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Immigration et pénurie de main-d'œuvre : Legault accusé d'être « déconnecté »

Les partis d'opposition et le monde des affaires critiquent vivement les propos du premier ministre du Québec, tenus lors d'une discussion privée avec des chefs d'entreprise.

François Legault, l'air pensif.

François Legault a montré peu d'enthousiasme à faire venir au Québec davantage d'immigrants pour occuper des postes vacants à un salaire sous la moyenne.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Catherine Filion est perplexe. L'immigration, insiste cette directrice d'une entreprise de services paysagers dans la grande région de Montréal, est primordiale pour répondre aux besoins en main-d'oeuvre.

Je pourrais avoir 50 employés de plus et je ne pourrais pas répondre à la demande, lâche-t-elle.

Son problème? Aucun travailleur présent au Québec, ou presque, ne répond à ses multiples offres d'emploi. Pour 20 CV, j'ai peut-être un Québécois, dit-elle, en évoquant un salaire, au départ, de 14 $ l'heure. Ce dernier, soutient-elle, pourrait être plus élevé si elle avait la possibilité d'embaucher ces travailleurs étrangers à temps complet.

Il y a 20 ans, ici, on avait beaucoup d’enfants d’agriculteurs qui venaient travailler pour nous. Maintenant, ces gens ne se pointent plus ici.

Une citation de :Catherine Filion, directrice de Services paysagers Dominique Filion

À l'instar de nombreux autres chefs d'entreprise, Catherine Filion a pris connaissance des propos de François Legault rapportés lundi par Radio-Canada. Dans une conversation privée, le premier ministre a fait savoir que le recours à l'immigration pour pourvoir des postes payés moins de 56 000 [$] empire [son] problème.

Mon obsession, c'est d'augmenter le salaire moyen au Québec, a-t-il déclaré, devant des membres du Conseil du patronat.

Je comprends son propos, mais en même temps, il y a une petite déconnexion avec la réalité des entreprises au Québec, confie Catherine Filion.

Pas une question de salaire

Ce n’est pas une question de salaire, mais de bassin de travailleurs qui a de l’intérêt, des connaissances et des compétences pour venir travailler dans notre secteur, soutient de son côté Véronique Proulx, la présidente de Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ), en parlant de la nécessité d'avoir des journaliers, manutentionnaires, soudeurs ou techniciens en génie mécanique.

Dans le secteur manufacturier, le salaire moyen est de 28 $ de l'heure. Il y a des emplois bien payés, mais malgré ça, on a énormément de postes à combler, lance-t-elle.

Si on veut maintenir nos entreprises en région, il faut combler ces postes et ça doit passer par l’immigration. Il y a une incompréhension sur nos besoins et la réalité.

Une citation de :Véronique Proulx, présidente de MEQ

Selon le Conseil du patronat du Québec, près la moitié des entreprises québécoises refusent des contrats en raison de la pénurie de main-d'œuvre. Environ 150 000 postes sont actuellement vacants.

François Legault s'adresse aux parlementaires québécois.

Une approche condamnée par le PLQ et QS

Aux yeux du Parti libéral du Québec (PLQ), François Legault a une approche extrêmement comptable et déconnectée de la réalité.

Pour lui, le Québec est comme une entreprise dont le seul objectif est de maximiser les profits. On ne peut pas réduire la valeur des individus à leur T4. Ça n’a pas de sens, cette manière de penser.

Une citation de :Dominique Anglade, cheffe du PLQ

La cheffe du PLQ, Dominique Anglade, reproche au premier ministre de dénigrer, à travers son discours, le rôle des travailleurs essentiels, dont le salaire est peu élevé.

Une chose que la pandémie nous a apprise, c'est qu'il y a des gens qui n’ont pas nécessairement des salaires élevés, mais qui ont drôlement contribué, indique-t-elle, en parlant des travailleurs dans les épiceries, le commerce de détail ou les services à la population.

Si M. Legault voulait véritablement augmenter le salaire moyen au Québec, qu’il commence à augmenter substantiellement les salaires minimums.

Une citation de :Andrés Fontecilla, député de Québec solidaire

En faisant également allusion aux propos de François Legault concernant le prix d'un logement à Montréal, le député de Québec solidaire (QS), Andrés Fontecilla, a tenu un discours similaire.

Il est non seulement déconnecté du quotidien des classes moyennes, populaires, avec son histoire de logement, mais aussi déconnecté de la réalité économique du Québec, juge-t-il.

Il considère les immigrants comme des objets qui sont amenés par Amazon et qu’on peut amener ici, là, déplacer, entreposer et dès qu’on n’en a plus besoin, on s’en débarrasse comme un objet et on le renvoie dans son pays d’origine, ajoute Andrés Fontecilla.

Le Parti québécois (PQ) est quant à lui plus nuancé. Une immigration spécialisée pour combler l’expertise dont nous avons besoin pourrait contribuer à la relance, notamment si nous réussissons à la régionaliser davantage, mentionne la députée Méganne Perry Mélançon.

Cependant, souligne-t-elle, la solution à ces pénuries passe nécessairement par une formation de la main-d’œuvre en place, des investissements dans la productivité des entreprises et dans la recherche et développement.

Le gouvernement Legault devrait se concentrer à accueillir une immigration qui maîtrise le français et qui souhaite s’installer en région pour répondre aux besoins.

Une citation de :Méganne Perry Mélançon, députée du PQ

François Legault crache sur les réfugiés, selon Manon Massé

Sur les réseaux sociaux, Manon Massé est allée encore plus loin.

François Legault crache sur les réfugiés, a lancé sur Twitter la co-porte-parole de QS.

Il ne défend pas les valeurs québécoises. Il crache sur la longue et fière tradition d'accueil du Québec, a-t-elle écrit.

Au cours de son intervention avec le Conseil du patronat, François Legault a évoqué l'idée de revoir les obligations du Québec concernant l'accueil des réfugiés.

Est-ce que le gouvernement fédéral va nous laisser se concentrer sur l’immigration économique?, s'est-il questionné. Si, à chaque fois qu’on rentre un immigrant économique, le fédéral nous oblige à rentrer un réfugié ou une réunification familiale, là, on va avoir de la difficulté à aller chercher les bonnes personnes.

Sur Twitter lui aussi, le chef de cabinet de François Legault, Martin Koskinen, a déploré les mots utilisés par Manon Massé.

Misère... Cracher? [Manon Massé] pouvons-nous éviter ces accusations grossières malgré nos désaccords? Pouvons-nous débattre de ces questions respectueusement?, a-t-il écrit.

Avec la collaboration de Jacaudrey Charbonneau

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