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Vaccinés contre la COVID-19 et coincés en quarantaine

Un infectiologue est d’avis que les règles de quarantaine pour les personnes vaccinées devraient être assouplies. C’est d’ailleurs ce que réclament des voyageurs récemment rentrés au pays.

Une femme enceinte est assise aux côtés de sa mère sur un sofa sur une terrasse.

Véronique Judlin, à droite, est bien heureuse d'avoir pu sortir de quarantaine avant l'accouchement de sa fille.

Photo : Radio-Canada / Courtoisie de Véronique Judlin

Véronique Judlin deviendra très bientôt grand-maman pour la quatrième fois. Elle est venue de France expressément pour être présente pour ses petits-enfants après l’accouchement de sa fille, enceinte de 37 semaines. En raison des délais de traitement du dernier test de dépistage imposé par la santé publique, elle aura finalement passé pas moins de 19 jours en quarantaine… alors qu’elle est pleinement vaccinée.

Je trouve ça absurde! Je me suis résignée, puisque c’est la loi. Mais pourquoi me confiner alors que je suis vaccinée?

Une citation de :Véronique Judlin, retraitée

Elle qualifie la période d’isolement obligatoire de 14 jours et les trois tests de dépistage, des mesures de quarantaine parmi les plus sévères du monde, d’abusives et d’excès de prudence. Elle déplore que sa protection vaccinale et immunitaire ne soit pas reconnue par les autorités sanitaires.

Je me suis fait vacciner notamment en vue de ce voyage-là. Mais le fait que la santé publique n’en prenne pas compte, je trouve ça dommage et frustrant.

Une citation de :Véronique Judlin, retraitée

Colette et Roger Guindon, des retraités de retour depuis quelques jours des États-Unis, sont du même avis. Ils ont reçu leur deuxième dose du vaccin Pfizer-BioNTech en février et déplorent d’être traités comme s’ils représentaient le même risque de contagion qu’une personne non vaccinée.

On est vacciné. On a passé un test de dépistage 72 heures avant d’arriver. Aux douanes, on passe un autre test. Huit jours après notre retour, on doit passer un autre test à la maison. Quatorze jours de quarantaine, c’est trop, dit Roger Guindon.

Ils comprennent que la vaccination n’offre pas une protection absolue contre le COVID-19 et que la possibilité d’être un vecteur de la maladie demeure malgré tout possible. Mais ils jugent les règles en place excessives et remettent en question la nécessité de la quarantaine de 14 jours pour des gens dans leur situation.

C’est exagéré. On a eu nos vaccins et on a déjà deux tests négatifs. Ça aurait pu s’arrêter là, il me semble.

Une citation de :Colette Guindon, retraitée et résidente des Laurentides

Elle et son mari, tout comme d’autres voyageurs internationaux questionnés par Radio-Canada, réclament des assouplissements au gouvernement fédéral.

« Une quarantaine chez les gens vaccinés n’est pas essentielle », selon un infectiologue

Le microbiologiste-infectiologue à l’Hôpital général juif Yves Longtin est d’avis que les revendications de ces voyageurs pour des assouplissements aux règles de quarantaine sont pertinentes et justifiées.

Il rappelle que les risques de transmission de la COVID-19 par des personnes vaccinées ne sont pas nuls et que la science travaille très fort à quantifier cette possibilité. Il ajoute qu’il ne faut pas oublier que plus de 2000 personnes de retour au Canada depuis le début des quarantaines obligatoires à l'hôtel ont été déclarées positives à la COVID-19, soit environ 1 % des arrivées.

Toutefois, le Dr Longtin précise que les trois quarts de ces cas ont été décelés lors du test de dépistage à leur arrivée au pays. Et il juge « très faibles » les risques que des personnes vaccinées s’étant soumises à des tests de dépistage avant leur arrivée et à leur arrivée apportent le virus au Canada.

Voilà pourquoi, sans pour autant critiquer le gouvernement, il pense que des ajustements pourraient très bien être apportés par Ottawa pour optimiser la quarantaine et la rendre moins lourde pour les voyageurs.

Portrait du Dr Yves Longtin

Le Dr Yves Longtin, chef de l’Unité de prévention et contrôle des infections à l’Hôpital général juif

Photo : Radio-Canada

Pour les gens qui sont pleinement vaccinés, qui ont reçu leurs deux doses, on pourrait probablement leur éviter une quarantaine de 14 jours, en autant qu’un test soit réalisé à leur arrivée et que ce test-là soit négatif.

Une citation de :Dr Yves Longtin, microbiologiste-infectiologue à l’Hôpital général juif

Le microbiologiste-infectiologue, qui a plus de 15 ans d’expérience, croit que les mesures de quarantaine très strictes mises en place il y a plusieurs mois étaient tout à fait justifiées à l’époque, mais que la situation a évolué depuis.

Maintenant, avec l’amélioration des connaissances, des mesures de santé publique, la vaccination, je crois qu’il est maintenant temps qu’on revoit ces mesures-là et qu’il y a lieu de les assouplir dans certaines situations, par exemple chez les gens qui sont vaccinés ou qui ont contracté la COVID-19 dans le passé.

Une citation de :Dr Yves Longtin, microbiologiste-infectiologue à l’Hôpital général juif

Statu quo pour le moment au gouvernement

Questionnée sur la possibilité d’accorder des assouplissements aux personnes vaccinées à leur retour au pays, l’Agence de la santé publique du Canada n’ouvre pas la porte à des changements dans l’immédiat et répète que l'interdiction d'entrée, associée à l'isolement et à la quarantaine obligatoires, demeure le moyen le plus efficace de limiter l'introduction de nouveaux cas de COVID-19 au Canada.

Le gouvernement fédéral continue d'examiner les preuves scientifiques disponibles au moment de décider des futures mesures à prendre aux frontières. Au fur et à mesure que les connaissances sur la COVID-19 évoluent, d'autres approches frontalières, telles que celles mises en œuvre par d'autres juridictions, seront envisagées.

Une citation de :Agence de la santé publique du Canada

Le Dr Yves Longtin comprend que le gouvernement choisit une approche très prudente et qu’il craint peut-être de lancer le message, en accordant des assouplissements, que les citoyens déjà vaccinés peuvent jouir d’un privilège supplémentaire, celui d’éviter la quarantaine s’ils voyagent.

Toutefois, il avance que d’ajuster les règles en vigueur pourrait avoir un effet bénéfique sur la campagne de vaccination en cours.

Chez les populations plus jeunes qui ne sont pas nécessairement intéressées à recevoir le vaccin parce qu’ils ne perçoivent pas un grand risque pour leur santé, un assouplissement des mesures sanitaires pour les personnes vaccinées pourrait être un incitatif pour les encourager à se faire vacciner, conclut-il.

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