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Apple et l'éditeur de Fortnite se préparent à un affrontement épique

Le logo d'Apple affiché sur un téléphone, qui est déposé sur un clavier d'ordinateur dont l'écran affiche le logo d'Epic Games.

L'issue du procès opposant Apple et Epic Games, qui s'amorce lundi en Californie, pourrait changer les règles de l'économie mobile.

Photo : afp via getty images / ANDREW CABALLERO-REYNOLDS

Agence France-Presse

Un titan des jeux vidéo contre le géant des téléphones intelligents : après des mois d'attaques et d'accusations, Epic Games et Apple régleront leurs comptes à partir de lundi dans un tribunal californien, où l'éditeur du jeu Fortnite espère renverser le statu quo de l'économie mobile.

Selon Epic Games, Apple abuse de sa situation de monopole sur les utilisateurs et utilisatrices d'iPhone et d'iPad grâce à l'App Store, son incontournable plateforme de téléchargement d'applications mobiles.

À l'heure actuelle, Apple est juge et partie puisqu'elle fixe non seulement les règles d'entrée dans ce marché d'au moins un milliard de personnes, mais aussi sa commission sur les transactions, tout en proposant également ses propres applications.

La marque à la pomme a construit un écosystème de façon à restreindre la distribution d'applications, à exclure ses rivaux, et à nuire à la compétition ainsi qu’aux consommateurs et consommatrices, a résumé Epic Games dans des documents remis au début du mois d'avril à la cour.

Epic veut faire passer Apple pour le méchant afin de relancer l'intérêt pour Fortnite, qui est en perte de vitesse, a de son côté assené l’équipe légale du groupe de la Silicon Valley.

Tim Cook et Tim Sweeney, les deux patrons ennemis, doivent témoigner en personne au procès qui se tiendra à Oakland, ville voisine de San Francisco, et qui sera suivi de près – mais en ligne – par toute l'industrie, et plus encore.

Un procès clé pour l'avenir de l’industrie

Il ne s'agit pas seulement de déterminer si Epic Games ou Apple gagnent quelques millions de dollars de plus, explique Tejas Narechania, professeur de droit à l'Université de Berkeley.

Le procès portera sur l'avenir de l'industrie des technologies, précise-t-il. À quel point des entreprises comme Apple, Amazon et Google peuvent-elles contrôler la chaîne de valeur, de la production à la distribution? Doivent-elles être plus ouvertes? Combien de concurrents sont nécessaires?

Epic n'est pas seule dans cette croisade. À l'automne, elle s'est alliée à une douzaine d'autres entreprises, dont les services de musique diffusée en continu Deezer et Spotify, sous l'enseigne Coalition for App Fairness (Coalition pour l'équité entre applications).

Différentes autorités de la concurrence américaines enquêtent sur les pratiques d'Apple.

Vendredi, l'Union européenne, saisie d'une plainte de Spotify, a estimé que le fabricant de l'iPhone a bien « faussé la concurrence » pour évincer la compétition, notamment grâce à des commissions très élevées, dont ses propres applications sont de facto exemptées.

Une taxe qui cristallise les tensions

La taxe Apple, comme la surnomment ses critiques, cristallise les tensions. Le groupe prélève une commission de 15 à 30 % sur les ventes d'applications dans l'App Store et sur les achats de biens et services numériques au sein de ces applications.

Ces gens se battent pour décider qui récupère l'argent des jeux d'Epic, remarque l'analyste indépendant Rob Enderle. Je pense qu'Apple a tort si on considère ce qui est bien pour l'industrie : il faut financer l'innovation, pas la distribution.

En août dernier, Epic Games a vu son célèbre jeu de tir et de survie Fortnite éjecté du magasin pour avoir tenté de contourner le système de paiement d'iOS. Le studio a alors intenté des poursuites judiciaires contre Apple et sa taxe « tyrannique ».

La juge Yvonne Rogers avait approuvé le retrait de l'application, à cause de la rupture du contrat, mais interdit à Apple d'exclure l'éditeur de ses programmes pour les développeurs tiers.

Le groupe technologique fait valoir depuis des années que sa commission, d'un niveau standard, sert à assurer le bon fonctionnement et la sécurité de la plateforme.

Pendant les deux années où Fortnite était offert sur l'App Store, Epic a gagné plus de 700 millions de dollars grâce à la clientèle d’Apple, a fait remarquer l'équipe légale du groupe.

Sur Android – le système de Google, largement dominant sur les téléphones intelligents –, le magasin fonctionne de façon similaire, à une différence majeure : d'autres plateformes de téléchargement sont autorisées.

Apple a raison de protéger sa clientèle et la confidentialité de ses données. Mais si elle a confiance dans son système, elle ne devrait pas craindre la concurrence d'une boutique alternative, commente Tejas Narechania.

Des pratiques nuisibles?

Epic devra prouver que les pratiques d'Apple nuisent à la clientèle des jeux vidéo. L'entreprise expliquera donc que certains éditeurs, comme elle, augmentent leurs prix sur l'iPhone pour compenser la commission.

Elle tentera aussi de démonter l'argument de la sécurité, citant d'anciens membres du personnel du groupe qui ont assuré que les systèmes de lutte contre la fraude de l'App Store étaient insuffisants.

Le procès est programmé pour durer trois semaines. Avec les appels et recours, l'affaire pourrait durer des années, mais les arguments des deux groupes influenceront l'économie des applications mobiles bien avant la consécration du vainqueur.

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