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Fort McMurray : des maisons reconstruites après le feu de forêt tombent en morceaux

Une maison abandonnée et clôturée.

Une maison reconstruite après le feu de forêt, dans le quartier Abasand de Fort McMurray, a été abandonnée par son propriétaire parce que la fondation n’est pas de la bonne taille.

Photo : Andréane Williams

Sous-sols inondés, problèmes de fondations, plafonds défoncés, cinq ans après le feu de forêt qui a ravagé une partie de Fort McMurray, en Alberta, des centaines de propriétaires dont les maisons ont été reconstruites après la tragédie sont aux prises avec de nouvelles résidences mal construites, parfois même inhabitables.

Sheila MacLean et son mari ont emménagé dans leur nouvelle maison en décembre 2017, juste à temps pour Noël.

C’était merveilleux de pouvoir rentrer chez nous et de surmonter toute la dévastation que nous avions vécue, raconte-t-elle.

En juillet 2018, moins d’un an après qu'ils ont emménagé, le sous-sol de la maison est inondé. La cause : les tuyaux de drainage de la maison ne fonctionnent pas correctement.

Sheila MacLean et son mari, devant leur maison.

Selon Home Warranty Advocates, la maison de Sheila MacLean contient plus de 80 infractions au code du bâtiment.

Photo : Radio-Canada / Andréane Williams

Sheila MacLean affirme que Progressive Home Warranty, la compagnie d’assurance qui a fourni la garantie pour cette maison neuve construite par Montebello Homes, a refusé de rembourser les réparations.

Dans un courriel envoyé quatre mois après l’inondation, Progressive Home Warrant affirme qu’il n’y a pas de preuves que les tuyaux de drainage étaient défectueux et que leur entretien relève de la responsabilité du propriétaire.

Sheila MacLean dit avoir un rapport d’inspection qui confirme une défaillance des tuyaux de drainage, possiblement en raison de leur mauvaise installation.

Depuis l’incident, la liste des problèmes n’a cessé de s’allonger.

Jusqu’à maintenant, Sheila MacLean et son mari affirment avoir déboursé près de 40 000 $ pour réparer différents défauts de fabrication de la maison.

Après le feu, je me suis dit : "Wow, le monde est là pour nous aider." Maintenant, il semble que ces gens sont juste venus faire un coup d'argent rapide. Beaucoup de personnes s’y sont fait prendre, déplore-t-elle.

L’entreprise Montebello Homes a refusé de répondre aux questions de Radio-Canada.

La couverture de garantie des nouveaux logements, obligatoire depuis 2014, est gérée par le Programme de certification des maisons neuves de l'Alberta.

Son objectif est de protéger les acheteurs de nouvelles habitations contre certains vices de construction et défauts de fabrication.

Les entrepreneurs doivent souscrire une telle garantie auprès de l'une des six compagnies d’assurance approuvées par le gouvernement albertain pour obtenir un permis de construction. 

Le montant de cette garantie est ensuite inclus dans le prix de construction de la maison et, donc, assumé par les acheteurs. 

Des centaines de cas

Comme d’autres résidents dans sa situation, Sheila MacLean a fait appel à l’organisme Home Warranty Advocates.

Son fondateur, John McKale, est un ancien entrepreneur en construction qui se spécialise désormais dans les garanties pour maisons neuves.

Il précise que le cas de Sheila MacLean est loin d’être isolé.

Depuis 2018, John McKale a défendu les propriétaires de 346 résidences de la municipalité régionale de Wood Buffalo et de Fort McMurray.

Il affirme avoir effectué un peu plus de 15 000 réclamations liées à des infractions au Code du bâtiment au nom de ces propriétaires.

Bien que certaines aient été approuvées et que des réparations aient été faites, beaucoup n’ont toujours pas encore été traitées par les compagnies d’assurance ou ont été refusées. 

Selon John McKale, la valeur de ces réclamations s’élève à 67 millions de dollars.

Des constructeurs peu surveillés

Selon l'Association de construction de Fort McMurray, il n'existe pas en Alberta de mécanisme de contrôle de la qualité des entrepreneurs en construction pour s'assurer de leurs compétences.

Il n'y a aucun prérequis pour devenir entrepreneur en construction résidentielle.

Une citation de :John McKale, fondateur, Home Warranty Advocates

Selon le site du gouvernement albertain, les seules conditions préalables pour obtenir un permis d’entrepreneur en construction sont d’avoir au moins 18 ans et d’être autorisé à travailler au Canada.

Des vies brisées

Pour certains résidents, cette situation a des conséquences dramatiques.

C'est le cas de Shawn Pilgrim. Le gouffre financier dans lequel sa nouvelle maison a plongé sa famille l’a presque poussé à commettre l’irréparable.

En février 2020, le père de famille, qui souffre du trouble de stress post-traumatique depuis le feu de forêt, a aspergé sa maison d’essence.

Shawn Pilgrim assis dans son garage.

Une semaine après que Shawn Pilgrim a emménagé dans sa nouvelle maison, le sous-sol a été inondé en raison d’un problème de pompe.

Photo : Radio-Canada / Andréane Williams

Je me tenais au milieu de la maison avec un briquet allumé. Je crois que ce sont les cris de ma fille qui m’ont empêché, inconsciemment, de passer à l’acte, raconte-t-il, la voix nouée par l’émotion.

Shawn Pilgrim a décidé de poursuivre la compagnie qui a construit sa maison, mais les factures d’avocat s’accumulent. Ces trois dernières années, il a dépensé environ 50 000 $ en frais juridiques.

Je n’ai plus d’argent. Je survis grâce à la générosité de mes amis qui m’ont prêté de grosses sommes d’argent, confie le père de famille, qui a perdu son emploi en 2019 en raison de problèmes de santé.

L'intérieur d'un cadre de fenêtre recouvert d'une couche de glace.

Durant l’hiver, d’épaisses couches de glace se forment à l’intérieur des fenêtres et autour des portes de la maison de Shawn Pilgrim.

Photo : Shawn Pilgrim

John McKale confirme que les problèmes liés à la reconstruction des maisons ont d’importantes répercussions sur les familles de Fort McMurray.

[Ces maisons] sont tout ce qu’ils ont. Chacune d’entre elles représente une retraite et, avec chaque infraction au code du bâtiment, cette retraite s’effrite, ajoute-t-il.

Sheila MacLean abonde dans le même sens, avouant que les cinq dernières années ont été difficiles pour son mari et elle : [Cette maison] est l’investissement de notre vie. [...] Nous voulons juste nous sentir chez nous.

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