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Québec solidaire craint une relance « antidémocratique »

L'exemple de trois maisons des aînés fait craindre pour d'autres chantiers inscrits à la loi accélérant certains projets d’infrastructure

L'église Saint-Louis-de-France, vue d'en bas d'une colline

L'église Saint-Louis-de-France sera démolie pour laisser place à une nouvelle maison des aînés.

Photo : Radio-Canada / Catherine Lachaussée

Des citoyens dénoncent le comportement du gouvernement dans certains projets de maisons des aînés. À Québec, Laval et Salaberry-de-Valleyfield, des résidents ont l'impression de ne pas avoir été considérés au profit d'une promesse électorale. Québec solidaire y voit un avertissement pour les 180 chantiers prioritaires pour la relance économique.

La coupe de dizaines d'arbres matures survenue sur le terrain de l'église Saint-Louis-de-France, à Québec, représente-t-elle l'arbre qui cache la forêt?

Début avril, des travaux d'abattage ont été amorcés sur le futur site de la maison des aînés de Sainte-Foy, l'une des six projetées sur le territoire de la Capitale-Nationale et des 46 que la Coalition avenir Québec (CAQ) souhaite mettre en chantier à travers la province.

Seul hic, des voisins de l'église Saint-Louis-de-France, qui sera par ailleurs démolie, n'avaient jamais été mis au courant de la disparition de la végétation. Pas plus qu'ils n'ont été consultés sur la manière dont on prévoyait insérer la maison des aînés dans la communauté.

Un homme coupe des arbres aux abords de l'église Saint-Louis-de-France, à Québec

Des arbres ont été abattus sans avertissement en préparation du terrain pour la future maison des aînés de Sainte-Foy, à Québec.

Photo : Radio-Canada / Catherine Lachaussée

Qui plus est, la présentation du projet par le CIUSSS de la Capitale-Nationale et la Société québécoise des infrastructures était prévue à l'agenda, mais après la coupe des arbres.

De son côté, la Ville de Québec a admis son impuissance. La quasi-totalité des projets de maison des aînés sont sur la liste incluse dans la Loi concernant l’accélération de certains projets d’infrastructure (Nouvelle fenêtre) (loi 66), adoptée en décembre.

En conséquence, le projet sur ce lot n'est pas assujetti à la réglementation municipale, a affirmé l'administration municipale. Autrement dit, le gouvernement peut faire fi des règlements municipaux. La Ville n'a pu intervenir ni pour l’abattage des arbres ou la démolition du bâtiment, ni encore pour la construction.

Une maquette de projet de maison des aînés du gouvernement Legault.

Une maquette de projet de maison des aînés du gouvernement Legault.

Photo : MSSS

Une habitude?

Même sans loi 66, le procédé n'est pas étranger à ce qu'ont vécu des citoyens de Salaberry-de-Valleyfield. Là-bas, le projet de maison des aînés a bel et bien été présenté l'an dernier. Mais de l'avis de certains résidents, le sort en était jeté sans qu'ils aient un mot à dire.

C'était juste les riverains qui avaient été mis au courant. Ça ne se limitait qu'à eux. C'était une petite bulle, et ils étaient mis devant les faits accomplis, explique François Parisien, à l'origine d'un regroupement citoyen visant à préserver le parc des Mouettes.

M. Parisien a remarqué la présence de machinerie dans le parc, cette semaine, signe que des travaux préparatoires ont été lancés ce printemps. Donc ça regarde vraiment mal. L'un des rares espaces verts du coin sera ainsi amputé, se désolent les opposants.

À Laval, un octogénaire se bat depuis l'été dernier auprès de la Ville et du gouvernement afin de préserver l'intégralité du parc Armand-Frappier, dont une bande riveraine à la rivière des Prairies servira à la construction, là aussi, d'une maison des aînés.

Les accès publics à l’eau sont rarissimes à Laval, et [...] il faut les protéger pour le bien-être des citoyens et surtout des futures générations.

Une citation de :Extrait d'une pétition pour protéger le parc Armand-Frappier, enregistrée à l'Assemblée nationale

D'autres citoyens de Laval, ainsi que le Conseil régional de l'environnement de la région, se sont opposés au projet. Qui plus est, il n’y a pas de services de proximité dans ce secteur, plaidaient notamment les opposants.

Dans les trois cas, aucun n'est contre l'idée d'offrir de meilleurs services et un meilleur environnement aux aînés québécois, mais tous dénoncent le manque de consultation de la part du gouvernement.

« Antidémocratique »

Devant ces trois exemples, Québec solidaire appelle le gouvernement à revoir ses façons de faire, et surtout, à valoriser la participation citoyenne. Déjà lors de l'adoption du projet de loi 66, en décembre, la deuxième opposition craignait des entorses aux processus d'évaluations environnementales et des enjeux d'acceptabilité sociale.

La députée de Québec solidaire de Taschereau, Catherine Dorion, en entrevue à l'Assemblée nationale

La députée de Québec solidaire de Taschereau, Catherine Dorion

Photo : Radio-Canada

La députée Catherine Dorion invite maintenant la Coalition avenir Québec à consulter davantage et à inclure les communautés dans les projets qu'elle souhaite accélérer, dont les maisons des aînés. La demande qu'on fait, c'est : consultez les voisins, les gens de la Ville et les gens qui habitent là. Regardez où vous arrivez, dit-elle en entrevue à Radio-Canada.

Sauter des étapes ne fait pas une meilleure relance économique.

Une citation de :Catherine Dorion, députée solidaire de Taschereau

Mme Dorion s'inquiète que d'autres projets prévus à la Loi concernant l’accélération de certains projets d’infrastructure se réalisent sans considérer les acteurs locaux. C'est centraliser le pouvoir, ne pas faire confiance et ne pas écouter les gens. Il y a quelque chose d'antidémocratique là-dedans, dénonce la députée de Taschereau.

Québec solidaire souhaite finalement que le gouvernement cesse de travailler à l'envers et l'invite à ne pas voir les citoyens comme des empêcheurs de tourner en rond.

Priorités et besoins à combler

Du côté du gouvernement, on réplique que les projets de maisons des aînés visent à répondre à un besoin urgent, d'où l'objectif d'accélérer les mises en chantier pour des ouvertures à l'automne 2022. Il s'agit d'une promesse phare de la CAQ.

Il y a urgence d’agir puisqu’aujourd’hui, c’est 3192 personnes qui sont en attente d’hébergement, indique par écrit le cabinet de la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais. Personne ne peut reprocher à notre gouvernement de vouloir répondre rapidement à ce besoin en créant 2600 places en 4 ans, soit d’ici la fin de notre premier mandat.

Il est vrai que des projets sont inscrits au PL66. Cela ne veut pas dire que les normes environnementales et la réglementation qui s’y appliquent ne seront pas respectées.

Une citation de :Jean-Charles Del Duchetto, attaché de presse de la ministre Marguerite Blais

La CAQ explique que les sites sélectionnés, au coeur des communautés, sont dans l'esprit derrière les maisons des aînés, pour que leurs résidents y soient pleinement intégrés. Pour y arriver, il se peut que des compromis doivent être faits dans certaines municipalités, concède le cabinet.

Marguerite Blais.

Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés

Photo : Radio-Canada

Sur le manque de consultation et la voie rapide rendue possible par la loi 66, le cabinet admet qu'il peut faire fi des réglementations municipales. Mais, précise-t-on, nous souhaitons que la construction des maisons des aînés et alternatives se fasse dans le respect des règlements municipaux.

Dans les trois exemples cités, on assure que des réaménagements et du reboisement sont prévus pour atténuer les impacts de la construction.

La Société québécoise des infrastructures n'a pas répondu à nos demandes d'information.

Avec la collaboration de Kassandra Nadeau-Lamarche

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