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Quand la pandémie prolonge le deuil des familles

Olga Lapuk est assise et regarde en souriant un homme debout vu de dos.

Olga Lapuk est morte il y a un peu plus d'un an et sa famille n'a toujours pas pu organiser ses funérailles.

Photo : Gracieuseté Karen Mondor

Radio-Canada

Olga Lapuk est morte le 24 mars 2020 à 91 ans. Ce n’est pas la COVID-19 qui l’a emportée, mais c’est bien à cause de la pandémie que ses proches n’ont toujours pas pu faire leur deuil en bonne et due forme, plus d’un an après sa mort.

Quand Olga Lapuk est décédée, sa famille a décidé d’attendre de pouvoir se rassembler pour tenir ses funérailles.

Le premier cas de COVID-19 au Manitoba avait été repéré un peu plus de deux semaines auparavant. La province venait d’annoncer des restrictions pour les voyages et limitait la taille des rassemblements, y compris des cérémonies religieuses et des funérailles.

La famille d’Olga Lapuk croyait alors qu’il leur faudrait simplement attendre quelques semaines pour organiser un service funéraire. Mais le mois de mai 2021 est arrivé, la cérémonie n’a toujours pas eu lieu et leur deuil n’est toujours pas complété.

C’est vraiment difficile, raconte la fille d’Olga Lapuk, Karen Mondor. Nous avons le sentiment que nous n'avons pas été capables de l’honorer comme il faut.

Karen Mondor, qui habite à Regina, s’était rendue à Winnipeg pour vider l’appartement de sa mère et la placer dans un foyer de soins temporaire. Elle venait de rentrer chez elle quand elle a reçu un appel l’informant que sa mère avait été transportée à l’hôpital.

Elle raconte que pendant qu’elle faisait ses bagages pour revenir au Manitoba, un médecin l’a contactée pour lui dire que sa mère n'en avait pas pour longtemps. Elle n'avait pas le temps de se rendre à son chevet. Et c’est ainsi qu’elle est morte, dit Karen Mondor.

J’ai beaucoup de mal à accepter l’idée que je n’étais pas avec elle à la toute fin, ajoute-t-elle.

La famille a donc commencé à préparer ses funérailles. Karen Mondor s'apprêtait à revenir à Winnipeg pour faire le ménage de l’appartement de sa mère et de sa chambre dans le foyer de soins.

Alors qu’elle était en route, elle reçoit un appel du foyer l’informant qu’elle ne pourra pas y entrer, à moins qu’elle ne s’isole pendant deux semaines à son arrivée dans la province. À l’immeuble dans lequel se trouve l’appartement de sa mère, on lui fait le même message. Elle fait demi-tour et rentre à Regina.

Je comprends pourquoi, je comprends le contexte, mais c'est quand même difficile, dit-elle.

Les ordres sanitaires en vigueur au Manitoba limitent à 10 le nombre de personnes qui peuvent assister à des funérailles en ce moment, sans compter le célébrant. Mais Olga Lapuk a une grande famille, de nombreux amis. Karen Mondor pense qu’entre 75 à 100 personnes voudraient être présentes.

Au moment où sa mère est morte, la COVID-19 était encore un tout nouveau phénomène, rappelle-t-elle, et nous nous sommes dit que nous attendrions quelques semaines pour le service.

Et puis l’été est arrivé, et nous avons pensé : peut-être cet automne, en octobre, autour de son anniversaire de naissance? Et bien entendu, ça n’a pas eu lieu et le délai a encore été prolongé et prolongé.

Quel effet auront ces cérémonies retardées?

Président de l’Association des services funéraires du Manitoba, Kevin Sweryd est aussi propriétaire de Bardal Funeral Home. Il dit qu’il a une longue liste de familles qui attendent que la province permette la tenue de funérailles rassemblant plus de 50 personnes.

Les salons funéraires ont dû adapter leurs services pendant la pandémie. Ils ont ainsi augmenté la bande passante de leur forfait Internet pour pouvoir tenir des services en mode virtuel. Ils ont étalé les visites pour éviter de rassembler trop de gens à l’intérieur. Mais plusieurs familles ont opté pour une crémation dans l’espoir d’organiser un service quand ce sera de nouveau possible.

Kevin Sweryd s'inquiète de l’effet de ces cérémonies retardées sur toutes ces personnes endeuillées.

Les cérémonies activent les réseaux d’entraide qu'on trouve dans les communautés, elles rassemblent les amis et la famille, et parfois des gens qui ne se sont pas vus depuis longtemps s'y retrouvent pour vivre un deuil ensemble, explique-t-il.

Mais tous ces deuils irrésolus, non observés, non reconnus et non appuyés, peuvent facilement se transformer en enjeux de santé mentale beaucoup plus sévères si les gens n’ont pas l’appui dont ils ont besoin, pense-t-il.

L'importance des rites

Les rites jouent un rôle important pour marquer des moments de la vie et ils aident les gens à passer à la prochaine étape, rappelle de son côté la thérapeute et directrice de Conexus Counselling à Winnipeg, Stephanie Reimer.

Quand nous vivons une grande perte, quand quelqu’un qui nous est proche disparaît, on ressent souvent une grande solitude, même dans les meilleures circonstances, dit-elle. En ce moment, cette impression de solitude est accentuée par la pandémie.

Plutôt que de penser aux funérailles, Stephanie Reimer recommande de faire des choses qui permettent de se souvenir de l’être aimé, en utilisant des photos par exemple, ou encore de poser un geste qui honore sa mémoire, comme de planter un arbre.

Et en tout temps, rappelle-t-elle, il faut prendre le temps de faire son deuil et comprendre que c’est un processus complexe qui n’est pas linéaire.

Au moment de son décès, la famille d’Olga Lapuk n’a pas écrit de notice nécrologique, croyant qu’ils le feraient après les funérailles.

Un an plus tard, à la date anniversaire de sa mort, ils ont fait paraître un avis à sa mémoire dans le Winnipeg Free Press.

Si nous avions su que ça allait être si long, peut-être que nous aurions agi différemment et demandé un service en mode virtuel, dit Karen Mondor.

Mais au cours de la dernière année, elle a été coupée de sa famille et elle voudrait pouvoir les voir. Elle voudrait les serrer dans ses bras, qu’ils puissent tous se raconter des anecdotes au sujet de sa mère, qui a notamment été une joueuse semi-professionnelle de balle-molle dans sa jeunesse.

Maintenant que nous avons attendu si longtemps, dit-elle, autant attendre encore un peu plus.

Avec des informations de Cameron MacLean

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