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Protection de la jeunesse : Québec prêt à aider les jeunes jusqu'à l'âge de 25 ans

Lionel Carmant devant un drapeau du Québec.

Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, accueille favorablement le rapport de la commission Laurent.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Au lendemain de la publication du rapport de la commission Laurent, le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, se dit d'accord pour prolonger de 18 à 25 ans l'âge auquel les jeunes Québécois pris en charge par la Direction de la protection de la jeunesse peuvent recevoir certains services.

Le gouvernement de François Legault dit accueillir favorablement le rapport, et le ministre Carmant assure que la réponse aux recommandations des commissaires sera faite avec diligence et rigueur.

En conférence de presse, mardi, il a admis avoir été un peu surpris que la commission spéciale recommande de porter à 25 ans l'âge pour assurer le suivi des jeunes de la DPJ.

Je m'attendais à 21 ans, a-t-il reconnu. Mais ce sera 25 ans, a-t-il affirmé, acquiesçant ainsi à l'une des quelque 60 recommandations contenues dans le rapport de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse.

Le ministre reconnaît que la sortie des jeunes du réseau de la protection de la jeunesse doit être améliorée.

Durant les deux années qu'ils ont consacrées aux travaux et aux audiences, les commissaires ont entendu différents témoignages qui illustraient à quel point le passage à l'âge adulte s'effectuait de manière brutale chez les jeunes qui étaient passés par le système de la protection de la jeunesse. Ces témoignages provenaient des jeunes eux-mêmes, mais également d'experts et d'intervenants du milieu communautaire.

Mardi, le ministre Carmant s'est félicité du fait que deux fois plus de jeunes – issus des services de protection de la jeunesse – bénéficient maintenant du programme gouvernemental Qualification des jeunes, qui vise à les soutenir et à les encadrer lorsqu'ils atteignent la majorité.

Ça augure bien

Régine Laurent lors d'une conférence de presse à la BAnQ.

Régine Laurent, présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

En entrevue à l'émission Midi info sur ICI Première, mardi, la présidente de la commission, Régine Laurent, a salué la volonté du ministre Carmant de ne plus arrêter les services à 18 ans. En ce qui a trait spécifiquement au programme Qualification des jeunes, toutefois, Mme Laurent a déclaré que les travaux de la commission avaient mis en lumière le fait qu'il était offert de manière très inégale dans la province.

Néanmoins, pour ce qui est de la suite que donnera le gouvernement Legault au rapport, Régine Laurent affirme que ça augure bien.

J'ai entendu une volonté ferme d'agir [de la part du gouvernement], a-t-elle dit.

Revoir la loi

Dans leur rapport, fruit de travaux qui ont duré deux ans, les commissaires ont brossé le portrait d’un système et d’une société qui ont failli à protéger adéquatement tous les enfants du Québec.

Déjà, lundi, le premier ministre François Legault avait annoncé la création d'un groupe d'action interministériel qui se penchera sur les recommandations de la commission spéciale.

Ce groupe de travail sera présidé par Lionel Carmant qui qualifie de réforme en profondeur ce qui doit être fait. Le ministre entend revoir, d'une part, la Loi sur la protection de la jeunesse (LPDJ) et, d'autre part, le rôle et le fonctionnement des 19 directions de la protection de la jeunesse (DPJ) de la province.

Il y a deux articles un peu contradictoires [dans la LPDJ], a déclaré Lionel Carmant. L'article 3 qui dit qu'il faut tout faire pour le bien-être de l'enfant, et l'article 4 qui dit qu'il faut tout faire pour le garder dans le milieu familial.

Nous, ce qu'on veut, c'est s'assurer que tous les services soient offerts à la famille le plus tôt possible, et s'assurer que les enfants ne soient pas ballottés d'un milieu à l'autre de façon exagérée.

Une citation de :Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux

Sans dire que le principe de primauté parentale pourrait être retiré de la loi, le ministre Carmant affirme qu'il y aura peut-être lieu de resserrer l'article 4 et voir s'il faut recentrer le tout sur le bien-être de l'enfant.

Prévenir et accompagner

L'une des recommandations centrales de la commission Laurent vise à opérer un virage vers la prévention en offrant un accompagnement précoce, intensif, continu et stable aux enfants et aux familles.

Lionel Carmant se dit d'accord avec la nécessité de mettre la prévention à l'avant-plan. Ce sera, dit-il, le premier des changements qui seront apportés pour changer la culture qui prévaut dans le réseau de la protection de la jeunesse.

On investit dans les programmes de première ligne plus que ça n'a jamais été fait, dit le ministre, qui espère que cette première ligne pourra jouer pleinement son rôle. Actuellement, le réflexe consiste à appeler la protection de la jeunesse lorsqu'un problème se présente, déplore-t-il : Nous, ce qu'on veut, c'est qu'on appelle les services de première ligne.

Le ministre Carmant soutient que, pour implanter les premiers changements de cette réforme, un projet de loi sera déposé cet automne.

Par ailleurs, au lieu de s'attendre à ce que les gens dans le besoin se manifestent, il faut amener les services aux gens, insiste-t-il.

Lorsqu'une personne vulnérable ne répond pas ou ne vient pas à son rendez-vous, peut-être faut-il se demander si on ne devrait pas aller lui offrir les services, dit le ministre Carmant, qui se rappelle avoir vécu de telles situations comme médecin.

Ça, on est en train d'instaurer ça à la protection de la jeunesse, en jeunesse, en santé mentale, et c'est un gros changement de culture, assure-t-il.

Respecter les délais

Dans sa forme actuelle, la LPDJ fixe la durée maximale du placement d'un enfant en famille d'accueil ou dans une ressource du réseau, et ce délai varie selon l'âge de l'enfant.

Mais ces délais sont régulièrement dépassés, a rappelé Mme Laurent au micro de Midi info, mardi. Une situation à laquelle le ministre Carmant promet de remédier.

Quant à la surcharge de travail des intervenantes de la DPJ, M. Carmant soutient que les efforts de prévention permettront de réduire leur tâche.

Reste, toutefois, la question du recrutement : de nombreux postes sont à pourvoir dans le réseau de la protection de la jeunesse, a déploré le ministre délégué à la Famille et aux Services sociaux. La charge est très lourde, reconnaît-il, c'est un travail qui est complexe, alors souvent elles [les intervenantes de la DPJ] quittent quand des postes s'ouvrent ailleurs.

Rejoindre les plus vulnérables

Mathieu Lacombe parle dans un micro.

Le ministre québécois de la Famille, Mathieu Lacombe, en conférence de presse le 4 mai 2021

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, était lui aussi présent, mardi, pour commenter le travail titanesque accompli par les commissaires. À son avis, le travail colossal qui consiste à réécrire la LPDJ et à réformer la DPJ pourra être effectué dans le mandat [actuel].

Notre gouvernement voit les choses du même oeil que Mme Laurent, a-t-il déclaré. Bien sûr, tout ça ne peut pas se déployer du jour au lendemain.

En entrevue mardi à l'émission Le 15-18 sur ICI Première, le ministre Lacombe a admis qu'il était bien difficile de savoir par où commencer.

Si ces recommandations sont dans le rapport, c'est qu'elles sont importantes, a-t-il dit. Il a précisé qu'au sein de son ministère, le travail était déjà en branle, notamment en ce qui a trait à la bonification du financement des organismes communautaires qui offrent des services aux familles. Mais la commission Laurent veut qu'on aille encore plus loin, a ajouté le ministre Lacombe.

Nous devons nous assurer que les enfants qui viennent de milieux plus défavorisés puissent avoir une place dans les centres de la petite enfance (CPE), a-t-il aussi affirmé.

En substance, le ministre de la Famille explique qu'il faut rejoindre les enfants qui ne bénéficient d'aucun service, car souvent, ce sont eux qui en auraient le plus besoin. Ils sont dans les milieux les plus défavorisés et leurs parents sont peut-être moins outillés pour trouver une place en CPE ou en garderie, ou encore pour s'adresser aux centres de pédiatrie sociale ou aux organismes communautaires.

Dans ces circonstances, les risques que leur dossier aboutisse à la DPJ sont plus grands, dit Mathieu Lacombe : Donc, c'est ça qu'il faut éviter.

Avec les informations de La Presse canadienne

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