•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Envoyé spécial

« On n’a jamais eu autant d’orphelins ici » : la COVID-19 frappe fort au Brésil

Notre envoyé spécial a rencontré des victimes des vagues de COVID-19 de plus en plus virulentes.

Vue de la favela de Rocinha

La favela de Rocinha, la plus importante de Rio de Janeiro, est particulièrement touchée par la pandémie de COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Tremblay

Jean-Michel Leprince

RIO DE JANEIRO – À la fin du premier trimestre 2020, les Brésiliens, comme tout le monde, ont eu du mal à comprendre la gravité de ce qui leur tombait dessus. « Une petite grippette », avait dit leur président, Jair Bolsonaro. La rapidité de la contagion, suivant des lois du hasard incompréhensibles, les a surpris. La seconde vague, à l’automne 2020, a été plus meurtrière. On redoute maintenant l'impact d'une troisième vague causée par le variant brésilien, le P1.

Rocinha, c’est la plus grande favela de Rio de Janeiro. Ses habitants ont la plus belle vue du monde, mais pas les meilleures conditions de vie.

Sebastão Suares a bâti sa maison de ses mains en 40 ans, en haut de la favela. Elle est confortable. En avril dernier, il est revenu avec de la fièvre et des douleurs qu’il croyait avoir attrapées d’un jeune collègue de son chantier de construction. Il est tombé gravement malade. Personne ne savait ce qu’il avait.

Il a contaminé sa femme qui, moins atteinte, est parvenue à prendre soin de lui. Leur fils Otavio, qui vit dans un autre quartier, est venu porter assistance à ses parents parce qu'ils étaient très affaiblis – Sebastão est passé à deux doigts de la mort – et il l’a attrapée également. Trois autres membres de la famille ont aussi eu la COVID-19. Ils ont survécu.

Un an plus tard, père et fils ont encore des symptômes de la maladie et ils ne parviennent toujours pas à retrouver une vie et des activités normales.

Trois personnes posent devant une colline.

De gauche à droite : Sebastião Soares, sa conjointe Toinha Macedo et le fils de Sebastião Soares, Otavio Soares. Ils sont tous survivants de la Covid et tous leurs proches et de leurs voisins ont aussi attrapé le virus. Sebastião a été intubé pendant un mois. Il s'en remet très difficilement.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Tremblay

Toninha, et elle n’est pas la seule, est persuadée que, s’ils étaient allés à l’hôpital, ils seraient morts. La contagion y était plus forte qu’ailleurs.

On n’a jamais eu autant d’orphelins ici, dit Toninha, qui a perdu une voisine. Les habitants de Rocinha ne pouvaient compter que sur eux-mêmes et sur l’aide d’une médecin bénévole, la doctora Anna.

Le port du masque et le respect des distances sont des consignes difficiles à suivre dans ce dédale d’habitations aussi compactes que surpeuplées. Et tous ne croient pas encore assez à la gravité de la pandémie.

Deuxième vague chez des militaires retraités

Le colonel à la retraite Waldemiro José de Britto était un homme vigoureux de 78 ans, fier de sa carrière, fier de ses médailles. Mais ce fumeur de pipe avait du mal à endurer le masque. En octobre 2020, il est tombé malade et s'est rendu malgré lui à l’hôpital, où on ne voulait pas le garder parce que ses symptômes n'étaient pas assez convaincants.

Une carte d'identité.

Une pandémie qui affecte davantage les quartiers populaires au Brésil

Photo : Radio-Canada / Frédéric Tremblay

S’ils l’avaient gardé la première fois, il ne serait jamais mort, dit sa fille Rosana Padoim de Britto. Cet hôpital militaire prestigieux, pour les soins duquel le colonel avait cotisé toute sa vie, n’est plus que l’ombre de lui-même pendant la pandémie. Une infirmière pour trois étages, des pénuries de tout. Quand Brito – le surnom du colonel – y a été accepté, il était trop tard.

Il est entré à l’hôpital le lundi; sept jours plus tard, il était mort. La semaine suivante, mon oncle, un officier de marine qui avait 10 ans de moins que mon père, réfractaire au masque également, entre au prestigieux hôpital de la marine brésilienne, il est intubé le deuxième jour et le troisième, il meurt.

Une citation de :Rosana Padoim de Britto

On a proposé de la chloroquine comme remède aux deux ex-officiers; ils ont refusé. Des cousins à eux, des partisans du président Jair Bolsonaro, ont pris de la chloroquine en prévention, suivant ainsi les conseils de leur chef d'État. Ils ont tous attrapé la COVID-19, dit Rosana Padoim de Britto.

La deuxième vague est plus violente. En février, après les vacances d’été et le carnaval, le variant P1 a fait des ravages en Amazonie et s'est répandu dans le reste du pays. Le pic a été atteint en avril, le pire mois de la pandémie, avec 4000 morts par jour.

Il a fallu plus de cinq mois pour passer de 100 000 à 200 000 morts, à peine un peu plus de deux mois pour atteindre les 300 000, mais seulement 37 jours pour franchir le cap des 400 000 décès.

Les Brésiliens, épuisés par les ordres et contre-ordres de confinement plus ou moins suivis, sont en train de baisser la garde. On craint qu’ils aient tort, car la vaccination, efficace, semble-t-il, ne suit pas. Certains redoutent pire encore.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !