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Les Québécois continuent de bien adhérer aux mesures sanitaires

Un homme passe devant une illustration rappelant les règles sanitaires, comme le lavage de mains et la distanciation.

Il y a eu une augmentation de l’adhésion après le congé des Fêtes lorsque les discours médiatiques étaient beaucoup axés sur la surcharge des services de santé et la fatigue des soignants, selon la professeure Ève Dubé.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Érik Chouinard

« Contrairement à ce qu’on peut penser, la majorité de la population continue d'adhérer aux mesures », affirme la professeure du département d’anthropologie de l’Université Laval, Ève Dubé. Selon la série de sondages en lien avec la pandémie qu’elle mène pour l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), la proportion de ceux qui adhèrent très bien aux mesures se maintient autour de 46 %.

La chercheuse de l’INSPQ a livré quelques-uns des résultats accumulés par ces sondages, lors d’une conférence dans le cadre du 88e congrès de l’Association canadienne-française pour l’avancement de la science (ACFAS).

Évidemment, c’est certain qu’il y a des écarts et des exceptions. Les gens se permettent tout de sorte de petits assouplissements personnels, mais quand on regarde globalement, on ne peut pas dire qu’il y a un enjeu majeur d’adhésion au Québec, nuance-t-elle.

Pour mesurer le score d’adhésion de la population, elle et son équipe ont choisi de se concentrer sur trois mesures, soit le lavage des mains, la distanciation physique et l’interdiction des rassemblements privés intérieurs. Ils demandent aux répondants s’ils ont toujours bien suivi ces trois consignes la semaine précédente.

Un peu moins d’une personne sur deux dit toujours respecter les trois mesures, pendant l’été on était à environ 30 %, ce qui reflétait aussi l’état de la situation lorsqu’il y avait des assouplissements.

Une citation de :Ève Dubé, professeure du département d’anthropologie de l’Université Laval et chercheuse à l’INSPQ

Selon cette méthode qu'elle concède comme étant sévère, les hommes adhèrent un peu moins que les femmes, mais c’est en regardant les résultats en fonction de l’âge qu’un écart se creuse. Chez les 18-24 ans, c’est 21 % des répondants qui disent suivre toujours ces trois mesures, en date de la semaine passée, précise Ève Dubé.

Portrait d'Ève Dubé.

Ève Dubé étudie aussi le mouvement antivaccin à l’INSPQ.

Photo : Radio-Canada

Elle fait ainsi le lien entre l'adhésion aux mesures sanitaires et la perception des risques.

Il y a un biais important chez les jeunes qui se considèrent beaucoup moins inquiets d’attraper la COVID, mais c’est aussi ce groupe qui est le plus inquiet à l'idée de transmettre à d'autres personnes, contrairement aux personnes âgées qui sont moins inquiètes face à ce risque, indique la professeure.

Cinq profils d’attitudes

À travers l’analyse de leurs résultats, les chercheurs ont pu classer les répondants des sondages dans cinq profils d’attitudes différentes envers la pandémie et les mesures sanitaires : les mobilisés, les craintifs, les critiques, les récalcitrants et les opposants.

Les groupes plus opposés et critiques sont généralement plus jeunes et qu’il y a davantage d'hommes, alors que les groupes plus mobilisés et craintifs regroupent plus de personnes âgées et généralement davantage de femmes, relate Ève Dubé.

Répartition des répondants selon les profils :

Mobilisés (22 %)  : les gens qui vont toujours adhérer aux consignes et qui vont avoir des attitudes positives face aux mesures, mais qui se perçoivent peu à risque.

Craintifs (33 %) : les gens qui ont une perception élevée des risques, donc qui sont très inquiets face à la COVID-19, qui vont évidemment bien suivre les mesures, mais qui sont peut-être trop anxieux par rapport à leur risque réel.

Critiques (20 %) : les gens qui vont généralement avoir une attitude négative face aux mesures, ils peuvent être en désaccord avec plusieurs interventions, mais qui vont malgré tout toujours suivre les mesures. Leur perception du risque est plus faible.

Récalcitrants (11 %) : les gens ont une faible perception des risques liés à la COVID-19 et aussi une faible adhésion aux mesures. Ils ont généralement des attitudes négatives face aux mesures.

Opposants (13 %) : les gens n’ont presque aucune crainte liée à la COVID-19 et c’est le groupe qui a la plus faible adhésion aux mesures. La proportion de ceux qui considèrent les théories du complot comme étant vraies est plus grande chez les profils plus opposants.

Bien qu’une proportion de 13 % d’opposants peut sembler faible, la professeure avertit que c’est plus élevé que ce qu’elle observe dans ses autres recherches. Mon champ de recherche habituel c’est la vaccination, et on pourrait dire que les très opposés et les très critiques envers les vaccins c’est habituellement 2 à 3 % de la population. Donc le fait qu’il y ait 13 % des gens qui sont très opposés aux mesures, ça demeure préoccupant dans une logique populationnelle, explique-t-elle.

Est-ce qu’il sera possible de réduire la proportion de gens récalcitrants ou opposants, ça risque d’être difficile, selon la chercheuse de l’INSPQ. La cible devrait être le milieu du spectre, il faut essayer que le discours des opposants ne contamine pas la majorité, répond-elle.

Le rôle des médias

Ève Dubé parle également de l’effet du discours médiatique sur le comportement et les perceptions des Québécois.

Par exemple, au retour du congé des fêtes, lorsque plusieurs articles faisaient état de récits difficiles de soignants, un changement d’attitude s’est fait sentir dans les sondages. De la même façon, quand on parle d'embellie et de succès de la vaccination dans les médias, il y a une diminution de l’adhésion et ça se reflète aussi dans nos sondages, ajoute la professeure.

Un caméraman et une journaliste en entrevue avec un invité à l'extérieur.

Une équipe de Radio-Canada au Saguenay mène une entrevue en utilisant un trépied pour éviter de s'approcher de l'invité.

Photo : Radio-Canada / Catherine Gignac

Les médias n'ont pas apporté que du bon. Ève Dubé mentionne aussi ce que l'OMS décrit comme étant une infodémie pour qualifier l’épidémie d’informations qui a été produite pendant la pandémie.

L’infodémie ce n’est pas nécessairement qu’il y ait de la fausse information qui circule, c’est surtout la surabondance d’informations, qu’elles soient vraies ou pas, explique-t-elle. Elles peuvent rendre plus difficile la compréhension des comportements à adopter et générer de la désinformation.

Méthodologie des sondages

Les sondages menés par Ève Dubé sont réalisés en ligne auprès de 3300 répondants toutes les semaines depuis le mois de juillet. L'an passé, de mars à juin, ceux-ci étaient menés auprès de 1000 personnes par jour.

Comme c’est un sondage par panel web, il y a un certain biais des gens qui sont le plus intéressés qui vont participer, mais ce qui permet d’avoir confiance en nos données c’est entre autres avec le nombre de répondants qu’on a, indique-t-elle.

Et, même si c’est une méthode échantillonnage non probabiliste, un effort est fait pour pondérer les données afin qu'elles soient représentatives des caractéristiques sociodémographiques des différentes régions.

Certains résultats semblent d’ailleurs beaucoup s’approcher des statistiques officielles. Par exemple, la semaine passée, 47 % des répondants disaient avoir reçu au moins une dose de vaccin et selon le gouvernement c’est 46 % québécois de plus de 18 ans qui ont reçu une dose.

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