec eux, ajoute la Dre Généreux. Et on ne peut pas compter sur les relations à distance pour combler les vides. Tout ce qui est en ligne ne semblait plus marcher pour nos répondants et les écrans ne comblaient pas leur solitude.

Un sentiment qui a été remarqué par d’autres chercheurs lors du congrès de l’Acfas. Même dans leur façon de s’exprimer, on perçoit ce sentiment d’isolement et de solitude-tristesse, explique Catherine Laurier, chercheuse au Département de psychoéducation de l’Université de Sherbrooke, qui a comparé les effets de la pandémie chez des adolescents entre l’été 2020 et l’hiver 2021. Ils ont vraiment l’impression de passer à côté de leur jeunesse.

Pour les chercheuses, il est crucial de donner rapidement aux jeunes un certain pouvoir décisionnel sur ce qui leur arrive. On s’est retrouvé dans un monde en mode passif, ou on attendait des consignes venant de haut niveau, mais on doit renverser la vapeur, donner aux jeunes la parole pour savoir ce qui pourrait répondre à leurs besoins, ajoute Mélissa Généreux. Ils doivent s’impliquer dans les solutions, comme des initiatives d’entraide de soutien par les pairs, ou identifier les activités qui les aideraient.

Selon Catherine Laurier, il est certain que les jeunes qui ont vécu la pandémie peuvent prendre une place importante dans la discussion. On a vu une très grande conscience sociale chez les jeunes. Ils portent des masques, ne voient pas leurs amis et respectent les règles. Ils disent qu’ils le font pour la société et pour on s’en sorte collectivement. On a rarement vu une aussi grande conscience sociale chez des jeunes. Mais on doit les soutenir; on est résilient seulement si on peut s’appuyer sur quelque chose.

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