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Campeurs nomades : défaire les stéréotypes pour avancer

Laurence prend un café devant le rocher Percé. La photo est prise de l'intérieur de sa fourgonnette.

Laurence Caron Fournier passe ses étés à voyager dans sa Chevrolet 1989.

Photo : Gracieuseté de Laurence Caron Fournier

Les campeurs nomades vont-ils bouder la Gaspésie cet été? C'est ce que plusieurs affirment depuis l'adoption par la Ville de Gaspé d'un règlement interdisant toute forme de camping sur les plages publiques. Ils déplorent que cette approche témoigne d'une méconnaissance des valeurs réelles de leur communauté.

Le message que ces municipalités envoient, c'est : "On ne veut pas vous voir". Alors on va ailleurs, répond Gérald Lauzon, qui est coadministrateur de la page Facebook Québec Vanning.

Le Québec, c'est grand et il y a des villes qui, contrairement à la Gaspésie, sont accueillantes, souligne-t-il. Tourisme Côte-Nord s'est joint à Québec Vanning et les membres sont en amour avec la Côte-Nord parce qu'on est bien reçus!

Un homme observe le coucher de soleil, allongé à l'intérieur de sa fourgonnette.

Plusieurs municipalités nord-côtières, comme Sept-Îles et Baie-Comeau, permettent les véhicules récréatifs dans certains stationnements publics (archives).

Photo : iStock / Katerina Sergeevna

Cette idée ne date pas seulement de l'été dernier.

Il y avait déjà une mouvance en Gaspésie pour interdire le camping nomade. Depuis les trois dernières années, la Gaspésie se ferme à nous, affirme M. Lauzon, qui rappelle que plusieurs municipalités gaspésiennes, comme Carleton-sur-Mer, ont adopté des règlements pour interdire le camping dit sauvage dans les lieux publics bien avant 2020.

Il avance que le mode de vie nomade est encore méconnu et mal perçu au sein de la société et que certains l'associent encore aux gitans ou à des marginaux.

Les Bougon nous ont personnifiés au Bye Bye et, c'est plate à dire, mais c'est la perception des gens. Les campeurs nomades, on n'est pas hyper riches, mais on n'est pas pauvres non plus. On veut profiter de la bouffe locale, des microbrasseries, des musées. L'argent qu'on ne dépense pas dans les campings, on la dépense ailleurs.

Une citation de :Gérald Lauzon, coadministrateur de la page Québec Vanning

Ce qu'on recherche, c'est l'aventure. Faire des réservations trois semaines d'avance, on ne fait pas ça. On se donne une destination générale et on explore. On est des aventuriers avec des moyens, pas des Bougon, soutient-il.

Une halte routière pour la nuit

M. Lauzon, qui est bien connu dans la communauté du nomadisme automobile, a d'ailleurs participé aux discussions menées par le Centre d'initiation à la recherche et d'aide au développement durable (CIRADD), où il a pu discuter avec des élus gaspésiens.

J'ai offert des pistes de solution. Au lieu de l'interdire, offrez des alternatives et à ces endroits-là, vous pouvez l'encadrer et afficher la réglementation qui s'applique, propose-t-il.

Gérald Lauzon est assis dans l'espace laissé par la portière ouverte de sa fourgonnette.

Gérald Lauzon vit dans sa fourgonnette à temps plein.

Photo : Gracieuseté de Gérald Lauzon

L'idée des haltes aménagées où les campeurs nomades peuvent s'arrêter pour la nuit n'est pas nouvelle. Plusieurs ont déjà été mises sur pied ailleurs au pays et certaines commencent à faire leur apparition au Québec.

La Ville d'Amqui offre un stationnement 24 h pour voitures et petites caravanes et Sainte-Anne-des-Monts envisage la création de haltes en partenariat avec l'entreprise Go-Van.

Plusieurs campeurs nomades se disent prêts à débourser un petit montant pour avoir accès à de tels endroits. C'est le cas de Laurence Caron Fournier, de Rivière-du-Loup, qui voyage dans sa Chevrolet 1989 depuis bientôt trois ans. Personnellement, si c'était payant, je le ferais, assure-t-elle.

Sans payer 60 $ la nuit, je pense qu'un petit montant pour entretenir l'endroit, ce serait intéressant parce que ce n'est pas toujours facile de trouver des endroits pour dormir où c'est sécuritaire et où on n'a pas peur de se faire réveiller en pleine nuit ou d'avoir une amende.

Une citation de :Laurence Caron Fournier, nomade à temps partiel

Et ce serait aussi profitable pour les régions parce qu'on consomme, on arrête dans les boulangeries et les microbrasseries, ajoute-t-elle.

Laurence est assise dans l'espace laissé par la portière ouverte de sa fourgonnette Chevrolet 1989.

Laurence Caron Fournier affirme qu'elle préfère payer pour avoir accès à une halte aménagée que de s'installer pour la nuit dans un endroit non sécuritaire.

Photo : Gracieuseté de Laurence Caron Fournier

Laurence donne l'exemple de l'Ontario, où elle a déjà profité de ce genre de haltes, alors qu'au Québec, elle observe plutôt la tendance inverse.

Avant d'acheter ma van, je voyageais en auto, et je commençais déjà à spotter des endroits où dormir. En Gaspésie, par exemple, quand j'y retourne, il y a des signes "stationnement interdit", alors ça a déjà été possible de se garer là, mais avec les années ce ne l'est plus, regrette-t-elle.

Gérald Lauzon admet qu'une minorité de campeurs ne respectent pas l'environnement et les règles de bonne conduite, ce qui finit par nuire à toute la communauté. Dans n'importe quel groupe, il y a toujours un 20 % d'imbéciles, et on paie pour ce 20 %, soupire-t-il.

Sensibiliser les nomades novices

Le groupe Québec Vanning possède déjà son propre guide des bonnes pratiques, autant pour protéger l'environnement que pour redonner aux communautés qui les accueillent.

D'ailleurs, on est très sévères avec nos membres, précise M. Lauzon. Il donne l'exemple d'un couple d'influenceurs qui a partagé une photo d'eux avec leur véhicule dans un milieu fragile et affirme qu'ils ont été sévèrement réprimandés.

Des campeurs marchent autour de leurs véhicules stationnés sur une plage.

À l'été 2020, plusieurs campeurs se sont installés directement sur la plage de Douglastown, à Gaspé, malgré les interdictions (archives).

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

De plus, M. Lauzon fait la différence entre les nomades qui vivent dans leur véhicule à temps plein, comme lui, les nomades à temps partiel qui possèdent un véhicule converti mais qui ont également une résidence, et ceux qui louent un véhicule une fois par année pour leurs vacances. C'est ce dernier groupe qui doit particulièrement être éduqué, selon lui.

C'est aussi l'avis de Marie-Claude Vaillant, qui est propriétaire de deux véhicules récréatifs (VR) dont un qu'elle offre en location.

Il y aurait un travail à faire aussi du côté des propriétaires de VR. Quand on a commencé à louer notre van, on a écrit un guide du locataire pour expliquer comment ça fonctionne, mais aussi pour sensibiliser les gens à ne pas laisser de traces.

Une citation de :Marie-Claude Vaillant, propriétaire de deux véhicules récréatifs

Il y a beaucoup de gens qui sont attirés par la location de leur VR, surtout en ce moment, c'est très alléchant et ça peut être très lucratif. Mais si eux-mêmes veulent continuer de profiter de ce type de tourisme nomade qui est tellement plaisant, et si on ne veut pas finir par être hyper contrôlés et avoir mauvaise presse, il faut s'assurer que les gens à qui on loue soient conscients de ça, soient sensibilisés et bien équipés aussi, souligne-t-elle.

On fournit le savon parce qu'on tient à ce que ce soit du savon biodégradable étant donné que ça va être rejeté à l'extérieur ou dans les égouts, mentionne Mme Vaillant comme exemple.

De son côté, Laurence Caron Fournier espère que les villes accepteront de collaborer avec les campeurs nomades pour leur donner la chance de prouver que leur communauté représente une clientèle qui gagne à être connue.

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