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Levée de boucliers régionale contre l'Association de l'aluminium du Canada

Des lingots d'aluminium.

Des lingots d'aluminium.

Photo : Radio-Canada

La demande au gouvernement du Québec de l'Association de l'aluminium du Canada (AAC), de ne plus lier la création d'emplois à la création de richesse, ne passe tout simplement pas au Saguenay-Lac-Saint-Jean auprès des travailleurs et de plusieurs élus.

Cette position se trouve dans une lettre envoyée en février au ministre des Finances du Québec, Éric Girard, dans le cadre des consultations prébudgétaires. Le passage à l’industrie 4.0 signifie également que les politiques de soutien financier ne peuvent plus être ancrées sur une base d’emploi par dollar et doivent plutôt être fondées sur la création de richesse. Elles doivent comprendre la richesse générée en amont de l’automatisation, des robots et de l’IA : c’est le nouveau paradigme, a écrit le président de l'AAC, Jean Simard.

L’association qu'il représente regroupe les trois producteurs canadiens d’aluminium de première fusion, soit Alcoa, Aluminerie Alouette et Rio Tinto.

Cette position suscite une levée de boucliers des syndicats et des élus de la région. Le représentant syndical des Métallos à Alma, Alexandre Fréchette, s'indigne que le lobby de l'aluminium veuille le beurre et l'argent du beurre. On comprend que c'est des lobbys et qu'ils veulent obtenir des avantages, mais ce qui est particulier de cette information-là qui est sortie, c'est que là, ils le font de façon complètement décomplexée. Pour nous autres, c'est surprenant. On le savait que ça se faisait derrière des portes closes avec les gouvernements, mais là c'est au grand jour. Tout simplement ce qu'ils veulent, c'est que l'ensemble des contribuables porte le poids du développement des technologies qui va servir à quoi? À les rendre plus riches, a déploré Alexandre Fréchette au micro de Catherine Doucet dans le cadre de l'émission Place publique.

Le président syndical dénonce la tangente qui est prise et qui se dirige vers une baisse constante des emplois dans les usines, à mesure que la technologie évolue. L'avenir d'une industrie avec des bâtisses vides, sans aucune retombée autre que la construction de ces bâtisses là, c'est complètement inacceptable. Pour nous les travailleurs, pour nous les citoyens et aucun gouvernement ne peut cautionner ce genre de choses-là. On peut se gargariser du 4.0, puis de l'automation et de l'intelligence artificielle, des beaux mots qui étourdissent. On allègue ces beaux mots-là pour justifier l'inacceptable qui est de dire qu'on leur donne tout et on n'obtient plus rien en échange. À qui elle profite cette richesse-là? Aux actionnaires qui sont à Londres, à Brisbane en Australie et à Pittsburgh dans le cas d'Alcoa, avait-il lancé plus tôt en journée.

De son côté, Donat Pearson, le président du Syndicat national des employés de l'aluminium d'Arvida (SNEAA), aimerait que Québec continue à demander des emplois en échange de ses investissements. Moi comme payeur de taxes je m'attend à ce que le gouvernement, s'il appuie les grandes compagnies, on n'est pas contre, mais est-ce qu'on peut relier avec de l'emploi?, a-t-il demandé.

Pour ce qui est des élus, le son de cloche était assez semblable. Le rôle du gouvernement c'est de prendre à bras le corps cette transition juste et dire à la compagnie : "Wo, minute! Vous allez utiliser des ressources naturelles comme nulle part ailleurs dans le monde. Bien wo minute! Il va avoir des emplois qui vont aller avec ça, a plaidé le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault.

Rappelons que la multinationale bénéficie des ressources hydrauliques du bassin du lac Saint-Jean pour produire de l'électricité utilisée pour la fabrication d'aluminium. Il s'agit de la raison principale historique de l'implantation de cette industrie dans la région. C'est en échange de cette capacité hydroélectrique que des retombées sont attendues.

Il n'y a pas d'investissement public qui doit se faire sans garantie d'emplois et tous les rapports qu'on a déposé au gouvernement vont en ce sens,, a abondé dans le même sens, Josée Néron, mairesse de Saguenay.

Jean Simard persiste et signe

En entrevue lui aussi à Place publique, Jean Simard a répété la position de son association, qu'il a d'abord recadrée en disant qu'elle s'inscrivait dans la relance économique mondiale où plusieurs pays n'hésiteront pas à fournir des avantages financiers importants à des industries. Ce qu'on propose au gouvernement c'est justement de revoir l'équation création d'emplois, création de richesse parce que ce qui nous a amenés où on est rendu aujourd'hui ne nous amènera pas nulle part dans l'avenir. Le monde a changé. C'est à nous de s'inscrire dans le changement, a-t-il débuté.

Il a également répliqué à Alexandre Fréchette en assurant qu'il était illusoire de croire qu'un jour il n'y aurait plus d'humains dans les usines de production d'aluminium. C'est de se projeter dans l'avenir et d'être encore là dans 25 ans. C'est sûr que les emplois ne seront pas les mêmes, c'est sûr que ça va être différent. C'est sûr qu'il va y avoir des emplois à l'extérieur des usines reliés à ce qui se passe à l'intérieur des usines, a-t-il poursuivi.

Par la suite, il a mentionné que les demandes financières faites à Québec provenaient de programmes établis. Ce qu'on propose c'est un partenariat au gouvernement pour s'assurer premièrement d'utiliser des technologies développées au Québec et en grande partie au Saguenay et de pouvoir diminuer le risque financier qui vient du risque technologique. On ne l'a pas inventée, c'est une recette qui est utilisée partout à travers le monde et on ne demande pas, on n'a jamais demandé aux contribuables québécois de payer pour ça, a-t-il assuré.

140 M$

En mai 2018, lors du lancement de la première phase d'Elysis, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, avait annoncé une contribution remboursable de 60 M$ sur le projet évalué à 188 M$. Québec avait investi également 60 millions de dollars, dont 40 millions devaient être remboursés. Les Québécois détiennent depuis une part de 3,5 % d’Elysis. Le 21 avril dernier, Québec a rajouté 20 millions de dollars. C'est donc dire que jusqu'à maintenant, les gouvernements ont mis sur la table 140 millions de dollars. Alcoa, par son centre de développement à Pittsburgh, et Apple sont aussi partenaires dans cette coentreprise.

L'économiste Gilles Bergeron plaide pour un nouveau pacte social entre Québec et la multinationale, mais cette fois en consultant la région. Les investissements sont destructeurs d'emplois directs, mais on peut au moins exiger qu'il y ait des efforts pour faire en sorte que l'entreprise favorise la création d'emplois dans d'autres secteurs de la région. On ne peut pas faire en sorte que l'entreprise puisse avoir des fonds publics sans avoir aucun compte à rendre à la population, a-t-il exigé.

D'autant que la dernière entente conclue en 2016 par le gouvernement Couillard avec Rio Tinto n'aurait toujours pas donné les résultats escomptés, toujours selon Alexandre Fréchette. On sait qu'il y avait des emplois garantis. AP60 c'est un scandale... c'est encore un laboratoire, phase 2 et phase 3 on n'a pas ça. Alma 2, même chose. Le centre de billettes qui a été relâché, a-t-il énuméré.

Appelée à réagir, Rio Tinto a préféré laisser le terrain médiatique à Jean Simard. Par courriel, l'entreprise a communiqué qu'elle employait 4375 personnes au Québec dans sa division aluminium, ce qui serait une augmentation constante entre 2016 et 2019. La multinationale a aussi rappelé qu'elle a investi 500 millions de dollars dans ses installations au Saguenay-Lac-Saint-Jean en 2020.

Chronologie

12 janvier :  Rio Tinto ajoute un nouveau mandat à son inscription au Registre des lobbyistes du Québec dans le but de demander une subvention pour la poursuite d'Elysis au Saguenay.

12 février : L'Association de l'aluminium adresse une lettre au ministre des Finances. On y lit que le soutien financier d’Investissement Québec dans le projet Elysis est fondamental et permet d’ancrer au Québec le développement et la commercialisation future d’une technologie de rupture.

22 mars : François Legault discute avec le nouveau chef de la direction de Rio Tinto, Jakob Stausholm. Le PM écrit sur Twitter qu'il a eu une bonne rencontre et met l'accent sur le nombre d'emplois de la multinationale dans l'ensemble du Québec (6750).

21 avril : Québec annonce une aide de 20 millions de dollars pour que l’unité de démonstration industrielle de la technologie Elysis soit construite à l’usine d'Alma de Rio Tinto.

22 avril : Le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, questionne à l'Assemblée nationale le ministre de l'Économie, Pierre Fitzgibbon, sur l'absence de garantie d'emplois. Nous terminons la stratégie québécoise de l'aluminium [...] Il est clair qu'on aimerait avoir une garantie des entreprises pour maintenir les emplois, avait répondu le ministre de l'Économie.

28 avril : La Table de concertation régionale sur le développement de l'aluminium demande au gouvernement du Québec et à Rio Tinto de mettre en place une série de mesures pour éviter de perdre des emplois avec l'arrivée de la future technologie d'Elysis dans les alumineries québécoises.

Avec Priscilla Plamondon Lalancette et Catherine Doucet

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