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Benoit Cardinal était soupçonné d’avoir agressé sexuellement 9 adolescentes

Plan rapproché de Benoit Cardinal.

Benoit Cardinal est accusé de meurtre prémédité.

Photo : Facebook

À l’hiver 2020, la police soupçonnait Benoit Cardinal d’avoir agressé sexuellement neuf adolescentes du centre jeunesse où il travaillait. Six jours avant le meurtre de sa conjointe en 2020, il avait démissionné de son emploi en raison de « comportements inappropriés » avec des jeunes. Ces allégations explosives n’ont jamais été abordées devant le jury de son procès pour le meurtre prémédité de la mère de ses six enfants, Jaël Cantin.

La police de Laval confirme avoir soumis un dossier à ce sujet au Directeur des poursuites criminelles et pénales, mais aucune accusation n'a encore été portée.

Agressions sexuelles répétées d’une adolescente de 16 ans, attouchements sur des jeunes filles vulnérables, propos à connotation sexuelle devant des mineures dont il était responsable, messages textes inappropriés, mensonges à la police… Benoit Cardinal, 35 ans, aurait profité de sa position d’éducateur en centre jeunesse afin d’abuser de la confiance de plusieurs adolescentes dans les mois précédant le meurtre de sa conjointe.

C’est ce qu’on peut lire dans de nombreux documents judiciaires consultés par Radio-Canada, qui étaient sous ordonnance de non-publication jusqu’à ce que le jury entame ses délibérations, jeudi.

En fin de journée jeudi, le CISSS de Laval, qui se dit profondément bouleversé par les informations transmises par les médias, a annoncé avoir mandaté un auditeur externe, Alain St-Pierre, afin de procéder aux vérifications de l’efficacité des mesures en place afin de protéger les jeunes qui lui sont confiés.

Des victimes entre 13 et 17 ans

Les enquêteurs de la police de Laval enquêtent sur des allégations d’agression sexuelle sur neuf victimes d’âge mineur hébergées au Centre jeunesse de Laval [...] par Benoit Cardinal. Les victimes alléguées auraient entre 13 et 17 ans, peut-on lire dans une dénonciation rédigée par le sergent-enquêteur Jonathan St-Arnaud de la Sûreté du Québec (SQ) en vue d’obtenir un télémandat de perquisition, le 18 mars 2020.

L’une des victimes alléguées, âgée de 16 ans à l’époque, a témoigné durant le procès, où elle a affirmé avoir reçu des confidences-chocs de la part de Benoit Cardinal dans les jours précédant le meurtre. Il aurait élaboré trois plans pour tuer Jaël Cantin, dont celui de simuler une invasion de domicile, et souhaitait la faire souffrir.

Mais ce que le jury ne sait pas, c’est qu’elle avait également confié aux enquêteurs de Laval avoir eu de multiples rapports sexuels avec son éducateur de centre jeunesse. En fait, c’est dans le cadre d’une enquête pour agressions sexuelles visant Benoit Cardinal que la jeune femme avait été questionnée par la police pour la première fois le 21 février 2020.

À l’automne 2019, l’éducateur, qui comptait 12 ans d’expérience, aurait prétexté une sortie au Bulk Barn pour emmener la jeune de 16 ans dans un stationnement. Alors qu’elle pleurait en se confiant sur ses problèmes familiaux, il l’aurait entraînée vers l’arrière de sa fourgonnette pour avoir un rapport sexuel. Tout était très bien planifié. [...] Il avait déjà baissé ses bancs, il avait mis des couvertures déjà en avance, a raconté l’adolescente aux enquêteurs de la police de Laval. Je ne veux juste pas que tu en parles, je ne veux pas perdre ma job, je ne veux pas te perdre toi, lui aurait-il dit par la suite.

Dans les mois suivants, au centre jeunesse, il l’aurait réveillée le matin une cinquantaine de fois en touchant ses parties intimes. Ils auraient eu des rapports sexuels dans un bureau, dans un vestiaire et dans la chambre de l’adolescente à de nombreuses reprises. Il y a des fois où j’avais pas envie de le faire, a-t-elle expliqué aux enquêteurs. C’était pas agréable pour moi. Benoit Cardinal lui aurait fait miroiter de la prendre sous son aile lorsqu’elle aurait 18 ans. J’avais l’impression que je l’aimais, a expliqué l’adolescente, mais au fil du temps, c’était pas de l’amour.

Alors que la jeune fille était en fugue, Benoit Cardinal aurait menti à la police en affirmant ne pas savoir où elle se trouvait, alors qu’il communiquait avec elle et qu'il l’avait emmenée chez lui.

Une autre adolescente de centre jeunesse a raconté aux enquêteurs que le suspect lui touchait les seins et les fesses. Il lui aurait donné un bisou sur le front et lui aurait demandé à plusieurs reprises de lui faire un massage avec ses pieds [dans le dos] quand personne ne peut les voir. Il lui aurait donné son identifiant Facebook et son numéro de téléphone en catimini afin qu’ils puissent communiquer. Il brossait les cheveux de certaines filles qui le voulaient et leur faisait des câlins, a relaté l’adolescente.

Enquête interne du Centre jeunesse

Alerté sur ses comportements inappropriés par la mère d’une jeune fille, le Centre jeunesse de Laval a suspendu Benoit Cardinal le 26 décembre 2019 et a lancé une enquête administrative. Le 10 janvier 2020, sa chef de service Chantal Côté lui a demandé des explications.

Dans une déclaration surprenante, l’éducateur a reconnu avoir donné des conseils à une jeune sur comment ne pas s’étouffer en faisant une fellation, en donnant une explication physionomique sur la gorge des femmes comme il l’a étudié au cégep.

Il a aussi admis avoir communiqué par téléphone et sur les réseaux sociaux avec des adolescentes du centre, mais a nié leur avoir lui-même donné son numéro de téléphone. Chantal Côté a noté qu’il n’est pas mal à l’aise avec le fait d’avoir demandé à une jeune de lui faire craquer le dos à plusieurs reprises. Elle lui a montré un message texte qu’il a envoyé à une jeune Je t’aime ma ti pitoune… Benichou.

Le jour même, Chantal Côté a informé Benoit Cardinal de son congédiement, mais lui a laissé le choix de démissionner, ce qu’il a fait.

Dans un échange de messages textes avec Jaël Cantin, deux semaines plus tôt, Benoit Cardinal avait évoqué un incident survenu avec une adolescente au cours duquel il avait donné le rasoir à la jeune et pis elle s’est automutiler [sic]. Il n’a pas été questionné à ce sujet le jour de son congédiement.

Cette preuve n’a jamais été présentée au jury du procès, puisque le préjudice est grand et la valeur probante insuffisante pour militer en faveur de son admissibilité, avait conclu la juge Johanne St-Gelais dans un jugement sur une demande d’admettre une preuve de mauvaise moralité, quelques semaines avant le procès. Selon elle, certains éléments auraient pu amener le jury à conclure que l’accusé a commis des gestes graves et qu’il est une mauvaise personne.

La version de Cardinal

Benoit Cardinal n’a pas témoigné à son procès. Mais le jour du drame, il avait fait plusieurs déclarations aux enquêteurs, qui sont consignées dans des documents judiciaires. Le père de famille a raconté s’être couché avec sa conjointe vers 3 h la nuit du meurtre. Il aurait entendu la porte du garage ouvrir, puis une deuxième porte. Un homme serait entré dans leur chambre en se dirigeant vers Jaël Cantin pour la frapper à deux reprises. Benoit Cardinal aurait frappé l’assaillant, qu’il décrit comme un Arabe qui portait une tunique rouge. L’accusé aurait perdu connaissance après avoir reçu des coups. À son réveil, sa conjointe ne bougeait plus et l’intrus était parti.

Jaël Cantin.

Jaël Cantin est décédée le 16 janvier 2020 à Mascouche.

Photo :  courtoisie

Benoit Cardinal a allégué s’être fait voler une tablette électronique la nuit du drame. Il l’aurait branchée avant de se coucher et aurait constaté qu’elle avait disparu lorsqu’il a repris connaissance.

L’accusé disait conserver tous ses mots de passe sur un papier dans son portefeuille, un détail qu’il aurait mentionné à des jeunes du Centre jeunesse. Le portefeuille de l’accusé a été retrouvé dans son manteau, sous l’abri tempo de la maison, mais il n’y avait aucune trace de la feuille.

Dans une décision à une requête préalable au procès, la juge Johanne St-Gelais a rejeté la version de l’accusé concernant sa tablette. La pièce est plongée dans le noir et il fait nuit. Le requérant vient de subir une attaque violente et son attention est portée sur la disparition d’une tablette, a résumé la juge, avant de conclure que c’était invraisemblable. Elle estimait aussi peu vraisemblable qu’un tiers se soit emparé de la feuille contenant les mots de passe en laissant le portefeuille intact.

Selon la poursuite, Benoit Cardinal a tué sa conjointe pour mettre fin à leur relation et régler ses problèmes financiers, puisqu’elle avait une assurance-vie d’un million de dollars dont il était bénéficiaire.

Après avoir reçu les directives finales de la juge, le jury a entamé ses délibérations jeudi après-midi, à la 16e journée du procès. Il y a trois verdicts possibles : meurtre au premier degré, meurtre au deuxième degré ou acquittement.

Les avocats Louis-Alexandre Martin et Ghassan Toubal représentent l’accusé. Les procureures aux poursuites criminelles et pénales sont Caroline Buist, Valérie Michaud et Geneviève Aumond.

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