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Envoyé spécial

COVID-19 au Brésil : quand science et politique s'affrontent

Vaccination à l'auto au Brésil

Dans la préfecture de Niteroi, à Rio, deux jeunes femmes se sont présentées en voiture pour se faire vacciner contre la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Tremblay

Jean-Michel Leprince

RIO DE JANEIRO – Le gouvernement de Jair Bolsonaro fait l’objet d’une enquête parlementaire sur sa gestion de la pandémie. Un exercice qui pourrait mettre un peu plus de l'avant l'opposition entre les décisions politiques et les recommandations des experts en santé publique de ce pays d'Amérique du Sud durement touché par la COVID-19.

La commission a ainsi commencé à entendre les quatre ministres de la Santé successifs.

Sous la loupe : les déclarations incendiaires du président, son rejet des restrictions sanitaires, les ratés de la vaccination et, en général, le rejet des avis scientifiques, notamment celui de la Dre Margareth Dalcolmo, pneumologue à la Fondation Oswaldo Cruz (FIOCRUZ), une institution fédérale de recherche, d’élaboration et de fabrication de vaccins.

La voix de la science

Depuis le début, le président Jair Bolsonaro minimise la pandémie, la qualifie de petite grippe, refuse les confinements, demande aux gens d’arrêter de se plaindre et trouve normal qu’il y ait des morts.

C'est inacceptable, selon les scientifiques.

Ce discours politique que quelques-uns ont eu au Brésil, c’est quelque chose que nous, médecins, ne pouvons jamais accepter : qu’il faut laisser les gens se contaminer pour obtenir un niveau de protection communautaire. Ça, c’est complètement hors de question, nous dit la Dre Dalcolmo dans un excellent français.

Parce qu’en Amazonie, après six mois, la deuxième vague est arrivée avec ce nouveau variant, et parmi tout le monde qui est devenu malade, la majorité des cas ont été des recontaminations; ça veut dire une deuxième maladie chez la même personne.

Une citation de :Dre Margareth Dalcolmo, pneumologue

La Dre Dalcolmo ne nomme personne, puisqu'elle est employée fédérale.

Après le pic de mortalité en avril, avec plus de 4000 décès par jour, on entrevoit la fin d’une seconde vague commencée en février. Mais la Dre Dalcolmo est inquiète.

Je dis qu’au Brésil la situation est encore catastrophique, parce que nous ne savons pas encore si nous aurons, par exemple, une troisième vague, affirme-t-elle.

Nous sommes en train de sortir, de commencer très lentement, doucement, à diminuer un peu le nombre de cas et de morts. Mais nous avons encore plus de 2000 morts par jour, ce qui est quelque chose d’inouï. Heureusement, les deux vaccins que nous avons au Brésil confèrent une bonne protection contre le nouveau variant brésilien, le P1. C’est au moins ça. Dieu est encore brésilien, comme nous disons ici!, lance la scientifique en riant.

Une préposée à la vaccination note des informations personnelles.

Une campagne de vaccination qui tourne au ralenti au Brésil

Photo : Radio-Canada / Frédéric Tremblay

Manque cruel de vaccins

C’est clair, le Brésil a raté son départ dans la course aux vaccins. Le gouvernement a commencé par refuser un premier vaccin chinois. Puis il a autorisé des essais en phase trois sur 10 000 volontaires au Brésil du vaccin Johnson & Johnson, qu’il n’a jamais commandé. Même chose pour Pfizer, dont il a refusé 70 millions de doses en août dernier. Il en a commandé plus tard 100 millions, qui commencent tout juste à arriver.

Le Brésil participe au programme international COVAX, mais il n’en recevra que de quoi vacciner 10 % de sa population de 220 millions d’habitants. Le Brésil fabrique, sous licence, un vaccin chinois au laboratoire Butantan de Sao Paulo, le Coronavac, ainsi que le vaccin d’AstraZeneca au laboratoire de FIOCRUZ.

En raison du manque de doses de Coronavac, la deuxième dose sera administrée trois mois plus tard au lieu de trois semaines, ce qui rend furieux ceux dont le rendez-vous a été annulé.

Quatre vaccins entièrement brésiliens sont aussi en préparation, mais, selon la Dre Dalcolmo, ils ne seront disponibles que dans deux ou trois ans.

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