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Analyse

C'est la pénurie de main-d'œuvre qui appauvrit l'économie du Québec

Tableau avec plusieurs feuilles contenant des offres d'emploi.

Le tissu économique est aussi fait de postes et de fonctions qui demandent différents niveaux de qualifications et d’aptitudes, rappelle Gérald Fillion.

Photo : Radio-Canada / Tanya Neveu

Nous sommes 10 clients dans un café bien ensoleillé du centre-ville. Nous gagnons chacun environ 55 000 $ en moyenne. Mitch Garber, Pierre Karl Péladeau et Alain Bouchard entrent dans le café. D’un coup, le salaire moyen augmente. Mais sommes-nous, tous, plus riches?

Moi, mon obsession, c’est d’augmenter le salaire moyen au Québec. À chaque fois que je rentre un immigrant qui gagne moins de 56 000 [$], j’empire mon problème. À chaque fois que je rentre un immigrant qui gagne plus de 56 000 [$], j’améliore ma situation, a déclaré François Legault vendredi dernier devant les membres du Conseil du patronat du Québec.

Avec une telle vision, François Legault cherche à augmenter le niveau total de richesse du Québec afin de réduire l’écart avec l’Ontario. Mais en affirmant que d’ajouter des emplois à moins de 56 000 $ par année vient empirer le problème, il semble oublier que la majorité des Québécois ne gagnent pas le salaire moyen et que la grande majorité des postes vacants disponibles sont aussi sous la barre du salaire moyen.

Mon exemple des clients dans un café où trois multimillionnaires font leur entrée démontre de façon très simple que le salaire moyen seul ne peut être l'unique mesure de la richesse. Et s’il est absolument souhaitable de voir les salaires augmenter, doit-on pour autant risquer d’aggraver la pénurie de main-d'œuvre en privilégiant seulement l’immigration pour les postes qui dépassent le salaire moyen?

L’immigration n’est pas la seule solution à la pénurie de main-d'œuvre, bien sûr. Mais elle fait partie du coffre à outils. Les entreprises ont besoin de solutions pour calmer cette pénurie. Et contrairement à ce que certains peuvent croire, non, une pénurie de main-d'œuvre n’est pas un beau problème.

C’est un ralentisseur économique, c’est contre-productif, cela restreint la croissance de la production, l’expansion des entreprises et, ultimement, cela peut réduire les possibilités d’améliorer les conditions de travail des employés qui sont déjà dans les entreprises.

Depuis des années, plusieurs secteurs d’activité sont aux prises avec une pénurie de main-d'œuvre. Au quatrième trimestre 2020, on comptait près de 148 460 postes vacants au Québec, soit un taux de 4,1 %, ce qui est historiquement très élevé. C’est énorme.

À l'heure actuelle, le secteur qui a le besoin le plus criant, c’est la santé et les services sociaux. Selon Statistique Canada, il y avait 31 835 postes vacants au Québec dans ce secteur au quatrième trimestre 2020 avec un salaire moyen offert de 21,90 $ l’heure.

Nous sommes loin du salaire moyen à 28,20 $ l’heure en 2020, qui permettrait d’atteindre le salaire moyen des employés à temps plein au Québec, à 54 990 $, ce qui est tout près du montant de 56 000 $ évoqué par le premier ministre.

Au second rang des secteurs qui ont un grand besoin de main-d’oeuvre se trouve le commerce de détail : 20 310 postes vacants à la fin de 2020 avec un salaire horaire moyen offert de 14,95 $. C’est 53 % seulement du salaire moyen au Québec.

Ensuite, dans la fabrication, on compte 17 530 postes à pourvoir à un salaire moyen offert de 20,45 $ l'heure. Dans l’hébergement et la restauration, on dénombre 11 385 postes vacants, à 14,15 $ l’heure en moyenne.

Environ 60 % des employés à temps plein au Québec ne gagnent pas 28 $ l’heure et n’atteignent pas le salaire moyen.

Il est primordial d'augmenter la productivité dans les entreprises et de miser sur des emplois et des secteurs à valeur ajoutée. Mais la réalité, c’est que le tissu économique est aussi fait de postes et de fonctions qui demandent différents niveaux de qualifications et d’aptitudes. Il y a des tâches dans la société qui demandent moins de formation, dont la valeur à la demande est peu élevée, et qui exigent ainsi des salaires moins élevés.

De plus, le modèle d’affaires d’un grand nombre d’industries s’appuie sur une structure de coûts parfois fragile, avec des marges de profits qui sont faibles.

Et il y a des activités économiques qui, en amont, tournent à des salaires de 15 $ ou 20 $ l’heure, mais qui viennent alimenter d’autres activités, qui offrent des salaires plus élevés, à 30 $ ou 40 $ l’heure. Tout est lié. C’est une chaîne d’approvisionnement ou une chaîne de montage, et chaque maillon de la chaîne a besoin d’être soutenu.

Par ailleurs, dans un très grand nombre d’emplois, les salaires varient en fonction de l’expérience, de l’expertise, de l’ancienneté, du marché et d’autres critères. Il est possible qu'au cours des premières années dans un poste, vous soyez rémunérés sous le salaire moyen et que, dans les années suivantes, en grimpant dans l'échelle, vous vous retrouviez avec une paie qui dépasse le salaire moyen.

Ce sont les salaires de tous les citoyens qui doivent augmenter afin de donner à chacun un meilleur pouvoir d’achat et une meilleure qualité de vie, bien que le salaire ne soit pas du tout le seul facteur à considérer. En ce sens, le premier ministre a raison de faire pression sur le patronat afin d’encourager les entreprises à améliorer les conditions de travail de leurs employés.

Et pour faire preuve d’une cohérence complète avec son objectif d’augmenter les salaires, François Legault a le pouvoir aujourd’hui d’agir et d’augmenter davantage le salaire minimum ou d’accorder les hausses de salaire que demandent les travailleurs du secteur public.

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