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L'idée de lever les brevets des vaccins fait son chemin

La proposition n'enchante guère l'industrie pharmaceutique, mais de plus en plus de pays y sont favorables, dont la France et la Russie. Le Canada est prêt à en parler.

Emmanuel Macron et Vladimir Poutine en conférence de presse.

Le président français Emmanuel Macron et son homologue russe Vladimir Poutine, vus ici lors d'un sommet à Paris en décembre 2019, se sont, chacun de son côté, montrés ouverts. (Archives)

Photo : Reuters / Ludovic Marin

Radio-Canada

La décision du président américain Joe Biden de soutenir la suspension temporaire des droits de propriété intellectuelle sur les vaccins contre la COVID-19 pourrait représenter un tournant dans la gestion mondiale de la pandémie. Certains gouvernements se sont ralliés à la proposition, qui bénéficierait aux pays les plus pauvres, et d'autres instances y réfléchissent.

Dernière en date, la position canadienne a été exprimée cet après-midi à la Chambre des communes par la ministre du Commerce international, Mary Ng, qui a indiqué qu’Ottawa allait participer activement aux négociations à cet effet au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Elle n'a pas appuyé explicitement l'idée américaine.

Les libéraux se sont d'ailleurs opposés à l’adoption d’une motion du Bloc québécois qui demandait au gouvernement canadien d'appuyer la résolution présentée à l'OMC visant à suspendre les brevets des vaccins contre la COVID-19 pour les pays en développement.

Une motion libérale s’est contentée de demander au gouvernement du Canada d'accepter de se joindre aux négociations proposées.

Rappelons qu’aucun vaccin contre la COVID-19 n’est produit en ce moment sur le sol canadien. Santé Canada a accepté la première partie de la demande d'examen continu du vaccin candidat adjuvanté produit par la biopharmaceutique québécoise Medicago.

En février dernier, Ottawa avait conclu une entente avec la pharmaceutique américaine Novavax qui prévoit que des dizaines de millions de doses de son vaccin candidat seront fabriquées à Montréal.

Des échos en Europe et en Russie

Pour sa part, le président français Emmanuel Macron s'est dit jeudi tout à fait favorable à ce que la propriété intellectuelle soit levée sur les vaccins anti-COVID, alors qu'il s’était jusqu'ici montré réticent, voire opposé, à cette idée.

Oui, nous devons évidemment faire de ce vaccin un bien public mondial.

Une citation de :Emmanuel Macron, président de la France

Le chef de l'État français a toutefois souligné que la priorité à court terme demeure le don de doses et leur production en partenariat avec les pays les plus pauvres.

M. Macron a souligné qu'il faudra faire en sorte que les pays défavorisés soient capables de produire des vaccins.

Vous pouvez transférer la propriété intellectuelle à des fabricants pharmaceutiques en Afrique, ils n'ont pas de plateforme pour produire de l'ARN messager, a-t-il averti. Transférer la technologie et le savoir-faire pour qu'il y ait des plateformes qui produisent des vaccins à ARN messager en Afrique : c'est ça, la clé.

La Russie soutiendrait une telle approche, a affirmé le président Vladimir Poutine pendant une réunion sur la pandémie retransmise à la télévision, au sujet de la levée pure et simple de la protection des brevets.

Dans les conditions actuelles, [...] il ne faut pas penser à la façon de tirer un bénéfice maximum, mais à la façon d'assurer la sécurité des gens.

Une citation de :Vladimir Poutine, président de la Russie

La Russie a mis au point quatre vaccins à ce jour.

Pour la toute première fois, l'Union européenne (UE) s'est montrée ouverte à une suspension des brevets, mais en exprimant son scepticisme quant à l'efficacité d'une telle mesure pour accélérer la vaccination mondiale.

Le projet s'invitera donc au sommet de ses 27 États membres, à Porto, vendredi et samedi.

Mme von der Leyen est placée devant un drapeau de l'Union européenne.

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne

Photo : pool/afp via getty images / Johanna Geron

Dans l'immédiat, nous appelons tous les producteurs de vaccins à autoriser l'exportation et à éviter toutes les restrictions susceptibles de perturber les chaînes d'approvisionnement.

Une citation de :Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne

Il s'agissait ici d'une pointe visant le Royaume-Uni, qui n'a exporté presque aucune dose fabriquée sur son sol, et surtout les États-Unis, où un décret présidentiel signé de la main de Donald Trump bloque l'exportation de vaccins et restreint celle des composants vaccinaux.

À l'inverse, l'UE exporte vers plus de 90 pays, ce qui en fait la seule région démocratique à exporter à large échelle, a martelé Ursula von der Leyen. Plus de 200 millions de doses produites en Europe ont été exportées, soit autant de vaccins que ce qu'a fourni l'UE à ses propres citoyens.

Tout en exprimant de fortes réserves sur la proposition appuyée par Washington, l'Allemagne s'est dite ouverte à la discussion, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Heiko Maas. C'est une question que nous devons nous poser, car il s'agit de mettre fin à cette pandémie.

La protection de la propriété intellectuelle est la source de l'innovation et doit le rester, a par contre déclaré quelques heures plus tard une porte-parole du gouvernement allemand à l'AFP.

La décision sera prise à l'OMC

La position exprimée par les États-Unis pourrait ouvrir la voie à des négociations au sein de l'OMC, chargée de la protection des brevets sur les vaccins.

Une décision de l'OMC nécessite un consensus parmi les 164 membres de l'organisation et les experts prédisent plusieurs mois de discussions avant d'aboutir à toute renonciation aux droits de propriété intellectuelle, qui serait en outre probablement bien plus limitée que les projets défendus par l'Inde et l'Afrique du Sud, deux pays durement touchés par la pandémie.

La patronne de l'OMC a accueilli chaleureusement jeudi l'annonce des États-Unis. Ngozi Okonjo-Iweala a encouragé l'Inde et l'Afrique du Sud à présenter rapidement un texte révisé.

Ngozi-Okonjo-Iweala.

La Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala quelques minutes avant d'être confirmée comme première dirigeante africaine de l'Organisation mondiale du commerce.

Photo : Getty Images / ERIC BARADAT

La position américaine constitue une remarquable expression de leadership et un développement très important, a déclaré jeudi John Nkengasong, directeur du Centre de contrôle et de prévention des maladies du continent, qui dépend de l'Union africaine.

La décision de Joe Biden a aussi été saluée par le chef de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui l'a qualifiée de moment monumental dans la lutte contre la COVID-19.

Gavi, l’Alliance du vaccin, un partenariat public-privé cherchant à accélérer l'accès des enfants des pays pauvres à la vaccination, s'en est aussi félicitée. Gavi demande maintenant instamment que, dans l'intérêt d'un accès équitable au niveau mondial, les États-Unis soutiennent les fabricants pour qu'ils transfèrent non seulement la propriété intellectuelle, mais aussi le savoir-faire dans le but de stimuler de toute urgence la production mondiale, a-t-elle indiqué.

Opposition du milieu pharmaceutique

Le lobby pharmaceutique a pour sa part lancé une mise en garde.

Lever les brevets sur les vaccins contre la COVID-19 n'augmentera pas la production et n'apportera pas les solutions pratiques nécessaires à la lutte contre cette crise sanitaire mondiale.

Une citation de :La Fédération internationale de l'industrie du médicament

Au contraire, cela va probablement engendrer des perturbations, a soutenu la Fédération.

La direction de Pfizer a aussi noté son profond désaccord.

Son partenaire allemand BioNTech a assuré que les brevets ne sont pas le facteur limitant la production ou l'approvisionnement de leur vaccin.

La mise en place et la validation de nouveaux sites de production prennent en général un an, a insisté le laboratoire. Et la production de vaccin à ARN messager, comme celui mis au point par BioNTech et Pfizer, est un processus complexe développé sur plus d'une décennie. Toutes les étapes doivent être définies et exécutées de façon précise par un personnel expérimenté, a-t-il affirmé.

L'annonce de Joe Biden a fait reculer à divers degrés les actions des fabricants de vaccins contre la COVID-19 sur les différents marchés boursiers.

La question oppose plusieurs responsables américains, a souligné le réseau CNN, en se basant sur des sources à l'interne.

Certains craindraient la colère des principaux fabricants de médicaments, comme Pfizer et Moderna, dont les produits ont permis un début de retour à la normale aux États-Unis. D'autres plaident que le président doit éviter de donner l'impression de s'incliner devant ces puissantes compagnies.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et CNN

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