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La Place 0-5, souffre-douleur ou réel problème?

Des enfants jouent dans une garderie.

La Place 0-5 vise à faire le pont entre les parents à la recherche d'une place en garderie et les services de garde.

Photo : iStock

« Échec par excellence », « perte de confiance », « ratés », « farce » : pas besoin de chercher bien loin pour trouver des termes peu élogieux pour décrire La Place 0-5. Entre bouc émissaire et outil incompris, le guichet unique d'accès aux services de garde du Québec mérite-t-il toutes ces critiques?

La Place 0-5 relève de la coopérative Enfance Famille. Lancée en 2014, elle est devenue, le 1er septembre 2018, la seule porte d’entrée des parents pour avoir accès à l’ensemble des services de garde reconnus du Québec. Les centres de la petite enfance (CPE), les garderies non subventionnées et les milieux familiaux reconnus sont légalement tenus de s'en servir pour attribuer les places disponibles.

Marie-Claude Sévigny, directrice générale de la coopérative, est bien consciente que la plateforme en ligne a mauvaise presse depuis qu'elle est devenue un passage obligé. On a comme mis une étiquette, et on a comme décidé que [tout relevait] de La Place 0-5, affirme-t-elle en entrevue à Radio-Canada.

L'interface de La Place 0-5

La Place 0-5 est obligatoire pour tous les services de garde reconnus par l'État québécois depuis septembre 2018.

Photo : Radio-Canada

La situation est parfois frustrante, admet-elle. On parle beaucoup plus des parents qui n'ont pas eu de place [...] que de ceux qui ont réussi à trouver.

Sans prétendre que tout est parfait, Mme Sévigny n'est pas prête à dire que l'outil est responsable de tous les problèmes du réseau québécois des services de garde éducatifs à l'enfance. Quand on dit que la Place 0-5 ne marche pas, ne me rappelle pas; ou que c'est de la faute de La Place 0-5 si je n'ai pas encore de place, il y a beaucoup d'éléments qui sont cachés derrière ces phrases-là.

Pas comme Tinder

Parmi les cas classiques, il y a celui du parent contrarié de ne pas avoir été rappelé par la Place 0-5. Dans les faits, corrige Marie-Claude Sévigny, La Place 0-5 n'appelle personne. Son rôle, en vertu du mandat qui lui a été confié par le ministère de la Famille, est d'offrir le plus d'informations possible aux parents et aux services de garde.

Mais ce n'est pas le guichet qui fait automatiquement un match entre un enfant et une garderie. On n'est pas dans le processus d'attribution. Notre rôle est de simplifier la vie des familles, de donner de l'information pour les aider à faire un choix éclairé, poursuit-elle.

On n'est pas le Tinder [des garderies].

Une citation de :Marie-Claude Sévigny, directrice générale, coopérative Enfance Famille

La Place 0-5 a davantage un rôle de facilitateur. Si les besoins d'un enfant inscrit correspondent à une place disponible dans une garderie identifiée par ses parents dans le guichet unique, c'est au service de garde à faire l'offre de place.

Des enfants jouent avec des blocs en mousse.

La Place 0-5 relève de la coopérative Enfance Famille.

Photo : iStock

Manque de places

Recevoir un appel ou non dépend de nombreux facteurs qui vont au-delà du guichet unique, continue d'expliquer Mme Sévigny. Il y a des services de garde qui se retrouvent dans des secteurs où il y a énormément de besoins, et peu de places, donne-t-elle en exemple.

Dans ces cas-là, il se pourrait qu'effectivement, même si le parent dit qu'il est intéressé, qu'il a rempli son formulaire, fourni ses besoins et demandé une place [...] il ne recevra jamais d'appels et c'est vrai, confirme la directrice de la coopérative.

Selon les secteurs, il se peut aussi qu'il y ait davantage de services de garde non subventionnés que de places à 8,50 $. Si un parent veut absolument une place subventionnée, ses chances sont donc minces de recevoir un appel d'un établissement de son quartier.

Ce n'est pas une question de La Place 0-5 qui fonctionne ou qui ne fonctionne pas. C'est que dans ce marché-là, il n'y a pas suffisamment de places pour que les besoins émis par le parent [soient rencontrés].

Une citation de :Marie-Claude Sévigny

De plus, le ministère de la Famille, dans son processus d'appels d'offres de nouvelles places subventionnées, ne tient pas compte du type de places disponibles dans un quartier. Selon les explications fournies à Radio-Canada, on tient compte du nombre de places totales en milieux reconnus.

S'il y en a suffisamment, à 8,50 $ ou non, en CPE ou en garderie privée, les places seront octroyées dans d'autres secteurs où les besoins sont plus criants. Une situation qui est survenue récemment dans la Capitale-Nationale.

Incompréhension des critères

Marie-Claude Sévigny estime que les critères d'admission génèrent de la confusion sur le processus et des listes d'attente. En sélectionnant un service de garde sur La Place 0-5, ces critères sont visibles pour les parents. Encore là, ce n'est pas La Place 0-5 qui les définit.

Nous, on fait juste développer un outil informatique qui permet de classer les enfants selon les critères [transmis par] les services de garde, soutient-elle. Ce sont les services de garde, qui dans leur autonomie de gestion, peuvent choisir des critères, qui déposent ces choix-là auprès du ministère de la Famille lors de leur demande de permis ou de renouvellement.

C'est le ministère qui approuve ou refuse ces différents critères-là

Une citation de :Marie-Claude Sévigny

La priorité des places peut ainsi être réservée à la fratrie, à des travailleurs d'une entreprise précise, aux enfants des membres du conseil d'administration de la garderie, aux résidents d'un quartier, etc.

Il y a donc beaucoup de facteurs, au-delà de la date d'inscription de l'enfant dans le guichet, qui détermine le rang de l'enfant sur les listes d'attente. Et il y a autant de listes d'attente qu'il y a de services de garde.

Cette notion était plus ou moins comprise par les parents avant La Place 0-5, selon la coopérative Enfance Famille La Place 0-5 a été la première façon de comprendre qu'il y a effectivement des critères, qu'il y a un ordre, parce qu'on peut les voir sur le guichet unique, fait valoir sa directrice. Peut-être qu'il y a un travail [à faire] pour avoir des politiques plus en ligne avec les besoins des parents, avec un choix plus simple.

Marie-Claude Sévigny est directrice générale de la coopérative Enfance Famille

Marie-Claude Sévigny est directrice générale de la coopérative Enfance Famille.

Photo : Courtoisie/Coopérative Enfance Famille / Antoine Saito

Problème de confiance

Reste que La Place 0-5 n'offre pas le rendement souhaité.

L'automne dernier, la vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, affirmait que La Place 0-5 ne permet pas une gestion efficace de l'accès aux services de garde et, en plus de ne pas être à jour, l'information qui s'y trouve n'est pas suffisante pour répondre aux besoins des parents.

Elle relevait que, de septembre 2018 à novembre 2019, environ 30 000 enfants, dont environ 5000 dans le cas des CPE, ont obtenu une place alors qu'ils n'étaient pas inscrits au guichet unique. Ce sont donc autant de non-respects de la Loi sur les services de garde éducatifs à l'enfance, laquelle est très claire à ce sujet, appliquée par le ministère de la Famille.

Pour ces raisons, le ministre Mathieu Lacombe évoquait récemment une perte de confiance des parents envers le processus de La Place 0-5 et les politiques d'admission. Il a fait cette déclaration après la parution d'un rapport de KPMG mentionnant sensiblement les mêmes problèmes que la vérificatrice générale.

Ce que dit la loi

  • Le prestataire de services de garde doit recourir exclusivement aux inscriptions portées au guichet unique d’accès afin de combler son offre de services de garde.
  • Tout prestataire de services de garde, à l’exception de celui établi sur un territoire autochtone, doit adhérer au guichet unique d’accès aux services de garde désigné par le ministre, suivant les modalités et conditions déterminées par celui-ci.

« On est là »

Marie-Claude Sévigny ne prétend pas que la plateforme est parfaite. Déjà, après les constats de la vérificatrice générale, la quarantaine d'employés derrière le guichet unique cherche un moyen de fournir encore davantage d'informations aux parents, à ce qu'il soit encore plus transparent sur les chances réelles d'obtenir une place.

Mais plus largement, Mme Sévigny est convaincue que La Place 0-5 fait davantage partie de la solution que du problème. On fait déjà partie de la solution, c'est juste qu'on n'en parle pas, lance-t-elle sans hésiter.

C'est l'une des raisons pour lesquelles la coopérative Enfance Famille a rapidement levé la main, la semaine dernière, quand le ministre Mathieu Lacombe a annoncé des consultations publiques sur le réseau des services de garde. On veut y travailler, on est là.

Mathieu Lacombe s'adresse aux journalistes.

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, ne se ferme aucune porte en vue des consultations publiques sur les services de garde, prévues à la fin mai et au début de juin.

Photo : Radio-Canada

Jamais il ne lui est passé par l'esprit que la plateforme puisse être écartée par le ministère.

D'abord, elle croit que La Place 0-5 peut jouer un rôle important dans le développement des nouvelles places en garderie. Sa large banque de données permet selon elle de cerner l'offre, la demande et de fournir les besoins en vue des appels d'offres. Ce qu'on veut, c'est d'être sûr de capturer tous les besoins des parents, d'envoyer les besoins aux services de garde et de fournir [les données] au MFA.

Mais pour que tout fonctionne, tous les parents et tous les services de garde doivent y adhérer. C'est ainsi, selon Mme Sévigny, qu'on pourra préserver l'équité.

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