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Analyse

Comme Churchill en 1945?

Une affiche fixée à un immeuble sur laquelle est écrit : logements à louer, complet.

De plus en plus de voix s'élèvent pour dénoncer la crise du logement à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Personne ne pouvait même concevoir que Winston Churchill puisse perdre les élections du 5 juillet 1945. Il venait tout juste de mener son pays parmi les vainqueurs de la Deuxième Guerre mondiale. Il était l’homme le plus admiré du Royaume-Uni. Et pourtant…

Au soir de l’élection, le chef travailliste Clement Atlee obtenait 393 sièges aux Communes, contre 197 seulement pour le Parti conservateur de Churchill.

Les Britanniques avaient besoin d’un gouvernement qui allait s’intéresser à leur vie, leurs besoins et leurs projets après six ans de guerre et de privations. Pas d’un premier ministre qui allait être surtout préoccupé par la géopolitique de la victoire.

Toutes les comparaisons sont boiteuses et il n’est surtout pas certain que l’histoire se répétera. Mais le premier ministre François Legault devrait quand même méditer sur ce précédent pas si lointain.

Presque tout le monde louange, à bon droit, la performance du premier ministre et de son équipe dans la gestion de la troisième vague de cette pandémie et la campagne de vaccination. On n’a qu’à voir ce qui se passe en Ontario ou en Alberta pour s’en convaincre.

Pendant ce temps, le monde n’arrête pas de tourner et il se passe des choses autres que la pandémie qui doivent retenir l’attention du gouvernement. La crise du logement en est une.

M. Legault a été choqué comme on le voit rarement, la semaine dernière, quand les partis d’opposition l’ont traité de déconnecté. Quand on sait le nombre de fois où M. Legault a usé de ce qualificatif envers Philippe Couillard, on peut comprendre qu’il ait été piqué au vif.

Un premier ministre proche des gens

L’image de marque que cultive soigneusement François Legault, et qui lui a bien réussi, est celle d’un premier ministre proche des gens et qui comprend leurs préoccupations. Un homme de la classe très moyenne, comme il le disait cette semaine. Déconnecté, c’est exactement le contraire de cette image.

Inutile de revenir sur son échange avec la co-porte-parole de Québec solidaire sur le prix des loyers à Montréal et si leur débat s’appliquait aux étudiants ou pas. Le problème n’est pas là.

Le problème, c’est que, dans le même échange et après, M. Legault a refusé systématiquement de reconnaître qu’il y a une crise du logement au Québec.

Évidemment, on peut s’en tenir à la définition technique : un taux d’inoccupation des logements sous les 2 % (certains disent 1 %). Selon le gouvernement, le taux actuel au Québec est de 2,5 %, donc pas de crise.

C’est un peu comme un économiste qui refuserait de parler de récession quand le taux de chômage est de plus de 10 % parce qu’on ne serait pas dans la définition technique de deux trimestres consécutifs de décroissance du PIB .

Quelles que soient les définitions, il reste que trouver un logement à un prix abordable est presque impossible à peu près partout au Québec. Le taux d’inoccupation de 2,5 % est artificiellement dopé par des facteurs externes, comme le fait, par exemple, qu’on a remis sur le marché des appartements autrefois utilisés pour des locations temporaires à la Airbnb.

Pas juste à Montréal

La pénurie ne sévit pas seulement dans la grande région de Montréal ou de Québec. Des villes comme Rimouski, Alma, Val d’Or, Mont-Laurier, Saint-Georges, Saint-Hyacinthe, Granby et Joliette ont actuellement des taux d’inoccupation de moins de 1 %. Tous les maires du Québec vous le diront, il y a une crise du logement.

Le phénomène ne va pas disparaître et, surtout, on ne va pas arrêter d’en parler. Il y a des élections municipales dans toutes les villes du Québec en novembre et ce sera forcément un des thèmes principaux de la campagne.

Pourtant, le gouvernement agit comme s’il n’y avait qu’une seule crise : la pandémie, et que toute autre situation difficile — dont celle du logement — découlait nécessairement de celle-là.

M. Legault n’est peut-être pas déconnecté, mais il était quand même étrange de l’entendre dire que la bulle immobilière dans laquelle nous sommes vient du fait qu’à cause de la pandémie, les gens n’ont pas voyagé, ils ont plus d’épargne, ils ont acheté plus de maisons et les prix ont augmenté. Comme si le budget voyage d’une année ou même deux était suffisant comme mise de fonds pour acheter une maison. Disons que c’est plutôt rare dans la classe très moyenne dont aime parler M. Legault.

Le logement, traditionnellement, ne devait pas occuper plus de 25 à 35 % des dépenses d’un ménage. Mais il y a longtemps que cette règle ne tient plus. Aujourd’hui, bien des ménages paient 50 % et plus de leurs dépenses pour se loger.

Voici une question qui touche les finances de toutes les familles et qu’un gouvernement n’a donc pas le loisir d’ignorer.

On peut comprendre que la pandémie occupe l’essentiel des énergies du premier ministre. Mais l’épisode du logement montre aussi combien il tend à ignorer les questions qui l’embêtent. Comme le dossier de la qualité de l’air et des purificateurs dans les classes. Ou l’environnement, qui reste plus que jamais l’angle mort du gouvernement.

Si jamais, dans ses lectures, M. Legault s’attarde à l’une des nombreuses biographies de Churchill publiées récemment, il devrait y découvrir combien la question du logement a été importante dans sa défaite par Clement Atlee.

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