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Des ateliers familiaux pour enseigner l’art du conte en langue des signes québécoise

Une fillette et son père en train de livre un livre.

Le Regroupement des parents et amis des enfants sourds et malentendants franco-ontariens et le Centre franco-ontarien de folklore proposent une série d’ateliers développés en jumelant des conteurs sourds et entendants de l’Ontario français.

Photo : iStock / Fly View Productions

Né avec une surdité, Joël LeMay se souvient d’avoir regardé, enfant, ses parents raconter des histoires à son frère sans pouvoir en saisir tous les détails. Enseignant la langue des signes québécoise (LSQ) depuis plus de 25 ans, le Franco-Ontarien participe aujourd’hui à une première au pays : permettre aux parents de partager l’heure du conte en LSQ avec leurs enfants malentendants ou vivant avec une surdité.

Le projet est une initiative du Regroupement des parents et amis des enfants sourds et malentendants franco-ontariens (RESO) et du Centre franco-ontarien de folklore (CFOF). Les deux organismes proposent une série d’ateliers développés en jumelant des conteurs sourds et entendants de l’Ontario français.

Joël LeMay et son interprète, Paul Bourcier.

Joël LeMay et son interprète, Paul Bourcier.

Photo : Radio-Canada

Joël LeMay, maintenant dans la quarantaine, croit avoir manqué de transmission familiale dans sa jeunesse.

Je manquais beaucoup d’information, donc je comprends la frustration que les enfants peuvent éprouver, signe-t-il, pendant que l’interprète Paul Bourcier transmet ses idées à voix haute.

Or, les outils pédagogiques mis à la disposition des parents d’enfants malentendants ou vivant avec une surdité s'avèrent encore peu nombreux, constate M. LeMay. Le projet mis sur pied par le RESO et le CFOF vise à combler cette lacune en facilitant l’intégration de la LSQ dans le quotidien des familles franco-ontariennes.

Au cours des derniers mois, Joël LeMay a donc participé à des rencontres de familiarisation à la suite desquelles des duos formés d’un conteur sourd et d’un conteur entendant ont été créés. D’ici au mois de juin, les équipes développeront des ateliers afin d’offrir ensuite un accompagnement personnalisé aux parents qui pourront choisir un conte, le pratiquer avec les formateurs, puis le présenter à leurs enfants.

« Une minorité à l’intérieur d’une minorité »

La communauté francophone de l’Ontario compte entre 500 et 800 enfants vivant avec une forme de surdité, selon la directrice générale du RESO, Carine Jacques Lafrance. Seule une partie d’entre eux savent toutefois utiliser une langue visuelle comme la LSQ, avec pour résultat que la communauté sourde, c'est une minorité à l'intérieur d'une minorité, ajoute-t-elle.

Dans 95 % des cas, les parents sont entendants et ils doivent apprendre une nouvelle langue, renchérit Mme Jacques Lafrance.

Cette dernière explique que les parents apprennent plus facilement une langue visuelle lorsqu’ils sont en contact avec d’autres adultes la maîtrisant. De là l’importance, à son avis, de permettre le jumelage avec des conteurs professionnels en mesure d’enseigner les mots, puis la formation de phrases, avant d’ajouter les expressions faciales nécessaires à la compréhension en LSQ.

La langue, ça fait partie de la culture. [...] Si on ne peut pas conter, communiquer et enseigner à ces enfants-là avec la langue des signes, [ils] sont coupés du reste du monde.

Une citation de :Carine Jacques Lafrance, directrice générale du RESO

L’idée de créer des d’ateliers de contes en LSQ pour la communauté franco-ontarienne est née d’un constat allant bien au-delà de la barrière linguistique entre sourds et entendants : elle s’inscrit dans un désir de pallier à ce manque de communication [et] de transmettre nos histoires à nos enfants, déclare le directeur général du Centre franco-ontarien de folklore, Patrick Breton.

L’initiative est une première au Canada, selon ce dernier, et bénéficie déjà d’un engouement dépassant les frontières de l’Ontario. Des conteurs du Québec, même sans devenir formateurs dans ce projet, ont demandé à suivre la formation par simple intérêt professionnel.

Le conte pour renforcer le lien parent-enfant

Une femme haïtienne est agenouillés devant deux grosses pierres.

Valorisant l'aspect pédagogique de raconter des histoires aux enfants, la comédienne et auteure Djennie Laguerre fait partie des personnes entendantes en formation.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

L’auteure et comédienne torontoise Djennie Laguerre aime tellement raconter des histoires qu'elle en a fait son métier. Il était donc tout naturel pour elle de suivre la formation de contes en LSQ.

Ce n’est pas facile, mais ça en vaut tellement la peine. [...] Ça incorpore tout le corps et ça incorpore beaucoup ma personnalité naturelle parce que je suis très expressive. Et je me suis dit : '' Comment ça fait que je n’y ai jamais pensé avant ''.

Une citation de :Djennie Laguerre, auteure et comédienne

L’artiste d’origine haïtienne utilise le conte pour divertir et développer la communication ainsi que la transmission culturelle, sur scène comme avec sa propre fille. Le fait que je lui raconte des histoires, le soir, ça change tout. On voit la différence quand des enfants n’ont pas cette opportunité-là de façon pédagogique, affirme-t-elle.

Joël LeMay abonde : Pour l’enfant sourd c’est un peu la même chose, fait-il valoir. [On peut] commencer par des petites histoires courtes, avec un vocabulaire simple, et ensuite développer le contenu avec des nuances et aussi des structures de phrases, pour faire en sorte que le conte devient plus intéressant et correspondant à l'âge de l’enfant.

Ce dernier a utilisé l’oralisme, c’est-à-dire l’apprentissage de la langue orale, pour communiquer jusqu’à l’âge de 15 ans. C’est lorsque ses parents et lui ont appris la langue des signes québécoise sur le tard que la famille a tissé des liens différemment. On a beaucoup travaillé en équipe et là, on a commencé à communiquer ensemble vraiment, témoigne-t-il.

M. LeMay insiste sur l'importance d’outiller les parents afin de créer de tels moments privilégiés en famille.

Il y a une fierté des parents, mais il y a aussi une fierté de l’enfant qui voit que ses parents consacrent des moments précis à lui raconter quelque chose dans une langue à laquelle il a accès facilement, conclut-il.

Avec les informations de Kevin Sweet

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