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Scandales sexuels dans l’armée : une confiance qui sera longue à regagner

Dans la tourmente en raison d’allégations d’inconduite sexuelle, les Forces armées canadiennes (FAC) doivent changer, selon leur aumônier général.

Un homme en uniforme répond aux questions.

Guy Chapdelaine, aumônier général des Forces armées canadiennes, donne une entrevue aux «Coulisses du pouvoir».

Photo : Radio-Canada / David Richard

Thomas Laberge

L'aumônier général, le major-général Guy Chapdelaine, porte l’uniforme depuis 42 ans. Il a été un confident privilégié des soldats durant de nombreuses années. À l’aube de la retraite, il a accepté de revenir sur son travail et sur la tempête que traverse actuellement l’armée canadienne dans une entrevue exclusive aux Coulisses du pouvoir.

Vêtu de son uniforme militaire, Guy Chapdelaine nous accueille à la Basilique Notre-Dame, avec l'amabilité et la politesse que l’on attend d'un aumônier. L’homme est chaleureux et sait comment rendre son interlocuteur rapidement à l’aise.

Il est facile d’imaginer les centaines de conversations à cœur ouvert qu’il a pu avoir avec ses sœurs et frères d’armes. Aujourd’hui, son constat est sans équivoque : les Forces armées canadiennes doivent changer.

Les FAC font en effet face à un fort vent contraire. Cette semaine, une deuxième enquête indépendante a été déclenchée par le gouvernement Trudeau pour faire la lumière sur le processus de plainte.

C'est important parce qu'il y a une crise de confiance présentement. Il faut rétablir les liens de confiance et ensuite faire les changements qui sont nécessaires, dit M. Chapdelaine.

Mais ça va nous prendre un certain recul afin de voir ce qu’il faut changer dans cette culture toxique. Il y a des leaders toxiques et ce n’est plus acceptable.

Une citation de :Le major-général Guy Chapdelaine, aumônier général des FAC

Le major-général reconnaît que les Forces armées canadiennes n’ont pas toujours fait le nécessaire pour protéger les victimes d’agression sexuelle. C'est bien beau de protéger l’institution, mais il faut d'abord s'occuper des personnes. [...] Les personnes sont plus importantes que l’institution.

Deux hommes sont assis sur des chaises dans un décor fait de vieilles pierres. On voit le matériel nécessaire au tournage.

Guy Chapedelaine lors du tournage à la Basilique Notre-Dame

Photo : Radio-Canada / David Richard

Guy Chapdelaine admet que le monde militaire a longtemps toléré des comportements qui sont aujourd’hui dénoncés. Il a été le confident des victimes, mais aussi des agresseurs. C’est le propre du travail d’un aumônier : accompagner sans juger.

Moi, je peux accompagner une personne, et un autre aumônier va accompagner la partie adverse. Il faut être là pour tout le monde.

Une citation de :Le major-général Guy Chapdelaine, aumônier général des FAC

Ça fait partie de notre rôle de soutenir spirituellement les gens qui vivent des moments difficiles, que ce soit les agresseurs ou que ce soit les victimes , déclare celui que les soldats appellent « Padre ».

L’intégrale de l'entrevue avec le major-général Guy Chapdelaine sera présentée dimanche à 11 h (heure avancée de l'Est) à l’émission Les coulisses du pouvoir, sur ICI RDI et ICI Télé.

Pour une plus grande participation des femmes

Ce dernier affirme que la crise que traversent les Forces armées est l'occasion pour elles de faire un examen de conscience afin de faire une plus grande place aux femmes.

Je pense que c'est une occasion de revoir peut-être même la sélection des généraux, des amiraux, pour avoir une plus grande participation de femmes dans les décisions à l'intérieur de l’institution, a-t-il dit.

Le major-général Carignan s'adresse à un grand groupe de militaires canadiens dans une caserne.

Jennie Carignan est la première femme à avoir commandé une unité de combat dans l’histoire des Forces armées canadiennes.

Photo : 2e division du Canada

Malgré la crise, le major-général soutient que des avancées ont été faites au sein de l’armée canadienne, notamment dans son secteur.

On a accueilli dernièrement une aumônière musulmane. [...] Elle a une expérience de vie qui fait que les jeunes viennent la voir. Elle travaille du côté d'une unité de réserve à Ottawa et elle a vraiment une excellente réputation auprès de son unité.

Une citation de :Le major-général Guy Chapdelaine, aumônier général des FAC

Le nouveau visage de l’aumônerie

À l’aube de la soixantaine, après quatre décennies dans les Forces armées, le major-général se prépare à prendre une retraite bien méritée.

C’est le colonel Guy Belisle, un laïc, qui prendra les commandes de l’aumônerie. Signe que, même au sein d’une institution profondément ancrée dans les traditions, les choses changent.

Jusqu'en 1995, les Forces armées canadiennes entretenaient deux services d’aumônerie, l'un catholique, l’autre protestant. Aujourd’hui, tout le service est sous un même commandement et regroupe des représentants de plusieurs communautés culturelles et religieuses.

En 2003, on a accueilli pour la première fois un aumônier musulman. Ça a été un choc. On ne savait pas comment travailler avec un aumônier musulman, donc on a appris, raconte Guy Chapdelaine.

On a des rabbins aussi. On a une femme bouddhiste qui étudie présentement à Toronto pour devenir aumônière. On a aussi un sikh. C'est important de diversifier.

Une citation de :Le major-général Guy Chapdelaine, aumônier général des FAC

Finie, donc, l’époque du Padre en soutane qui articulait son discours autour de la bible et des commandements religieux.

Guy Chapdelaine estime qu’une partie du travail d'aumônier, c’est de perdre son temps avec les militaires afin de créer des liens de confiance avec les soldats et leur famille : prendre un café avec eux, un repas, discuter de tout et de rien sur les bases, mais aussi au cours des missions ou en zone de combat.

Notre rôle, c'est beaucoup plus large que le religieux. [...] C’est de prendre le temps d'accueillir un être humain vulnérable sans jugement et de l'aider. Nous sommes des ressources de première ligne sur le terrain.

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