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Choisir le télétravail après la pandémie pourrait freiner l’avancement professionnel

Une femme travaille à l'ordinateur dans son appartement.

La visibilité au bureau peut-elle remplacer la performance? Certains experts le croient.

Photo : Twenty20

Anne-Marie Trickey

Avec le retour au bureau qui approche, certains experts mettent en garde les travailleurs contre les effets potentiellement néfastes de choisir le travail à distance. Selon le modèle en place, ce choix pourrait, entre autres, nuire à la possibilité d’obtenir une promotion.

À court terme, avoir la possibilité de choisir de travailler à distance après la pandémie semble être un avantage. À long terme, cependant, ce choix pourrait freiner une carrière, malgré les bonnes intentions de l'employeur d’offrir un choix à ses employés. C’est ce qu’explique l’économiste de l’Université Stanford Nicholas Bloom.

Dans des équipes où il y a des gens qui travaillent de la maison et des gens qui rentrent au bureau, il peut y avoir une grande différence dans le taux de promotions.

Une citation de :Nicholas Bloom, professeur et économiste à l'Université Stanford
Un homme qui sourit.

L'économiste Nicholas Bloom encourage les entreprises de développer un modèle de travail hybride et équitable pour tous les employés.

Photo : Radio-Canada

Ce qu’on trouve dans nos données, par exemple, c’est que les femmes avec de jeunes enfants décident de travailler de la maison tandis que les jeunes hommes célibataires décident de retourner au bureau. Cinq ou dix ans plus tard, les gestionnaires sont surtout les jeunes hommes, ce qui n’est pas ce qu’on veut, indique-t-il.

La professeure associée en relations industrielles de l’Université Western Johanna Weststar constate aussi que dans certains lieux de travail, la visibilité au bureau pourrait remplacer la performance.

Même si la présence au bureau est complètement facultative et qu’elle n’a aucune incidence sur la qualité du travail de l’employé, l’optique de la visibilité au travail est très puissante, explique-t-elle. Cela risque d’être un problème pour les entreprises si cette présence au bureau commence à remplacer d’autres caractéristiques, comme la performance, l’intérêt ou l’engagement d’un employé.

Une culture de travail difficile à maintenir à distance

Tara Spence, une comptable, a décidé de retourner travailler en présentiel, au moins quelques jours par semaine, aussitôt que ce sera possible.

J’ai hâte de retourner au bureau et de voir mes collègues. Quand j’étais au bureau, c’était naturel de demander des nouvelles personnelles. On dirait que, présentement, toutes mes interactions avec mes collègues sont strictement professionnelles, indique-t-elle.

Pour moi, je veux cette relation avec mes collègues en personne. Je veux retourner au bureau quand ce sera possible.

Une citation de :Tara Spence, comptable
Une jeune femme qui sourit.

Tara Spence est comptable dans un cabinet à Toronto et prévoit retourner au travail une fois la pandémie terminée.

Photo : Radio-Canada

La jeune professionnelle de 23 ans veut retourner au bureau pour la culture de travail de son bureau, pour les liens sociaux entre collègues. Ces liens, cependant, sont loin d’être présents pour tout le monde quand certains travaillent seulement à distance.

Le problème se présente quand on parle du dîner ou de la pause café. Si une personne est en télétravail, elle ne dîne pas… et plusieurs conversations importantes se passent pendant le dîner, ou en prenant un verre après le travail, explique l’économiste Nicholas Bloom.

Ce qui est peut-être moins évident, c’est la séparation sociale entre les gens qui rentrent au bureau et ceux qui travaillent à la maison.

Les entreprises doivent être très conscientes des changements informels dans leur culture de travail.

Une citation de :Johanna Weststar, professeur en relations industrielles à l'université Western

Les humains peuvent développer beaucoup de raisons intéressantes pour ne pas aimer les autres… et dans un environnement de travail, une raison pourrait être si quelqu’un est présent ou non. Et ça, ce n’est pas une bonne façon d’évaluer un employé ni de créer un milieu de travail sain, constate Johanna Weststar.

Tara Spence, comme ses collègues, aura le choix de travailler où et quand elle le veut. Pour elle, c’est un point positif. Comme plusieurs employés, elle n’a pas considéré la possibilité que ce choix puisse avoir des effets néfastes sur sa carrière.

Entreprises en réflexion

Les entreprises, de leur côté, sont en train d’élaborer leurs plans de retour dans les bureaux, mais sont réticentes à les partager. C’est le cas pour les banques RBC, TD et CIBC, entre autres.

Nous développons une structure hybride à RBC globalement, mais ce sera mis en place de façon différente à travers la banque.

Une citation de :Elizabeth Lewis, directrice en communication, RBC

De son côté, Facebook a également indiqué que le mode de travail dans l’après-pandémie n’était pas tout à fait décidé.

Nous améliorons attentivement l’expérience de nos employés qui travaillent à distance, afin d’assurer qu’ils se sentent connectés et qu’ils aient tous des opportunités égales peu importe où ils travaillent, indique Michelle Anderson, une agente de communication pour le géant du web.

Plusieurs autres entreprises n’ont pas répondu aux questions de Radio-Canada et aucune d’entre elles n’a accepté de nous accorder une entrevue.

Une femme qui sourit.

Johanna Weststar est professeure en relations industrielles à l'université Western.

Photo : Radio-Canada

Selon Johanna Weststar, de l’Université Western, c’est parce que les employeurs ne savent tout simplement pas ce qu’ils vont faire pour le retour au travail. Et s’ils créent des attentes trop rapidement, c’est difficile de reculer par la suite.

Des solutions pour les employeurs

Pour s'assurer que les employés ne soient pas pénalisés parce qu’ils travaillent de la maison, les employeurs doivent éviter que ça devienne le problème de l’individu.

Johanna Weststar et Nicholas Bloom sont d’accord : la tâche revient à l’équipe de travail, qui comprend autour de 10 à 15 personnes, de décider comment elle veut aménager le modèle de travail. La solution, cependant, pourrait être différente pour différentes équipes au sein d’une même entreprise.

En gros, les gens devraient être au bureau en même temps et à la maison en même temps, selon l’économiste de l’Université Stanford.

Un modèle hybride, où les gens travaillent de la maison et au bureau, a beaucoup d'avantages. Il faut simplement que les entreprises prennent le temps de bien développer ce système pour qu'il soit équitable.

Une citation de :Nicholas Bloom, professeur et économiste à l'Université Stanford

Pour la prochaine année ou les deux prochaines années, les employeurs devraient viser trois jours au bureau et deux jours à la maison pour tous leurs employés, suggère-t-il.

En matière de travail, les deux prochaines années seront une période importante d’apprentissage et d’adaptation non seulement pour les entreprises, mais également pour les employés.

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