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Une « tempête parfaite » à l'Université Laurentienne

Comment l'établissement bilingue ontarien a-t-il pu se retrouver au bord de la faillite?

Des étudiants marchent sur le campus de l'Université Laurentienne à Sudbury.

L'Université Laurentienne est la première université d'envergure à s'être placée sous la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Pepin

Un nombre d'inscriptions peu enviable, des baisses de revenus imposées par la province, des relations syndicales tendues. Pas de doute : les dernières années ont été difficiles pour l’Université Laurentienne et sa communauté.

Après avoir présenté les constructions ambitieuses et les lourdes dettes de l'établissement, Radio-Canada explore d'autres raisons ayant contribué à ses déboires financiers.

C’était une tempête parfaite.

Une citation de :Geoffrey Seaborn, expert indépendant embauché par Radio-Canada

Des inscriptions qui stagnent

En 2012, le recteur de l'époque, Dominic Giroux, espérait attirer 1000 étudiants supplémentaires sur les bancs de l'Université Laurentienne en cinq ans.

Malgré ses ambitions, la population étudiante a plutôt diminuée d'un peu plus de 300 personnes sur cette période.

Cela s'explique notamment par la fermeture progressive du campus de Barrie à partir de 2016, qui était fréquenté par près de 700 étudiants de l'Université Laurentienne.

L'administration montre du doigt la province, qui a refusé sa demande d'expansion.

Aujourd'hui, le recteur Robert Haché fait également référence aux tendances démographiques du Nord de l'Ontario. Selon lui, peu d'adultes de la région sont en âge d'aller à l'université.

Le faible taux d'inscription a eu un impact sur le budget de l’Université Laurentienne, selon l'expert indépendant Geoffrey Seaborn, qui a été embauché par Radio-Canada.

Les droits de scolarité des étudiants représentent plus du quart des revenus de l'établissement.

Entre 2013 et 2019, les revenus liés aux droits de scolarité ont augmenté de 6 M$, ce qui représente un taux de croissance moyen de 2 %. Toutefois, sur la même période, les dépenses de l’Université Laurentienne ont également grimpé de 2,6 %.

Ce n’est pas le signe d’une saine croissance des inscriptions étudiantes.

Une citation de :Geoffrey Seaborn, un expert indépendant embauché par Radio-Canada

L’Université Laurentienne n’a pas non plus les étudiants générant les plus grands revenus. Elle mise sur ses programmes de premier cycle, qui sont généralement moins onéreux que les cycles supérieurs, selon l'analyse de M. Seaborn, qui a oeuvré pendant 26 ans comme trésorier au Trinity College.

De plus, la proportion d'étudiants étrangers, qui paient souvent trois fois plus cher que les étudiants canadiens, est sous la moyenne provinciale.

Les droits de scolarité coupés

Autre coup dur pour l'Université Laurentienne : la réduction des droits de scolarité de 10 % pour les étudiants canadiens imposée par le gouvernement ontarien en 2019.

Cela représentait une économie d'un peu plus de 600 $ par année pour un étudiant en arts et en science.

L’Université Laurentienne a subi de plein fouet les effets de cette mesure, selon M. Seaborn, puisque son ratio d’étudiants canadiens est plus élevé que la moyenne des établissements universitaires ontariens.

La réduction des droits de scolarité aurait également exacerbé les défis causés par le faible nombre d'inscriptions de l'établissement.

Deux femmes marchent devant l'édifice de l'Assemblée législative de l'Ontario.

Le gouvernement de l'Ontario a également imposé un gel des droits de scolarité pour l'année 2020-2021.

Photo : CBC/Sam Nar

L’Ontario est l’une des provinces canadiennes qui offrent aux universités le moins de financement par étudiant.

Des relations syndicales tendues

Les relations entre l'administration de l'Université Laurentienne et l'Association des professeures et professeurs (APPUL) sont tendues depuis plusieurs années. Cette dernière a déposé plus d'une centaine de griefs envers son employeur depuis 2017.

Au moment où l'établissement s'est déclaré insolvable, les professeurs étaient d'ailleurs sans contrat de travail depuis plusieurs mois.

Ils venaient également de lancer un ultimatum à l'Université Laurentienne lui demandant de révéler ses données financières.

Dans les documents déposés aux tribunaux, le recteur Robert Haché tire à boulets rouges sur le syndicat des professeurs, soutenant que ses acquis représentent une source importante de défis financiers .

Une affirmation que réfute le président de l'APPUL, Fabrice Colin, qui indique que le nombre de professeurs a diminué dans la dernière décennie.

Je vois mal comment on peut justifier tous les problèmes financiers [de l'Université Laurentienne] en fonction de la masse salariale et du coût de professeurs, soutient-il.

Je pense que l'administration essaie de noyer le poisson et détourner l'attention de sa mauvaise gestion et de son manque de transparence.

Une citation de :Fabrice Colin, président de l'Association des professeures et professeurs de l'Université Laurentienne

Le syndicat rappelle que l'Université Laurentienne aurait pu invoquer la clause de situation financière critique prévue à leur convention collective.

Un professeur de mathématique devant un tableau blanc doté d'une formule mathématique.

Fabrice Colin souligne que les conditions de la convention collective ont été acceptées par l'administration.

Photo : Radio-Canada / Michel Laforge

Contrairement à la Loi sur les arrangements sur les créanciers des compagnies invoquée par l'Université Laurentienne, celle-ci permet aux membres de la communauté universitaire de participer à la restructuration de l’établissement.

Geoffrey Seaborn souligne toutefois que cette clause, qui est répandue dans le milieu universitaire, est souvent difficile à invoquer, afin d'éviter qu'elle ne soit utilisée à mauvais escient. Celle négociée entre l'APPUL et l'Université Laurentienne n'y fait pas exception.

L'Université Laurentienne n'a pas tenté de l'invoquer avant d'avoir recours à la LACC. Elle estime qu'elle n'avait ni l'argent ni le temps nécessaire pour venir à bout de sa restructuration sous ce processus.

L'Université dit que c'était trop cher, trop long, et qu'elle n'en avait pas le temps. Mais je pense qu'elle aurait pu tenter le coup, histoire de voir si ça aurait pu fonctionner. Et si ça n'avait pas marché, ça aurait au moins démontré que c'était impossible.

Une citation de :Geoffrey Seaborn, expert indépendant embauché par Radio-Canada

Sans être la raison principale, la relation houleuse avec le syndicat des professeur a probablement été un facteur supplémentaire ayant contraint l'Université à opter pour la LACC, selon M. Seaborn.

Un édifice universitaire, une journée ensoleillée.

L'Université Laurentienne s'est placée sous la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies le 1er février.

Photo : Université Laurentienne - Facebook

Depuis, 69 programmes, dont plusieurs en français, ont été éliminés. 200 employés et professeurs ont également perdu leur emploi.

Maintenant, le prochain défi de l'Université Laurentienne sera de rebâtir sa réputation, selon M. Seaborn.

Les problèmes d'inscriptions et de réputation, ainsi que la santé à long terme de l'Université, vont prendre beaucoup de temps à se résorber. Ce sera un gros défi, et je leur souhaite beaucoup de chance, conclut-il.

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