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Des Madelinots sans logement à l’approche de la saison estivale

Les falaises de Havre-aux-Maisons

Le boom immobilier et l'afflux de touristes laissent un goût amer chez certains Madelinots (archives).

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Les Madelinots s’apprêtent à accueillir de nombreux touristes à l’approche de la saison estivale, mais pour certains résidents locataires qui doivent laisser leur logement, cette arrivée est synonyme de déménagement.

Cette situation laisse un goût amer chez certains.

Faute de pouvoir se loger, ces résidents se tournent vers des proches.

Jonathan Nadeau, père monoparental de quatre enfants, a dû retourner vivre chez sa mère, dans une chambre qu’il occupe avec ses enfants.

Les Îles, c’est une destination prestige. On s’est fait prendre à notre propre jeu : les Madelinots qui ne sont pas propriétaires se trouvent à écoper du boom économique, analyse-t-il.

Le taux d’inoccupation aux Îles-de-la-Madeleine est à 0 %, selon la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL). Toutefois, ce taux ne concerne que les immeubles de trois logements et plus. Les résidences avec un ou deux logements locatifs ne sont pas prises en compte dans ce chiffre.

Selon Jonathan Nadeau, les Madelinots qui sont locataires ne peuvent pas faire concurrence aux touristes prêts à payer plus de 1000 $, voire des milliers de dollars par semaine lors de la saison estivale.

Le Madelinot sait qu’il peut faire une bonne passe d’argent avec ça, avance-t-il. Le monde se laisse tenter, c’est normal un peu : on ne peut pas vraiment blâmer ce qu’on ferait nous-mêmes nous autres aussi.

Si ma famille ne m'aidait pas l’été, je serais pris pour partir des Îles, je ne pourrais même plus rester ici.

Une citation de :Jonathan Nadeau, Madelinot

Une roulotte pour l'été

Félix Hudon, sa conjointe et les quatre enfants de celle-ci ont dû quitter la maison qu'ils occupaient depuis deux ans. En 2020, le propriétaire leur a signifié qu’il allait reprendre possession de la maison que la famille lui louait.

Depuis un an qu’on cherche, on ne trouve rien. Et pour une famille comme nous, qui n’a pas vraiment d’argent en surplus pour acheter une maison, on se retrouve sans logement.

La famille de six vit présentement dans une roulotte qui leur a été louée pour l’été.

Ma conjointe travaille sur des horaires de soir à la Résidence Plaisance des Îles. Moi, je travaille le jour sur la construction. Peut-être qu’on va pouvoir se trouver quelque chose en septembre, si les maisons que les touristes louent l’été sont disponibles l’hiver. Mais là, il n’y a rien de sûr non plus.

C’est énormément de stress.

Une citation de :Félix Hudon, Madelinot

La recherche de logement représente aussi un chemin de croix pour plusieurs Madelinots.

On n'a eu absolument aucune offre depuis un an qu’on recherche, déplore Félix Hudon. Aux Îles, c’est pas mal du bouche-à-oreille. S’il y a quelque chose qui s’annonce sur Facebook, tu n'as même pas cinq minutes pour pouvoir commenter [la publication]. Il faudrait quasiment être sur nos cellulaires 24 heures sur 24 pour voir s’il n’y a pas une annonce.

Le marché immobilier des Îles s'emballe depuis 2018, d'après les données fournies par le courtier immobilier madelinot Gabriel Boudreau Savard, et confirmées par Jean-Bernard Leblanc, courtier immobilier pour Royal LePage, qui dessert lui aussi les Îles-de-la-Madeleine.

Le prix moyen d’une propriété a augmenté de plus de 40 % depuis 2018.

Entre 2014 et 2018, la hausse des prix moyens d’une propriété n’était que de 10 %.

Le nombre de transactions a aussi augmenté durant les trois dernières années. Entre 2014 et 2018, il y avait en moyenne entre 135 et 140 transactions immobilières par année aux Îles-de-la-Madeleine.

Depuis 2018, ce nombre est passé à 200.

Retourner chez ses parents, chaque été

Catherine Décoste, chargée de projet dans le milieu communautaire, témoigne aussi d’une situation précaire.

Originaire des Îles, elle y est retournée en 2019 pour s’y installer après plusieurs années sur le continent. Elle n’a réussi à trouver que des maisons disponibles de septembre à fin mai.

Je dois louer une maison de septembre à fin mai, puis retourner chez mes parents l’été. J’ai 30 ans, ce n'est pas l’idéal, explique-t-elle.

Ça fait deux ans que c’est la même situation : vivre sept à huit mois dans une maison, devoir sortir l’été, relouer une maison, redéménager en septembre et ainsi de suite.

Une citation de :Catherine Décoste, Madelinienne

Elle explique ne pas avoir trouvé de location de maison à l’année. C’est impossible de se louer quelque chose l’été, à cause de l’arrivée des touristes.

Mon conjoint et moi sommes chanceux : nos familles respectives vivent aux Îles, mais on s’entend, ce n'est pas intéressant de retourner chaque année chez nos parents. Ni pour eux ni pour nous, explique-t-elle.

Elle montre aussi du doigt le manque d’appartements locatifs dans l’archipel. De s’imaginer louer à moyen terme, ce n’est pas envisageable, constate-t-elle.

Trouver des solutions concrètes

Le député des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arseneau, se dit très préoccupé par la crise du logement qui sévit au Québec et sur l'archipel.

Il dit que de nombreuses personnes ont contacté son bureau de circonscription dans les derniers jours pour obtenir de l’aide à se trouver un logement.

À l'heure actuelle, bien des gens réclament d'avoir une maison ou un chalet sur le bord de l'eau ou dans les buttes, mais ça prive une partie de la population locale de se loger, explique-t-il.

Le modèle d'hébergement touristique aux Îles-de-la-Madeleine arrive à la fin de sa vie utile.

Une citation de :Joël Arseneau, député des Îles--de-la-Madeleine

Son équipe a également rencontré plusieurs organismes communautaires lundi pour trouver des pistes d’action.

Nous avons tous jusqu’à un certain point éprouvé un sentiment d’impuissance par rapport à la situation qui est vécue, explique-t-il. D’ici une semaine, on va pouvoir trouver une façon de répondre à des citoyens qui ne savent pas à quelle porte frapper.

Le député propose notamment la création d’un Comité d’urgence qui veillerait à trouver des solutions concrètes rapidement, ainsi que la mise sur pied d’un Centre de référence et d'accompagnement pour les gens en recherche de logement.

La Municipalité enquête

La Municipalité des Îles-de-la-Madeleine est en train de réaliser une étude afin de bien comprendre le défi du logement aux Îles et de réaliser un portrait détaillé de l’offre et de la demande de logements.

Combien manque-t-il de logements sur une base annuelle? Quel type de logement manque-t-il? Quelle est la capacité de payer des gens qui ont besoin d'un logement? On est en train de démêler tout ça avec cette enquête, explique Jonathan Lapierre, maire des Îles.

Celui-ci ne ferme pas la porte à une obligation d’inclure des logements sociaux dans tout projet immobilier, en s’inspirant d’une initiative montréalaise.

On est en train de regarder les possibilités d’inclure les logements sociaux dans les projets immobiliers réguliers, confirme-t-il.

Les résultats de l’enquête seront dévoilés dans le courant du mois de juin.

Avec les informations de Sylvie Aubut et la collaboration d’Isabelle Larose.

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