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Le chef du SPVM se dit « préoccupé » par le désengagement policier

Portrait de Sylvain Caron qui donne un point de presse à l'extérieur.

Le directeur du Service de police de la Ville de Montréal, Sylvain Caron

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Radio-Canada

Au lendemain de la diffusion d’un reportage faisant état de la réticence de certains policiers à intervenir dans des situations potentiellement criminelles par crainte d’être filmés puis jugés sur les réseaux sociaux, le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a reconnu l’existence de ce phénomène et l'a jugé préoccupant.

On est très au courant de cet enjeu […]. Par contre, on n’est pas en mesure d’en connaître l’ampleur, a indiqué Sylvain Caron en entrevue jeudi à l’émission d’Isabelle Richer.

Ça me préoccupe évidemment comme responsable du service de police, mais en même temps, on a des policiers qui sont très engagés, a-t-il assuré.

C’est un enjeu qui est réel. […] Mais ce n’est pas nouveau, a estimé le directeur de police.

Dans un long reportage diffusé mercredi, quatre policiers se sont confiés au journaliste Pascal Robidas. En somme, ils y affirment préférer détourner le regard plutôt que d’intervenir dans certaines situations pour éviter de subir le tribunal populaire des réseaux sociaux ou des médias et d’être taxés de profilage racial.

Il s’agit qu’une ou deux caméras filment, qu’une séquence seulement soit montrée et ce n’est plus du tout la même intervention. Ton nom se retrouve dans les médias. Tout le monde parle de toi, résumait notamment l’un d’entre eux, lui-même issu d'une minorité visible.

« Ça devient des pressions indues »

Le directeur du service de police reconnaît que les policiers travaillent dans un contexte de plus en plus difficile. Nos policiers ont beaucoup, beaucoup de pression sur le terrain, a affirmé Sylvain Caron, avant d’énumérer la pandémie et les réseaux sociaux parmi les éléments qui contribuent actuellement à complexifier le travail des agents.

C’est difficile de travailler dans un contexte où ils sont constamment filmés, constamment observés, où ils se font constamment dire des choses sur le terrain, ça devient une pression indue. Et certains policiers ont plus de difficulté que d’autres à subir ça.

Une citation de :Sylvain Caron, directeur du SPVM

Nos policiers travaillent de façon très professionnelle. Est-ce que c’est parfait? Non, ce n’est pas parfait. Mais on travaille à améliorer, on est en changement, a-t-il soutenu. Il a aussi indiqué avoir mis une politique d’interpellation en place et fourni des coaches en interpellation pour appuyer les agents.

Yves Francoeur, président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, a également confirmé qu’un certain essoufflement se fait sentir au sein des troupes.

Les témoignages énoncés dans le reportage à propos du désengagement correspondent à un état d’esprit que l’on constate se répandre parmi nos membres, a expliqué le sergent-détective, qui est policier depuis 1986.

Même son de cloche du côté de la Rive-Sud, où le directeur du Service de police de l’agglomération de Longueuil, Fady Dagher, estime qu'il ne faut pas se mettre la tête dans le sable.

Il faut reconnaître que nos policiers vivent d’énormes tensions présentement. En tout cas, moi, à Longueuil, j’en parle avec mes confrères, et ça peut devenir préoccupant. C’est émergent, […] mais il faut dès maintenant l’adresser, a-t-il dit en entrevue mercredi à 24•60.

Ouvrir le dialogue avec les agents

S’il reconnaît l’existence d’un phénomène de désengagement, le directeur du SPVM aimerait toutefois voir ses agents en faire mention à leurs supérieurs. Hier, ce qu’on a vu, c’est un surplus. Nos policiers se sont exprimés, a-t-il dit, pour expliquer les témoignages d’agents anonymes présentés dans le reportage.

Ce que je souhaite, c’est que nos policiers s’expriment à leurs officiers, leurs collègues. On souhaite que nos policiers nous le disent.

Une citation de :Sylvain Caron, directeur du SPVM

Le directeur du SPVM a d’ailleurs envoyé une note interne à ses cadres jeudi matin. Il leur demande d’aller au-devant du personnel dès aujourd’hui et d’écouter leurs préoccupations. Il précise que les informations recueillies pourront ensuite être transmises aux inspecteurs-chefs.

M. Caron rappelle également qu’une étude de l’École nationale de police au sujet du désengagement est en cours et que la participation des agents du SPVM avait été favorisée. Les résultats, qui doivent être connus cet été, permettront de mesurer l’ampleur de la situation, espère-t-il.

Pas question de désarmer les policiers, dit Plante

En entrevue au Téléjournal avec Patrice Roy, la mairesse de Montréal s'est quant à elle dite touchée par la situation, dévoilant au passage que des policiers lui ont déjà confié vivre ce genre de détresse.

Il faut que les policiers puissent faire leur travail. Non seulement je reconnais le dévouement qu’ils y mettent, mais je suis entièrement derrière eux.

Il faut donner les bons outils aux policiers. Alors, vous comprendrez qu’ici, il n’est pas question de désarmer la police, a cependant précisé Valérie Plante, en réponse à la sortie de son adversaire Denis Coderre.

Plus tôt dans la journée, le chef du parti Ensemble Montréal et candidat à la mairie avait lui aussi assuré les policiers de son appui, tout en dénonçant la proposition adoptée par Projet Montréal de revoir la nécessité que tous les agents du corps policier portent une arme à feu, à l'occasion de son congrès annuel, au début d'avril.

Les policiers sont le bras armé de la démocratie, leur rôle est de s'assurer que l'on puisse avoir aussi un outil de prévention pour ne pas qu'il y ait des abus. [...] Je le répète, il n'est pas question de jouer avec ce concept de désarmer les policiers et de les définancer, a indiqué M. Coderre.

C’est une résolution, ce n’est pas une promesse électorale, on ne va pas du tout dans cette direction-là, a ainsi répondu Valérie Plante. Ce n’est pas une priorité de notre administration depuis le départ. Ceci étant dit, il faut quand même avoir une réflexion. Je veux accompagner les services de police. Pour moi, c’est vraiment important.

Cette détresse qui est manifestée, il faut l’entendre. Si ce n’est pas désarmer, alors on ne va pas là, il faut trouver autre chose. Et c’est là où moi je m’engage.

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