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« Un Québec digne de ses enfants » : entrevue avec Régine Laurent

Régine Laurent lors d'une conférence de presse à la BAnQ.

Régine Laurent, présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

Après deux ans de travaux, la commission spéciale présidée par Régine Laurent dépose un rapport qui contient une soixantaine de « recommandACTIONS » pour améliorer le système qui doit protéger les enfants québécois. Régine Laurent était à Vivement le retour pour discuter de cette commission, lancée après la mort tragique d’une fillette connue de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) à Granby en 2019.

Question : Le rapport de la commission indique de mettre l’intérêt de l’enfant et le respect de ses droits au cœur de[s] décisions . N’est-ce pas le gros bon sens?

Régine Laurent : C’est la logique, c’est du gros bon sens, mais il faut concrétiser ça soit dans des changements législatifs, mais aussi dans les propositions qu'on fait. Par exemple, adopter une charte des droits de l’enfant.

On demande aussi de nommer, comme dans d’autres provinces canadiennes, un commissaire pour exclusivement promouvoir le bien-être des enfants et de leurs droits. On demande aussi un commissaire adjoint pour les enfants autochtones.

Ce que ça veut dire, c’est qu’on veut que quelqu’un soit le porte-parole dédié des enfants, qui va être capable d’avoir des indices de maltraitance, qui va être capable de dire à la population voici l’état de nos enfants. L’idée est de tout faire pour ne pas avoir 118 000 signalements à la DPJ comme en 2019. 

Le gouvernement a déjà nommé une sous-ministre responsable de la protection de la jeunesse. Est-ce suffisant? 

Déjà, quand on avait sorti cette « recommandACTION » en novembre, on voulait que cette DPJ nationale soit nommée avant la sortie de notre rapport pour gagner du temps. Cette personne-là est responsable de soutenir les DPJ nationales, de donner les grandes orientations sur c’est quoi les meilleures pratiques à implanter dans les régions du Québec

On a constaté, par exemple, que dans certaines régions, 30 % des dossiers vont au tribunal, mais dans d’autres régions, 70 %. Pourquoi? Est-ce qu’on peut regarder les pratiques? C’est une des choses qu’on amène comme recommandation, obliger qu’il y ait une sorte de médiation avant le tribunal.

Qu’avez-vous appris des intervenants consultés pendant la commission?

Des intervenantes nous ont dit qu’elles ont besoin de soutien clinique. Elles nous ont dit nos gestionnaires, c’est de plus en plus loin, et parfois, nos gestionnaires ne viennent pas du milieu. Elles nous ont dit je sors de l’école, et j’ai eu un seul cours sur la protection de la jeunesse. Or cette loi-là fait partie intégrante de leur travail et de leur quotidien.

Elles nous ont dit avoir besoin de mentorat, de profiter de l’expertise des anciennes pour les aider, d’avoir des moments en équipe dans la semaine pour discuter de cas plus complexes. [...] Elles nous ont dit aussi qu’elles ont besoin de temps avec les familles et les enfants.

Le rapport recommande d’éviter les aller-retours avec la famille biologique. Pourquoi?

Le législateur, depuis 2006, a dit ceci : un enfant de moins de deux ans, vous avez douze mois avec le parent, pour lui donner des services et l’aider à se prendre en main pour régler la situation. Dans les dossiers qu’on a pu examiner en commission d’enquête, on a vu que ce temps-là était souvent dépassé.

On a vu aussi qu’il y avait des essais de retour dans la famille biologique, et trois ou quatre mois après, ça ne marchait pas, et l’enfant ne retournait même pas dans la même famille d’accueil. C’est clair qu’il y a des problèmes majeurs d’attachement et de sécurité affective pour ces enfants-là.

Ce qu’on propose d’ajouter dans la loi, c’est de dire après les délais prévus dans la loi actuelle, si l'enfant ne retourne pas dans sa famille biologique, la DPJ doit aller devant un juge et déclarer cet enfant-là en adoption ou le placer en tutelle [...]. Il faut que l’enfant soit stabilisé. Parce que ce qui est épouvantable pour un enfant, c’est l’insécurité affective, il n’est plus capable de faire confiance à des adultes, car on l’a déplacé d’un endroit à l’autre, sans jamais lui demander son avis.

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