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Des commerçants de l’île Granville à bout de souffle

L'entrée de l'île Granville avec le pont qui le surplombe.

Dès l'entrée sur l'île Granville, il est annoncé que le stationnement est de nouveau payant.

Photo : Radio-Canada / Alexandre Lamic

Avec le retour des stationnements payants sur l’île Granville, à Vancouver, certains commerçants se sentent abandonnés une fois de plus, l’aide fédérale pour les loyers étant arrivée à terme il y a plus d'un mois.

Frappés de plein fouet par la pandémie, ces commerçants espéraient être mieux soutenus par la Ville, la province et le fédéral. Ils ne comprennent pas que la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL), gestionnaire de l’île, ait réinstauré le stationnement payant et qu’elle envisage d’augmenter les loyers des commerces.

Nous avons besoin d’un peu plus de soutien. Jusqu'à maintenant, nous n'avons rien reçu, étant un nouveau commerce.

Une citation de :Raphael Machalani, copropriétaire de Mawlana
Raphael Machalani et Galilio Aissami dans leur boutique.

Raphael Machalani (à gauche) et Galilio Aissami (à droite), propriétaires de Mawlana, estiment que la situation est pire qu'il y a un an en raison d'une baisse du nombre de clients.

Photo : Radio-Canada / Alexandre Lamic

La SCHL ne fait rien d’adéquat pour les gens et ne se demande pas ce qu’ils vont faire , déplore Raphael Machalani, copropriétaire de la boutique Mawlana.

Le stationnement de nouveau payant

Depuis le 1er mai, les automobilistes qui visitent l’île Granville doivent payer le stationnement alors que le stationnement était gratuit depuis le début de la crise sanitaire. Cette décision du gestionnaire de l'île en a étonné plus d’un, même si le coût est de 1 $ l’heure la semaine et de 2 $ l'heure le week-end.

Un homme paie son stationnement.

Le stationnement sur l'Île Granville est payant entre 11 h et 18 h.

Photo : Radio-Canada / Alexandre Lamic

Plusieurs commerçants ont lancé une pétition en ligne pour manifester leur mécontentement et exiger que la SCHL les traite de manière juste.

Nous étions stupéfaits. Le moment choisi est horrible. Cela arrive alors que la troisième vague a commencé et la SCHL fait ça au lieu de faire quelque chose qui encourage les gens à venir.

Une citation de :Raphael Machalani, copropriétaire de la boutique Mawlana
Un espace de stationnement.

La SCHL a annoncé le retour du stationnement payant sur l'île Granville au début du mois d'avril.

Photo : Radio-Canada / Alexandre Lamic

Jérôme Dudicourt, le gérant du commerce de charcuterie et de fromages Oyama Sausage, comprend que cette mesure soit un coup de massue supplémentaire pour la plupart des commerçants, bien que celle-ci n’ait aucune répercussion sur sa clientèle. Au contraire, il rembourse ces frais de stationnement à ses clients qui dépensent plus de 40 $.

Payer le stationnement à l'île Granville n’est pas la meilleure situation vu que beaucoup d’entreprises ne vont pas très bien. Il faut les aider plutôt que les enfoncer.

Une citation de :Jérôme Dudicourt, gérant d'Oyama Sausage

Cependant, il faut rester optimiste, dit-il, en espérant que la SCHL revienne sur sa décision dans quelques mois. Mais il estime aussi qu’il faut nuancer ce qui se passe. Il y a beaucoup de gens qui ne jouent pas le jeu. Ils viennent au marché, garent la voiture toute la journée et vont faire du vélo, raconte-t-il. Il déplore ces abus qui, en fin de compte, pénalisent ceux qui sont les plus fragilisés.

Des loyers trop élevés

Par ailleurs, l’augmentation des loyers inquiète et est perçue comme une épée de Damoclès. Quelques entreprises ont mis la clé sous la porte, comme la boutique voisine de Mawlana. D’autres ont opté pour un petit espace comme Maiwa, qui avait pourtant élu domicile sur l’île il y a 35 ans.

Une boutique qui a cessé ses activités.

Maiwa a fermé sa plus grande boutique.

Photo : Radio-Canada / Alexandre Lamic

J’étais triste de me départir de mon autre magasin, mais c’était une décision d’affaires, qui n’a rien à voir avec la SCHL.

Une citation de :Charlotte Kwon, propriétaire de Maiwa

Sa propriétaire, Charlotte Kwon, regrette la fin de l’aide aux loyers et redoute que son loyer n'augmente lorsque son bail arrivera à son terme cet été. Payer plus cher n’est pas envisageable , dit-elle. Sans la subvention fédérale qui s’est arrêtée le 31 mars, Mme Kwon estime qu’elle n'aurait pas survécu, car les loyers sont chers sur l’île Granville.

L'île Granville.

L'île Granville abrite plus de 300 entreprises et emploie plus de 3000 personnes, selon la Société canadienne d'hypothèques et de logement.

Photo : Radio-Canada / Alexandre Lamic

Pour sa part, David Richard McCann, le directeur général de Creekhouse, qui compte une vingtaine de locataires, est plus critique vis-à-vis de la société fédérale. Il dénonce l'augmentation de loyer qui s'ajoute à la douleur. Dans une lettre publiée mardi sur le site Internet change.org, il révèle que la Société canadienne d’hypothèques et du logement a corrigé son loyer de 1520 $ à partir du 1er avril.

Cette correction est en réalité une augmentation du loyer, mais j’imagine que le mot "correction" paraît plus poli pour un bureaucrate.

Une citation de :David Richard McCann, le directeur général de Creekhouse
Un étal de fruits.

Le marché public de l'Île Granville.

Photo : Radio-Canada / Alexandre Lamic

Quant à Raphael Machalani, la situation lui semble pire qu’il y a un an. Les clients se font rares, les difficultés s’accumulent. Dans pareille situation, difficile de rester optimiste, lance-t-il.

Quand on voit que les autres magasins qui sont là depuis 15 ans ferment, on se pose des questions sur soi-même, sur ce qui va se passer.

Une citation de :Raphael Machalani, copropriétaire de Mawlana

Les touristes, une manne financière absente

Comment ne pas penser à l’industrie du tourisme qui ne fait plus déferler une vague de visiteurs sur cette péninsule au cœur de Vancouver? Selon Jérôme Dudicourt, il est évident que leur absence se fait sentir dans le marché public.

Une pancarte indiquant les restrictions de COVID-19.

La pandémie a ralenti les activités de l'île Granville, fleuron du tourisme à Vancouver.

Photo : Radio-Canada / Alexandre Lamic

On vit avec le tourisme par les hôtels et les restaurants. Donc, imaginez qu’on a tout perdu.

Une citation de :Jérôme Dudicourt, gérant d'Oyama Sausage

Néanmoins, le gérant d’Oyama Sausage reconnaît que son personnel et lui ont de la chance, car ils peuvent compter sur une clientèle locale fidèle.

Un commerce de charcuteries et fromages.

Les affaires d'Oyama Sausage continuent de tourner grâce à des clients réguliers.

Photo : Radio-Canada

Raphael Machalani n’a pas eu l’occasion de connaître sa boutique remplie de touristes, étant donné que son partenaire et lui ont lancé leur affaire au tout début de la pandémie : On avait toujours entendu qu’il y a 1,5 million de touristes qui viennent par année sur l’île Granville.

Il s’imagine que la fréquentation de sa boutique aurait pu être différente. En attendant, il estime que, s'il obtenait plus d’aide, cela arrêterait quelque peu l’hémorragie financière. Parce que, même si Mawlana a renforcé sa présence en ligne, c"est loin d'être suffisant.

La propriétaire de la boutique Maiwa fait le même constat.

Les gens disent ne pas aimer acheter en ligne, mais qu’ils veulent soutenir les petites entreprises locales.

Une citation de :Charlotte Kwon, propriétaire de Maiwa

Elle aurait souhaité que les clients comprennent que ce virage numérique est essentiel à leur survie. Malheureusement, le commerce de détail est désormais un luxe.

Garder le moral

Malgré cette période de vaches maigres, ces commerçants veulent voir les bons côtés de la situation. Mme Kwon remarque que l’esprit de l’île Granville ressurgit durant cette crise et que les gens du coin ont repris possession de ce haut lieu de Vancouver.

Charlotte Kwon dans son magasin.

La propriétaire de Maiwa, Charlotte Kwon, constate que sa boutique en ligne fonctionne bien, contrairement au magasin sur l'île Granville.

Photo : Radio-Canada / Alexandre Lamic

Nous avions perdu les gens du coin à cause du tourisme, à cause des bateaux de croisière et des autobus. Les Vancouvérois ne se sentaient plus chez eux ici, sauf peut-être en hiver.

Une citation de :Charlotte Kwon, propriétaire de Maiwa

« On a la chance d’être ouvert, raconte Jérôme Dudicourt, bien que cela soit dur parce que personne ne nous aide et que nous faisons tout seuls. »

Jérome Dudicourt, gérant de Oyama Sausage, pose avec une rosette a la main.

Jérome Dudicourt, gérant d'Oyama Sausage.

Photo : Radio-Canada / Alexandre Lamic

D’ici cet été, j’espère que ça ira mieux parce que ça fait un an qu’on survit.

Une citation de :Jérôme Dudicourt, gérant d'Oyama Sausage
Raphael Machalani range des produits dans sa boutique.

Raphael Machalani dénonce les travaux sur l'île qui font du bruit et peuvent dissuader les clients de rester plus longtemps.

Photo : Radio-Canada / Alexandre Lamic

C’est difficile d’ouvrir tous les jours alors qu'on ne sait pas si on aura un client. Mais on reste optimiste malgré tout. On a notre clientèle qui vient toujours, bien que cela ne soit pas suffisant.

Une citation de :Raphael Machalani, copropriétaire de Mawlana

La Société canadienne d’hypothèques et de logement devrait recevoir 21,7 millions de dollars d’Ottawa. Les commerçants espèrent que ce financement servira également à soulager leur fardeau.

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