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Les troubles alimentaires sont en hausse en Abitibi-Témiscamingue

Un ruban à mesurer et derrière un pèse-personne avec quelqu'un dessus. On ne voit que ses pieds.

Les troubles alimentaires sont en hausse dans la région depuis le début de la pandémie. (archives)

Photo : getty images/istockphoto / vadimguzhva

Janis Rivard

Les demandes d’aide pour des troubles alimentaires ont doublé en Abitibi-Témiscamingue depuis le début de la pandémie. Les adolescentes semblent être la catégorie de personnes la plus affectée par ces maladies.

Tommy Guillemette, adjoint à la directrice du programme jeunesse, volet services sociaux et réadaptation externe au CISSS-AT, travaille principalement avec les jeunes qui sont en réadaptation externe, donc en dehors des infrastructures du CISSS-AT, mais qui ont tout de même besoin d’être suivis. Selon lui, les mesures sanitaires et le stress occasionné par la pandémie sont les principales causes de cette augmentation.

L’hypothèse qu’on fait comme établissement, c’est que c’est sûr qu’avec l’effet de la pandémie, les gens sont davantage isolés, davantage dans les réseaux sociaux, davantage dans un climat qui n’est pas habituel, qu’ils ne peuvent pas nécessairement extérioriser et échanger habituellement avec les enseignants et les éducateurs à l’école, explique-t-il.

Les personnes souffrant de troubles alimentaires sont suivies par différents intervenants, selon leurs besoins de rétablissement. Un cadre d’intervention structuré est mis en place pour chaque cas, et tous les intervenants se concertent régulièrement pour faire un suivi. Ils interviennent auprès des jeunes, mais également auprès des familles, afin de les aider à avoir les bons outils de soutien. Le CISSS-AT collabore également beaucoup avec les écoles et les intervenants en milieu scolaire.

Comment un trouble alimentaire peut-il se développer?

Depuis un an, plusieurs personnes ressentent une perte de contrôle à cause de la pandémie, selon Tania Lemoyne, fondatrice et directrice de la clinique BACA, une clinique privée spécialisée dans les problèmes alimentaires située à Montréal.

Certains vont chercher un sentiment de contrôle dans leur alimentation, en se restreignant à divers niveaux, développant des troubles comme l’anorexie ou la boulimie. Ces personnes deviennent de plus en plus préoccupées par leur corps, leur alimentation et même leur activité physique. Un sentiment de contrôle absolu sur le corps peut donner un sentiment de sécurité, mais l’excès n’est pas sain. Ces cas sont beaucoup plus nombreux depuis le début de la pandémie, a observé Mme Lemoyne.

Avec le télétravail, les enfants à la maison, c’était les conditions pour une tempête parfaite.

Une citation de :Tania Lemoyne, fondatrice et directrice de la clinique BACA

D’autres iront chercher du confort dans la nourriture, et ces personnes mangeront plus que nécessaire. Ce peut être une réaction naturelle au stress, mais la perte de contrôle est tout aussi dommageable que trop de restrictions alimentaires. Ces personnes pourraient manger trop vite, continuer de manger même quand elles n’ont plus faim ou bien manger en cachette à cause d’un sentiment de honte face à leur consommation alimentaire. L’hyperphagie boulimique est l’une des formes de trouble correspondant à cette réaction.

Le télétravail et les études à distance rendent le rétablissement plus difficile pour certains. On peut les emmener jusqu’à un certain niveau de rétablissement, mais pas jusqu’au bout. Parce qu’ils vont dire bien dans le fond, je n’ai pas besoin de manger plus, je ne ressens pas le manque d’énergie. Moi, j’ai l’impression que quand il n’y aura plus le confinement, les restrictions qu’on a là, on va avoir encore plus de personnes qui vont consulter parce qu’ils vont réaliser que de réintégrer une vie qui est plus normale, ça prend plus d’énergie, estime Tania Lemoyne.

Listes d’attente

Les cas plus inquiétants sont plus rapidement pris en charge. Les délais d’attente sont toutefois raisonnables dans la région, selon M. Guillemette.

Quand je vous parle de délais d’attente, ce n’est pas des délais démesurés, où on a des usagers qui sont en attente pendant plusieurs mois.

Une citation de :Tommy Guillemette, adjoint à la directrice du programme jeunesse, volet services sociaux et réadaptation externe au CISSS-AT

Pour ceux qui sont en attente, ce qu’on fait, c’est qu’on s’assure quand même qu’il y ait un contact fréquent avec les intervenants. Il y a des intervenants qui rappellent, de façon très périodique, les usagers pour voir comment ça va, est-ce que la situation a changé, est-ce qu’il y a des choses qui sont apparues, est-ce qu’on est encore à la bonne place, et au besoin, eux vont réajuster, vont donner certaines interventions téléphoniques, ajoute-t-il.

Du côté de Montréal, la clinique BACA présente une liste d’attente pouvant aller jusqu’à trois mois. Avant la pandémie, les plus longs temps d’attente étaient d’un mois. Il y a également plus de cas qui sont plus sévères, surtout les cas d’extrême sous-alimentation, selon la directrice de la clinique. Ce qui influence également les temps d’attente, car ces cas demandent plus de ressources à la clinique.

Mme Lemoyne s’inquiète d’assister à une bombe à retardement lorsque la vie non confinée reprendra son cours si les gens ne vont pas chercher de l’aide rapidement. Elle s’inquiète également de l’état de santé des travailleurs de la santé. Ceux-ci sont de plus en plus épuisés, mais les listes d’attentes ne diminuent pas, et risquent même d’augmenter toujours plus.

Comment aller chercher de l’aide ?

Il n’y a pas de clinique spécialisée pour les troubles alimentaires dans la région; l’aide reçue passe donc par le système de santé.

Les usagers peuvent se présenter directement à l’accueil du CLSC de leur territoire. Ils peuvent contacter, par téléphone, l’accueil du CLSC. Il y a des intervenants sociaux qui sont sur place et qui sont prêts à répondre à toutes les demandes d’aide, à bien cerner le besoin et ensuite orienter vers le bon programme pour être sûrs que le bon service soit donné. Sinon, les intervenants en milieu scolaire, la pédiatrie peut faire office d’accueil , indique Tommy Guillemette, adjoint à la directrice du programme jeunesse, volet services sociaux et réadaptation externe au CISSS-AT.

Si la personne est faible physiquement ou présente des signes de détresse visible, il ne faut pas hésiter à aller à l’urgence.

Il est également possible de consulter des intervenants spécialisés à distance. Des cliniques privées comme le BACA offrent des services 100 % virtuels.

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