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Caraquet corrige discrètement son approche pour construire son Centre des générations

Schéma de l'édifice. Il comprend de grandes surfaces vitrées et un élément décoratif sur sa façade qui illustre une vague.

Un aperçu du projet de Centre régional des générations

Photo : Ville de Caraquet

La Ville de Caraquet tient mordicus à ce que ce soit des entreprises locales, c'est-à-dire dans le territoire de la municipalité, qui réalisent la construction de son Centre régional des générations. Et elle prend les moyens pour y parvenir.

Ainsi, la Ville a accordé le contrat d'architecture de 1,2 million $, le plus élevé de son histoire, à l'entreprise locale CORBO Architecture, sans processus d'appel d'offres. Dans un processus d'appel d'offres, les entrepreneurs sont invités à faire l'offre la plus avantageuse.

L'édifice municipal de Caraquet

L'édifice municipal de Caraquet.

Photo : Radio-Canada / René Landry

Le conseil a accordé le contrat à CORBO après un vote unanime, lors d'une réunion le 1er février, à l'heure du midi, un peu plus de deux semaines après avoir reçu une offre de service de cette entreprise.

Nous avons reçu une offre et le conseil l'a acceptée, explique une administratrice de la Municipalité. C'est un processus permis par la loi pour ce genre d'achat de service.

La Ville a demandé à Radio-Canada de procéder par une demande d'accès à l'information - un processus qui peut prendre des mois - pour obtenir une copie de l'appel d'offres pour les services d'architecture. Après des demandes de précisions, la Municipalité a fini par reconnaître qu'il n'y avait pas eu d'appel d'offres.

Le contrat pour les services de gestion de construction a été accordé, après un appel d'offres, à une entreprise expérimentée de Caraquet, Foulem Management.

Le modèle de construction

La Ville de Caraquet a sollicité des dons du public pour la construction du centre. Une campagne de financement a permis d'amasser plus de 2 millions de dollars dans la communauté.

Il est précisé sur le site Internet de la campagne de financement que l'approche choisie permet d'éviter les dépassements de coûts. Il s'agit d'un projet clé en main (conception-construction).

Toutefois, la ville a changé son approche quand elle a accordé le contrat d'architecture à CORBO. Dans l'offre de service présentée par cette entreprise, dont Radio-Canada a obtenu copie, il est plutôt question du modèle gestion-construction.

En entrevue, le président de Corbo Inc., Philippe Cormier, explique les avantages du modèle qui a été retenu.

C'est un modèle où on embauche une firme spécialisée en construction. Elle est choisie par appel d'offres. Elle participe du début et embarque dans le projet avec leur designer. La grande force de cette entreprise c'est de connaître les coûts, le marché. Aussi, pour la construction, elle vient apporter une expertise supplémentaire à l'équipe de design dès le début. On a une bien meilleure idée du coût final du projet à l'avance et aussi ce qu'on peut faire pour augmenter la plus-value du projet.

Philippe Cormier se tient dans son kiosque au Sommet sur l'innovation en matière d'engins de pêche en février 2020.

Philippe Cormier est le président de la compagnie Corbo génie conseil.

Photo : Radio-Canada / Maryanne Dupuis

Il reconnaît qu'avec le modèle clé en main, les dépassements de coûts sont pratiquement éliminés.

Mais le plus gros problème avec ce modèle c'est la qualité du bâtiment, explique-t-il. À court terme, ça peut être un bâtiment qui est fonctionnel et qui est esthétique, mais ça ne veut pas dire que dans dix ans il sera en bon état. Il y a des possibilités de tourner les coins ronds.

Il explique qu'avec le modèle de gestion-construction, l'avantage est aussi de pouvoir offrir plusieurs petits contrats et de faire participer plusieurs corps de métier de la région au projet.

Souvent, avec un projet clé en main, l'entreprise va apporter ses sous-traitants qui ne sont pas nécessairement de la place, précise-t-il.

Les entreprises locales

À quelques jours des élections municipales, les trois candidats à la mairie de Caraquet sont au diapason sur l'importance de prioriser les entreprises locales.

Le maire sortant, Kevin Haché, imagine le tollé que susciterait l'arrivée d'une entreprise de l'extérieur pour réaliser le Centre régional des générations.

Avec un appel d’offres en bonne et due forme, la Municipalité aurait pu devoir accepter une offre d’un plus bas soumissionnaire, mais de l’extérieur de la région.

Si on avait annoncé que c'est une compagnie du Québec qui venait construire ça ici, je pense que la population aurait été très déçue de la Municipalité, dit-il. Quand ça sera fini, il y aura une fierté commune que ce soit construit par nous et pour nous.

Kevin Haché

Kevin Haché, maire sortant et candidat à la mairie de Caraquet.

Photo : Radio-Canada

Il ne doute pas un instant dans les capacités des entreprises locales de se montrer à la hauteur du défi.

Elles ont quand même construit des bateaux, des résidences, de grosses infrastructures. Je pense qu'on a l'expertise, j'ai confiance dans les gens de la place et je suis certain qu'on va être capable de faire ça dans les budgets.

Même son de cloche du côté de Gilles Lanteigne, candidat à la mairie.

Gilles Lanteigne

Gilles Lanteigne, candidat à la mairie de Caraquet.

Photo : Radio-Canada / Michel Nogue

C'est un projet de 15 millions et il devrait générer environ 180 emplois sur 18 mois, indique-t-il. On a recueilli 2 millions dans la communauté et ces gens-là s'attendent à voir des retombées économiques. Mais il faut que les entreprises qui participent soient compétitives, qu'elles aient les ressources et l'expertise et que le prix soit aussi compétitif. La communauté va bénéficier des retombées.

Bernard Thériault, qui tente également de se faire élire à la mairie, estime qu'une imperfection qui se trouvait dans le concept initial a été corrigée.

Bernard Thériault

Bernard Thériault, candidat à la mairie de Caraquet.

Photo : Radio-Canada

Je pense qu'il y aurait eu des levées de boucliers si le concept clé en main avait exclu tous nos entrepreneurs, dit-il.

On est tous pour la vertu et la tarte aux pommes, lance-t-il. Le plus d'entrepreneurs locaux on aura, le mieux ce sera.

Edmundston et Dieppe: clé en main

D’autres villes de la province n’ont toutefois pas adopté la même approche que la Ville de Caraquet.

À Edmundston et Dieppe, les villes ne regrettent pas d’avoir fait construire leur amphithéâtre avec l’approche clé en main même si les entreprises venaient du Québec.

La patinoire

Le Centre Jean-Daigle peut accueillir 2400 spectateurs lors des matches de hockey.

Photo : Radio-Canada / Kassandra Nadeau

Par exemple, le Centre Jean-Daigle, à Edmundston, qui a ouvert ses portes à l'automne 2017, a été construit selon le modèle clé en main par le consortium Ronam-Lainco du Québec.

L'amphithéâtre communautaire a été construit au coût de 21 millions de dollars, dans les délais prévus et sans dépassement de coûts, selon la Municipalité.

On a même pu faire des ajouts, comme des loges, précise le directeur général d'Edmundston, Marc Michaud. Ce projet a été exceptionnel.

Photo du bâtiment neuf.

L'UNIplex, à Dieppe, au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada

À Dieppe, le centre UNIplex, construit par l'entreprise québécoise Pomerleau au coût de 31 millions de dollars, a été inauguré en janvier dernier. Il a aussi été construit selon le modèle clé en main. L'échéancier a été respecté et il n'y a pas eu de dépassement de coûts, selon la Ville.

Il n'y a pas eu de dépassement de coûts, mais certains ajouts demandés par la municipalité ont été faits au cours du projet, précise Annie Duguay, directrice du service des communications de Dieppe.

CORBO et les arénas

Dans son document d'offre de service présenté aux élus de Caraquet, l'entreprise CORBO montre quelques réalisations.

Il est précisé dans le document qu'il s'agit de quelques exemples de projets similaires sur lesquels CORBO, certains de nos professionnels séniors ou de nos partenaires externes ont participé au cours de leur carrière.

Pour convaincre la Ville de faire affaire avec elle, elle dresse une liste de 12 arénas dans les communautés suivantes : Bouctouche, Bathurst (aréna K. C. Irving), Lamèque, Beresford, Riverview, Quispamsis, Grand-Sault, Fredericton (Grant-Harvey et Willie-O'Ree), Richibucto, Petit-Rocher.

Les hockeyeurs sur la patinoire

Les joueurs du Titan en période de réchauffement avant un match à Bathurst, en 2017.

Photo : Facebook/Titan Acadie-Bathurst

Pourtant, le Centre régional K. C. Irving de Bathurst, par exemple, a ouvert ses portes en septembre 1996, bien avant que l'entreprise CORBO ne soit lancée, en 2007.

Philippe Cormier, de CORBO, explique qu'il a énuméré ces exemples pour montrer qu'on est une entreprise locale qui a grandi.

On a plus d'une trentaine de professionnels. Chacun de ces employés-là a des expériences différentes, dont des conceptions d'arénas pour plusieurs, que ce soit nos architectes ou ingénieurs. C'était aussi pour montrer qu'on s'entourait d'autres spécialistes qui ont vraiment une expertise pointue dans le domaine des arénas. On n'a pas peur de s'entourer d'experts.

Un projet rassembleur

Le Centre régional des générations de Caraquet va remplacer le vieux Colisée Léopold-Foulem. Le Club plein air y sera intégré et il est question aussi d'une salle pour la petite enfance, d'une piste de marche et d'une cuisine communautaire, notamment.

Il est présenté comme un projet rassembleur qui suscite l'enthousiasme dans toutes les communautés du « Grand Caraquet ».

Des municipalités voisines, comme Bertrand, ont signé un document d'appui moral, qui laisse planer une possibilité de contribution financière.

Mais on n'a pas eu d'information sur le projet depuis plus d'un an, reconnaît le maire, Yvon Godin.

On ne peut pas se planter

La construction du Centre régional des générations doit débuter cet été. Kevin Haché souhaite pouvoir procéder à la coupe du ruban en tant que maire.

Mais ce dont il est certain, c'est que la construction du plus gros projet de l'histoire de la municipalité va se dérouler rondement.

Il va y avoir des présentations au conseil municipal et on va pouvoir suivre la façon que le dossier va avancer, assure-t-il. Il va y avoir plusieurs yeux sur ce dossier-là. L'entreprise CORBO va voir ce dont elle a besoin. Les soumissions vont être ouvertes en public et tout va être fait dans les règles de l'art.

Le président de CORBO, Philippe Cormier, ne manque pas de confiance lui non plus, même s'il reconnaît que cette mission ferait en quelque sorte passer son entreprise dans les ligues majeures.

On ne peut pas se planter dans ce projet, affirme-t-il. C'est dans notre cour et on veut faire une belle impression. On va vivre avec pendant longtemps. On veut mettre toutes les chances de notre bord et celui de la municipalité aussi. Je n'ai aucune inquiétude.

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