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Le premier ministre albertain Jason Kenney, tête baissée et l'air préoccupé, parle au micro.

Le premier ministre albertain Jason Kenney a vu sa cote de popularité chuter depuis le début de la pandémie.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

L’image du week-end était forte. Des milliers d’Albertains réunis lors d’un rodéo pour défier ouvertement les mesures sanitaires du gouvernement Kenney. Une bravade, dénoncée par le premier ministre, mais aussi l’illustration parfaite d’une situation dont le contrôle échappe de plus en plus à Jason Kenney, comme un cowboy incapable de dompter le taureau en furie.

Parce que suivre les positions du premier ministre albertain sur la façon de gérer la COVID-19 est un exercice de plus en plus compliqué. Une journée, il déclare qu’il n’y a pas nécessairement un lien exact entre les restrictions de santé publique et le contrôle du virus avant d’imposer, 24 heures plus tard, de nouvelles mesures.

Situation semblable lorsque le quart de son caucus fait une sortie publique pour dénoncer les mesures sanitaires. Jason Kenney trouve alors qu'il est bon pour la démocratie que ces voix s’expriment. Mais quand des Albertains défient les restrictions à leur tour, il se dit en colère et attristé par ces comportements.

Des personnes sur des chevaux lors d'un rodéo.

Les participants au rodéo de Bowden défiaient les mesures de santé publique.

Photo : Radio-Canada

Bref, le premier ministre souffle le chaud et le froid en tentant à la fois d’apaiser sa base réfractaire à toute limitation des libertés individuelles et d'adopter des mesures nécessaires pour freiner la pandémie et la troisième vague qui submerge la province.

Au bout du compte, cet exercice d’équilibriste a rendu la vie impossible au premier ministre. Jason Kenney semble avoir « réussi » un double exploit, soit celui de se mettre à dos autant les Albertains sur sa droite que sur sa gauche. Si bien qu’en pleine troisième vague, ses appels à suivre les règles sanitaires ne sont plus écoutés.

Pour Frédéric Boily, professeur de science politique à l’Université de l’Alberta et auteur de plusieurs ouvrages sur la droite au Canada, c’est l’autorité morale même de Jason Kenney qui s’est effritée durant la pandémie.

Son autorité est diminuée au sein de sa propre famille politique, et c’est ça qui est le plus dommageable pour lui. Mais en même temps, ça se répand sur l’ensemble de l’électorat et sur l’ensemble de l’Alberta, parce qu’il est obligé de tenir un double discours qui déplaît à ceux qui sont plus centristes et veulent que le gouvernement agisse, explique le professeur Boily.

C’est dans ce contexte que Jason Kenney a décidé de suspendre les travaux parlementaires en évoquant le risque de réunir les députés au même endroit.

S’il se soustrait à la période des questions quotidienne et aux tirs de l’opposition néo-démocrate, le premier ministre évite aussi de croiser ses propres députés mécontents. Une donnée non négligeable de l’équation, alors qu’en Alberta, on évoque de plus en plus deux oppositions pour Jason Kenney.

Il y a deux groupes contre qui il doit répondre, ça pose des problèmes de cohérence, ajoute Frédéric Boily.

Le premier ministre reconnaissait lundi en point de presse que les Albertains avaient tendance à moins suivre les règles qu’ailleurs au Canada. Faut-il s’en étonner alors qu’autant de députés de son propre parti remettent ouvertement en question la légitimité des mesures sanitaires et que leur chef refuse de les sanctionner?

Jason Kenney est comme un cowboy qui provoque le taureau pour ensuite essayer de le calmer. Tôt ou tard, il risque de tomber, et la chute pourrait être douloureuse.

Des dommages collatéraux dans la famille conservatrice

Nombre de cas de COVID-19 qui explose, nombre record de patients aux soins intensifs, médecins inquiets, les nouvelles en provenance de l’Alberta sont particulièrement mauvaises depuis quelques semaines.

Ce n’est pas mieux en Ontario, où la gestion de la troisième vague de la pandémie par Doug Ford est tout aussi décriée.

Ces deux gouvernements conservateurs sous les feux de la rampe expliqueraient peut-être pourquoi Erin O’Toole, le chef conservateur fédéral, est incapable de rattraper l’écart qui le sépare des libéraux de Justin Trudeau dans les sondages.

Erin O'Toole.

Le chef conservateur Erin O'Toole

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Partout au pays, c’est l'image de toute la famille conservatrice qui est ternie par la situation dans ces deux provinces, croit le professeur Daniel Béland, directeur de l’Institut d’études canadiennes de l’Université McGill.

La situation qui se produit en Ontario et en Alberta, ça fait l’affaire des libéraux au fédéral. L’impopularité de Ford et de Kenney, je pense que ça jette une lumière négative sur l’image des conservateurs au Canada en général, explique-t-il.

Frédéric Boily abonde dans le même sens.

On ne parle pas de conservateurs qui jouent un second rôle dans la grande famille conservatrice; au contraire, on parle des conservateurs qui étaient vus comme la résistance. Maintenant, ils sont vus comme les dissidents ou les laissés-pour-compte, conclut le professeur.

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