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Des voix s’élèvent contre le contrôle des insectes piqueurs par les villes

Trois moustiques posés sur un bras.

Le Bti tue les insectes piqueurs comme les moustiques.

Photo : Radio-Canada

Thomas Deshaies

L’utilisation d’un larvicide Bacillus thuringiensis israelensis (Bti) pour contrôler les insectes piqueurs fait face à un mouvement de contestation qui prend de l’ampleur. Bien que le Bti soit considéré comme le choix le plus responsable parmi les insecticides disponibles sur le marché, des citoyens et des chercheurs s’inquiètent de ses effets indirects. L’industrie et des municipalités qui y ont recours comme Valcourt et Drummondville jugent pourtant que l’évaluation des avantages et des inconvénients justifie l’utilisation du larvicide.

Depuis 32 ans, la Ville de Valcourt procède à l’épandage du larvicide Bti dans certains secteurs de la ville pour réduire de manière draconienne le nombre d’insectes piqueurs, comme les moustiques.

Le maire Renald Chênevert estime que la vie à Valcourt était un enfer avant l’utilisation du larvicide. La municipalité est située aux abords d’un secteur marécageux , explique le maire. On avait des moustiques, c’était effrayant. On ne pouvait pas aller à l’extérieur, fallait rester à l’intérieur, s’exclame-t-il. Ce produit a été une bénédiction pour nous.

[si des citoyens venaient s’opposer au conseil municipal], ils seraient bien mal vus. Il y aurait du monde qui protesterait contre les protestataires.

Une citation de :Renald Chênevert, maire de Valcourt

Le larvicide est utilisé avec modération dans les milieux propices à la reproduction des moustiques. On en applique uniquement lorsqu’on a besoin d’en mettre parce qu’il y en a une grande quantité (de moustiques) , explique le contremaître des travaux publics, Marc Tétrault.

Drummondville cible la rivière Saint-François

À une soixantaine de kilomètres de Valcourt, Drummondville utilise aussi le Bti, mais en beaucoup plus grande quantité que la municipalité de Valcourt. Le secteur ciblé est celui de la rivière Saint-François et certains cours d’eau tributaires, lieu de reproduction de la mouche noire.

Ce choix a été motivé par des demandes de citoyens, dont des golfeurs, qui étaient importunés lors de la pratique de leurs activités aux abords de la rivière.

La Ville estime que l'investissement de 350 000 $ par année est justifié et apprécié. La firme [qui vend le produit] doit réaliser toutes les années un sondage sur le niveau de satisfaction, explique Roger Leblanc, directeur du Service de l’environnement à la Ville. Chaque année, entre 94 et 97 % des gens sont satisfaits et veulent maintenir le service également.

Selon M. Leblanc, l'appel d'offre commun pour l'utilisation de ce larvicide couvre une partie du territoire des municipalités de Saint-Majorique-de-Grantham, de Saint-François-du-Lac, de Pierreville, de la communauté d’Odanak, de Saint-Elphège, de Saint-Bonaventure et de Saint-Pie-de-Guire.

M. Leblanc précise que ce n’est que 2 % de la superficie du territoire de la municipalité qui est ciblé par l’opération. Oui, on est conscients qu’il y a un mouvement (de contestation) concernant le Bti, mais nous, on s’en remet au ministère de l’Environnement , explique-t-il.

C’est le ministère de l’Environnement qui délivre des certificats d’autorisation pour permettre l’utilisation du larvicide.

Un larvicide ayant un impact ciblé, martèle l’industrie

L’industrie martèle que ce larvicide biologique ne nuit qu'aux insectes piqueurs et non aux autres espèces. Son innocuité a été démontrée maintes et maintes fois , souligne le vice-président de GDG Environnement, Richard Vadeboncoeur.

Son entreprise vend le produit à une quarantaine de municipalités du Québec et utilise le Bti depuis 1984.

Ce n’est pas un luxe de faire le contrôle des moustiques, c’est une nécessité.

Une citation de :Richard Vadeboncoeur, vice-président de GDG Environnement

Les autres insecticides seraient beaucoup plus dommageables, souligne M. Vadeboncoeur. Si on sort du Québec, puis on va voir dans d’autres provinces, il y a encore l’application de pesticides chimiques pour venir tuer les moustiques, mais malheureusement, ces produits ne sont pas sélectifs et ça va tuer les abeilles et d’autres insectes également , mentionne-t-il.

Des chercheurs s’inquiètent des impacts indirects

Certains chercheurs s’inquiètent tout de même des impacts indirects du Bti. Si on tue beaucoup de chironomes (NDLR : insectes qui ressemblent aux moustiques) et de moustiques, cela aura des impacts sur les organismes qui les consomment , s’exclame le professeur au département de biologie de l’Université de Sherbrooke Marc Bélisle.

Marc Bélisle s’intéresse depuis plus de 20 ans aux impacts de l’intensification des pratiques agricoles sur les oiseaux insectivores.

Je ne vois aucun bénéfice à tirer [de l’utilisation du Bti] outre que pour des questions de confort.

Une citation de :Marc Bélisle, professeur à l’Université de Sherbrooke

Il croit que l’utilisation du Bti affecte notamment les oiseaux. (Les moustiques et les chironomes) vu qu’ils sont très abondants, ont un rôle très important au niveau des réseaux trophiques, la fameuse chaîne alimentaire ,

Il s’interroge sur la pertinence d’utiliser le Bti pour une question de confort alors que les populations de certaines espèces d'oiseaux ont diminué de 30 à 60 % dans les cinquante dernières années. Les oiseaux insectivores sont en chute libre. Je ne dis pas que le Bti est responsable de cela, mais ça peut contribuer, c’est une autre couche qui vient s’ajouter , explique-t-il.

Impacts directs sur les grenouilles

Une récente étude de l’Institut national de la recherche scientifique, commandée par le ministère de la Faune du Québec, a récemment permis de conclure que le Bti a un impact direct sur les grenouilles.

Les grenouilles qui ont été en contact avec le produit ont eu une réponse physiologique . Ça ne tue pas, ce n’est pas désastreux comme conséquence, mais on ne peut pas dire qu’il n’y a pas d’effet , tranche la chercheuse à l’INRS Valérie Langlois.

Mme Langlois estime qu’il est nécessaire de mener des études complémentaires sur le sujet.

Une coalition d’opposants se fait entendre

Depuis quelques mois, la Coalition biodiversité non au Bti accentue la pression pour que les municipalités délaissent le Bti.

Les groupes membres, dont Nature Québec et EAU secours, réclament un moratoire. On veut mettre la pression sur le gouvernement pour stopper cela, parce que c’est franchement, à nos yeux, inutile (de l’utiliser) , explique l’une des membres du groupe, Christiane Bernier.

Mme Bernier assure que son groupe ne baissera pas les bras, malgré le refus du gouvernement du Québec de décréter un moratoire. Mon mandat est de propager l’information et d’essayer de faire changer le vent de bord , s’exclame-t-elle.

Le ministère de l’Environnement ne révisera pas son cadre réglementaire

Le ministère de l’Environnement indique recevoir en moyenne 35 demandes d’autorisation pour l’utilisation de ce produit et n’a pas l’intention de procéder à la révision de l’encadrement légal de l’utilisation du larvicide. Il n'est pas envisagé à court terme de procéder à une révision réglementaire étant donné l’encadrement actuel rigoureux visant l’application du Bti , mentionne le ministère dans une réponse écrite envoyée à Radio-Canada.

Le ministère assure que toute demande d’autorisation fait l’objet d’une analyse en profondeur. Pour la protection de la biodiversité, il arrive que certaines zones soient protégées et exclues du traitement , précise-t-on.

Le ministère mentionne également que le Bti a été utilisé dans certaines régions en 2011-2012 « pour lutter contre le virus du Nil occidental .

Bien que le port de vêtements longs et l’utilisation de répulsifs sont privilégiés pour se protéger contre le VNO, l’application préventive du Bti est recommandée par l’Institut national de santé publique du Québec, a-t-on précisé.

Invité à commenter, l’INSPQ n’a pas confirmé qu’il recommandait toujours l’utilisation du Bti contre le virus du Nil occidental. Malheureusement nous ne pouvons répondre à votre demande, car le MSSS n’a pas demandé à l’INSPQ et à son Groupe d’experts de se pencher sur cette question depuis plusieurs années , nous a-t-on répondu par courriel.

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